30 juillet 2008

Parc Lafontaine

Il paraît que l'été est passé aujourd’hui, furtivement, entre deux averses et trois orages. En début de soirée, lundi, j'ai expérimenté la course sous les trombes d’eau (ou jogging aquatique). La prochaine fois, il faudrait que je pense à porter mes lunettes de natation. Je n’y voyais absolument rien.

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Si le beau temps revient avant l’automne, j’aimerais bien retourner paresser sur le gazon d’un parc. En attendant, il y a toujours le cinéma. Au parc Lafontaine, les ours noirs, les gondoles et les voitures d’époque ont été remplacés par les bicyclettes, les skate-boards et les écureuils. Avec de la chance, on peut parfois apercevoir un balbuzard qui guette les poissons de l’étang. Lorsque le soleil brille, les allées y sont toujours aussi bondées, mais la faune humaine y est plus éclectique et peut-être un peu moins coincée.


Merci à Martine pour le lien.

24 décembre 2007

Les enfants de Francine

Un très beau texte de Patrick Lagacé : Les enfants de Francine
Le ratoureux, il écrit vraiment bien, des fois...
(Via Chroniques blondes)

23 novembre 2007

Cinéma

J’ai eu un choc en ouvrant les stores. Il est bien trop tôt pour la neige. Une chape blanche recouvre les balcons et les trottoirs. Elle semble vouloir figer le temps. Actuellement, je travaille de chez moi. Ça a plusieurs avantages. Pas besoin de m’habiller ou de me raser. J’écoute la musique qui me plaît, je n’ai pas d’horaires fixes. Mais par moment, l’absence d’interaction me manque un peu. Les chèques de paie sont à peu près le seul feed-back que je reçois. La solitude ne me pesait pas trop lorsque je pouvais enfiler un manteau et partir sous le soleil. Mais la neige et les trottoirs glacés me donnent l’impression d’être confiné à l’intérieur, de devoir hiverner. Cette curieuse lumière froide et humide rend plus pressantes mes envies de chaleur humaine. Heureusement, ce soir je vais au cinéma.

Je suis parti à l’avance pour être certain d’arriver à l’heure. Dans le métro, quatre employés bloquent les tourniquets. Une petite bonne femme à lunette semble très fière d’annoncer à tous les gens qui attendent qu’il y a eu un suicide à la station Saint-Laurent et que dans ces cas-là c’est toujours trèèès long. Elle doit être tout excitée qu’il se passe quelque chose dans sa morne vie de guichetière surpayée. Mais ça manque un peu de professionnalisme. On n’annonce pas un suicide comme un chien écrasé. D'ailleurs, la voix robotisée se fait entendre après trois sons de cloche : « Attention, attention, une intervention des ambulanciers nous oblige à interrompre le service sur la ligne verte entre les stations… » Je me demande si le cow-boy a pris le métro. Il habite à l’autre bout de la même ligne.

La foule s’accumule devant les tourniquets. Je devrais peut-être prendre un taxi. On se voit si peu souvent, je ne suis pas pour arriver en retard. La bonne femme claironne à qui veut l’entendre : « Ah… Ils annoncent dans cinq minutes, mais ça risque d’être plus long, vous savez dans ces cas-là… »

Finalement, le service est rétabli à l’heure prévue, la bonne femme regagne son guichet, l’air déçu. La foule s’engouffre dans les escaliers. Je déteste être en retard. Il me reste dix minutes pour me rendre au cinéma Impérial. Je me penche au-dessus du quai pour scruter le tunnel, Pas de métro en vue. Je prends donc la décision de remonter dans la rue et d’attraper un taxi.

Nous n’avons même pas bougé, bloqués par un feu rouge que déjà le compteur du taxi s’emballe. La soirée va me coûter cher. La voiture fait du slalom dans la circulation. La chaussée est couverte de verglas. Nous attrapons tous les feux rouges. Puis le taxi se gare devant le cinéma. Il y a une longue ligne d’attente qui longe toute la façade. Je déteste faire une arrivée aussi peu discrète. Y avoir pensé plus tôt, j’aurais demandé au chauffeur de me faire descendre au coin de la rue.

Puis je me retourne et par la fenêtre, au milieu de la ligne juste en face de moi, le cow-boy est là et il me sourit. En une fraction de seconde, envolés la déprime hivernale, le stress et l’embarras. Je paye le chauffeur en souriant. Puis, tout fier, je sors du taxi. Je marche vers lui et j’enjambe le câble qui délimite la ligne d’attente. Il a acheté les billets. C’est gentil. Je lui raconte mon histoire de métro. Il m’embrasse. Je jette un œil à la ligne derrière moi. J’ai eu le goût de leur tirer la langue et de leur lancer : « Vous avez vu ? C’est moi qu’il attendait. C’est moi qu’il a embrassé ! »

Le cinéma Impérial n’est utilisé que pour les festivals. Le décor est vraiment fastueux. C’est le cow-boy qui a choisi le film, un film « canadian » dans le cadre du festival de cinéma gai Image et Nation :

