26 mars 2008

Sucre

J’ai fait le vide en espérant secrètement faire le plein. Et voilà, il suffit d’un sourire pour que la grand-voile se gonfle à nouveau. En vue de limiter les dégâts, j’essaie de ralentir l’emballement, de me changer les idées, de boycotter complètement tout ce qui évoque le romantisme. Autant demandé à un diabétique boulimique de ne prendre qu’une bouchée de sucre à la crème, à un alcoolo de s’arrêter à l’apéro. Alors, je m’en remets à ma bonne étoile, à mon ange gardien. Il est déjà trop tard pour prétendre tenir le gouvernail. Il n’aurait pas fallu l’aborder. J’étais au Gymnase en compagnie du beau Karim que tous les gars gais de la place regardaient danser, la langue à terre. Lui n’en avait que pour Sabrina. Une belle brune aux longs cheveux bouclés. Il voulait même que je drague sa copine pour l’aider dans ses démarches. Karim et ses plans foireux ! « Man, elle lit la météo à la télé, tu te rends compte ! S’ils l’ont choisi, c’est sûrement parce qu’elle est vraiment belle. C’est une vraie beauté arabe. » « Une beauté arabe ? » « Oui, c’est ce que je lui ai dit. Elle m’a dit que son père était jordanien. Je te l’dis ! On est fait pour vivre ensemble ! » Ce qui est bien avec Karim, c’est que je n’ai même pas besoin de boire pour m’amuser. Patricia l’a repoussé toute la soirée avec des sourires polis. Karim regarde le gars derrière moi : « Et puis ? Tu lui as parlé ? » « Pas-t-encore. Tu penses que je devrais ? » « C’est sûr », il me gronde : « Tu veux que j’y aille à ta place ? » « Non non. Non, surtout pas. C’est gentil, mais… non, je vais m’en charger. » Je n’avais pas le choix. Une grande inspiration, je me retourne et je tape sur l’épaule du garçon en question. On a jasé. On a dansé. J’ai troqué ma pinte de bière pour une bouteille d’eau Naya, comme la sienne. Bien sûr, je ne sais rien de lui, à part trois ou quatre affaires cutes qui me permettent en extrapolant d’imaginer tout le reste. Je suis doué pour ça, l’extrapolation. Je n’oserais même pas raconter jusqu’où va parfois mon imagination. Il ne sait rien de moi, mais il cherche à percer le mystère, avec un mélange d’amusement et d’espoir. J’essaie pourtant de me remémorer mes derniers flops éclatants, humiliants ou sordides. (Ils ne sont pas si lointains et tous consignés ici dans les archives.) Rien à faire. J’ai mis le doigt dans le glaçage, il faudra que je goûte jusqu’à la dernière miette. Le gâteau est joli. Il a l’air de venir d’une charmante pâtisserie. Peut-être qu’en vieillissant je m’assagirai et je perdrai l’appétit. Pour l’heure, je dois encore être jeune. J'ai toujours la dent sucrée. Un sourire et un mot doux suffisent pour déclencher le fracas des feux d’artifice. Pffiuu, Pirititou, Taratam tam boum !

05 novembre 2007

Haute tension

Le stress atteint son paroxysme. Demain, c’est date de tombée. Je dois remettre un article important pour un magazine. Il me manque quelques informations et j’attends anxieusement des réponses par courriel. Il s’agit de détails, mais je suis perfectionniste. Plusieurs autres contrats sont en cours de négociation. L’idée que je vais me planter me tourne constamment autour de la tête. L’idée que je pourrais vivre de ma plume me pousse à m’accrocher. Mais actuellement, mes états d’âme passent au second plan. Il faut que je produise, que je saisisse la chance au moment où elle passe. À plus tard, donc.