Breakfast with Scot

Éric (Tom Cavanagh) est un commentateur sportif dans un grand réseau de Toronto. Pour faire sa marque dans ce milieu macho et homophobe, il a choisi de taire son homosexualité. Son copain Sam (Ben Shenkman) hérite temporairement de la garde de son neveu, un petit garçon de 11 ans qui porte des boas et des bijoux, se passionne pour les comédies musicales et ignore tout du hockey. La confrontation entre ces deux univers ne se fera pas sans heurts. Ce film de Laurie Lynd (DeGrassi High) est une version canadienne de Ma vie en rose. Un film de Noël pour toute la famille qui parle avec humour d’enfance et de différences, de hockey et d’homosexualité. La direction d’acteur est solide et les comédiens sont tous excellents, particulièrement Noah Bernett qui joue le rôle-titre. Tom Cavanagh et Ben Shenkman sont plutôt agréables à regarder et le dénouement, un peu prévisible, est tout de même bien ficelé.
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La Ligue Nationale de Hockey a accepté de commanditer ce film à thématique gaie, ce qui est une première. Et Elton John a offert les droits d’une chanson pour le générique final. Ce film canadien n’a pas de gros budget de promotion et il risque de passer inaperçu face aux blockbusters du cinéma américain. Il est sorti en salles à Toronto et dans plusieurs villes canadiennes, mais aucune sortie n’est encore annoncée à Montréal.

21 octobre 2007

Que j'aime

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Et oui, encore du Youtube ! Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à passer leur chemin. Ce soir, je suis intransigeant. Au cours de mes pérégrinations sur la Toile, j’ai fait des découvertes étonnantes et des rencontres précieuses. Dans cette univers d’échos, qui vibrent souvent à l’unisson, il y a parfois des voix et des histoires qui se démarquent. Journal de Lou est un de ces blogues d’exception et je ne m’en lasse pas.

Quand ça va pas il y a Lou qui chante. Et puis, je sais pas, ça ne peut plus ne pas aller. Avec le temps, je suis devenu un fan fini. Voici Lou. Je crois que les chœurs sont faits par sa maman.

06 juin 2007

Le lac Long

J'imagine que tout est dit
puis ce détail me rattrape,
je sais des mots pour nous sauver l'envie,
mais sur eux je dérape


Les mots que vous avez devant les yeux ne sont que la pointe d’un iceberg. À la fois les reflets et les déclencheurs de milliards de liens et de connexions. Ils provoquent chez moi ou ailleurs, un effet d’avalanche ou de domino. Parfois, ce sont des lumières d’épiphanie qui déboulent, suivies par des bouffées de tendresse et de certitude. Des phrases venues de l’autre bout du monde me révèlent des pans de ma propre réalité qui m’avaient toujours paru obscurs. Et je réalise qu’il y a souvent beaucoup de vous dans chacun de mes textes. Ce billet est inspiré d’une chanson de Valentine, que j’ai découvert par un clip chez Creaminal, que j’ai connu chez Éric, que j’avais croisé chez Valentine, que…

Les heures que je passe devant l’écran me rappellent ces longs après-midi à fouiller la grève du lac à la recherche de trésors : coquillages, bois mort ou pépites d’or. Nos regards d’enfants se perdaient dans l’immensité sombre de la sapinière qui s’étendait de l’autre côté de la baie. Cette forêt rayonnait de la présence des mines d’or, de l’ours noir et de l’orignal. Mon père m’avait dit qu’en traversant l’horizon on arrivait au pôle Nord. Je rêvais de voir les ours blancs et les phoques gris, le démoniaque carcajou qui déjouait les pièges de tous les chasseurs et les pistes des Innus, jalonnée d’inukshuk. Lorsqu’il se troublait, le lac était couleur de perle. Sur les cartes, cette vaste étendue d’eau se nomme Opasatica. Mais pour nous, c’était le lac Long. Un lieu unique que les archéologues et les biologistes n’ont toujours pas fini d’explorer.

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Je passais alors tous mes étés dans ce chalet, tout au fond de la baie de l’orignal. On ne voyait presque pas la rive de l’autre côté. Les jours de grands vents, les vagues faisaient notre bonheur et les soirs d’orage, le lac devenait la scène d’un spectaculaire sons et lumières. Il y avait dans l’eau glacée quelques sangsues qui nous faisaient très peur. Ma sœur poussait des hurlements de panique quand une de ces bestioles lui faisait une bise. J’avais entendu dire que des esturgeons immenses rôdaient près du fond vaseux. À la brunante, sur une plage de galets, on chantait et on inventait des histoires autour d’un feu de camp.

Je n’allais jamais bien loin dans la forêt derrière le chalet, car j’avais peur de rencontrer le grand-duc et ses yeux de magiciens fous. Sous les frondaisons, on pouvait aussi croiser une poule irresponsable qui courait les bois avec ses poussins. Des lièvres discrets aux pattes porte-bonheur, des perdrix étourdies. La route qui menait au lac traversait un champ illuminé par l’orangé des épervières et les noms des villages des alentours me semblaient vraiment étranges : Bellecombe, Montbeillard, Roquemaure. La région était coupée du reste de la province par le parc de la Vérendrye et pour accéder au vrai monde il fallait rouler vers le sud, des heures durant, dans une immense forêt d’épinettes noires. La route devenait ensuite une autoroute à trois voies éclairées par des lampadaires, féerique à mes yeux d’enfant. Au terme d’une journée de voyage, nous arrivions, dans le vrai monde. La ville de toutes les merveilles : Montréal.



Lac
envoyé par titofcaplan
Paroles: Jil Caplan. Musique: Jipé Nataf 2001 "Toute crue"
Le prochain album de Jil Caplan, derrière la porte, sortira le 11 juin 2007


La forêt ancienne du lac Opasatica (PDF)
Lac Opasatica : future réserve de la biodiversité (PDF)
Archéo 08, fouilles archéologiques
Musée virtuel d’archéologie préhistorique

31 août 2006

Le train

Scénariser est si facile. Moi, je veux être utile et je voudrais rêver. La vraie vie me fait si peur. Ce que j’exige, ce que j’espère, ce que je chante à tue-tête c’est ce qui me terrorise le plus. Tue-tête à écrire.

Je ne suis pas né aimable ; respectez mes limites. Je me souviens d’une rue à moitié enneigée où je marchais, sur le trottoir mouillé. J’étais débutant dans la marche. Le trottoir c’est sale, il ne faut pas tomber. Au bout de la rue, un chemin de fer. Une merveille avec de vrais trains. Qui allaient ailleurs où il y avait du bonheur, des chansons, des sucreries. Et je me suis mis à rêver que j’allais partir par le train, un jour. Aller là-bas, dans le vrai monde en couleur.

Mais il y avait des corbeaux aussi grands que je l’étais à l’époque. Plus noirs que tout ce que je pouvais imaginer. Et les abords du rail, c’était le coin des corbeaux. Un endroit glauque. Les journaux étaient pleins d’histoires de corbeaux. Des meurtres, des enlèvements, du sang. Il y avait l’horizon qui portait toutes les promesses et à mesure que je grandissais j’allais plus près, mais je ne trouvais rien. Que de l’espace encore, si grand, clair et froid. Mais il y avait un autre horizon plus loin que je pourrais peut-être atteindre quand j’aurai allongé un peu de la tête et des jambes. Je me cachais pour écouter les adultes, ce qu’il racontait. On vivait en dehors du monde, mais dans le vrai monde, il s’en passait des choses. Je le voyais à la télévision.

Puis, j’ai eu cette petite valise, vert menthe avec des fleurs fuchsia. Une horreur avec des pochettes un peu partout pour cacher des papiers et des secrets. C’était pour voyager entre le père et la mère d’abord en voiture, puis en train, parfois en métro. Et même un jour, en avion, au-dessus de l’Atlantique et du Sahara. Je me sentais si bien la tête appuyée sur la vitre du train, à voir filer les champs gris. À peupler la brume d’animaux fantastiques qui luttaient contre la nuit et les chasseurs. C’était le seul endroit ou j’étais bien. Fuir à travers les limbes. Puis la valise est restée dans le placard parce que j’étais devenu trop grand. Plus le temps de courir les horizons puisqu’il n’y a rien de l’autre coté. Rien. Que du vide cynique et trop de lumière. J’ai pas fait le tour de la Terre. Mais je sais bien que ce serait inutile. C’était pas vrai. Ce qu’on me racontait ou ce que je voulais entendre. C’était pas vrai, c’est tout, les happy ends, les retrouvailles, les câlins, ça n’existaient pas. Le bon dieu qui disait : laissez venir à moi les petits enfants. Il est mort à la fin des testaments, ils l’ont crucifié et il n’a pas voulu revenir.

J’ai appris à me taire. À m’égrener les doigts sur le béton, à parler par les blessures de la ville. À m’inventer des histoires pour dormir debout. À regretter les étoiles. À cracher sur la vie et sur les menteurs. À me laisser couler dans l’alcool. À vivre dans la neutralité. Puis, je suis devenu quelqu’un le jour ou je suis devenu désirable. Quelqu’un ou quelque chose pour quelqu’un. En tout cas, exister. Mais toujours rien, de l’autre coté de l’horizon. Comme si je traînais le vide imprimé sur ma rétine.

Ce soir, sur le coin d’une rue, je marchais à travers la foule excédée. Il y a eu le son d’un violon et d’une contrebasse, un air klezmer. Et il a sorti la tête du manteau. Les yeux ronds, comme un crapaud, tout de suite, curieux, qui se dit que c’était vrai. Que c’est aujourd’hui qu’on arrive où c’est beau. En Bohème, enfin. Mais j’ai refermé le manteau. Cache-toi, imbécile. Si on arrive un jour de l’autre côté, je veux que tu sois en un morceau. Et j’ai regardé la foule d’un air mauvais. Sous le manteau, lui, il fredonnait.