12 janvier 2007
Les Galères
Tous les fiascos sont dans la nature, mais les plus éclatants sont ceux qui vont traîner près de la réussite. En fait, ce sont les seuls qui devraient mériter cette appellation.
C’est curieux, en début de semaine, j’avais un fond de déprime qui me poursuivait sans que je la comprenne. J’étais lentement submergé, emporté par une vague. Une inquiétude qui enflait avec le temps. Il a fallu que je me soigne, que je porte attention aux détails et aux jours qui allongent. Et j’ai repris pied, j’ai remonté vers la plage. J’ai attendu d’être plus en forme pour rappeler mon bel anglo, qui ne donnait plus signe de vie. J’avais plein de choses à lui raconter. Tous ces trucs que j’ai compris sur ma vie actuelle. Les nœuds qui s’étaient dénoués d’eux-mêmes, les fruits qui avaient mûri. Il m’a écouté, comme à son habitude, avec intérêt, avec attention, avec gentillesse. Puis il m’a dit qu’il avait réfléchi. Il se sentait mal à l’aise. On ne pouvait pas être un couple. il fallait que je sache que… etc. Ma réaction a été impeccable. Il fallait m’entendre m’affirmer dans ma déception. Être empathique et tout le bataclan. Me contrôler pour ne pas que trop d’émotion passe dans ma voix. Non, je n’ai pas fait de scène. Pourquoi je ferais une scène après tout ? Je n’ai même pas pleuré. Même après avoir raccroché. Je vais l’oublier tout simplement. À l’heure qu’il est, il se sent sûrement soulagé, il a fait le sale ouvrage. Avec honnêteté.
Je n’ai pas noté cette complicité qui était là, même au téléphone, même en se séparant. Ces émotions qui passaient de chez moi à chez lui comme de vieilles connaissances. Il y avait derrière moi une autre vague qui venait. Je préférais l’ignorer. La colère. Je devais aller dans un party dans quelques jours où il sera présent. Je vais lui montrer que je n’ai pas besoin de lui, que je suis plus fort qu’il croit, que je suis plus fort que lui. Je vais le tirer par le bras et le présenter à Max ou à Axel, il pourrait former le club des déserteurs. Ils pourraient se baiser et se déserter entre eux. J’ai besoin de cette colère, je vais surfer dessus jusqu’à ce que je retrouve des épaves de foi en quelque chose. J’ai pensé à Krishna. Je me vois en robe orange chanter Hare Krishna, Hare, Hare à tue-tête dans la rue. Hurler Hare Krishna à la tête des passants.
Mais attention, je suis de retour sur le marché avec de bonnes références. Je suis très beau, très intelligent, très intéressant. Quelqu’un de bien, en fait. C’est lui qui l’affirme. Et j’ajouterais : intuitif, parce que je ne me trompais pas quand je sentais la complicité qui coulait de source entre nous. Et cette inquiétude des derniers jours, si ça, c’est pas de l’intuition ! c’est juste que ça ne suffisait pas. Ça ne suffit pas. Pas assez pour franchir ses barrières à lui. Je reste coincé dans les barbelés. Il n’est pas capable. Ce n’est pas pour lui les sentiments. La vie de couple. Mais, on peut être des amis.
Je ne peux faire autrement que de me demander pourquoi je ne rencontre que des déserteurs. Pourquoi c’est les écorchés qui me touchent par leur pudeur, les brûlés vifs, ceux qui ne pourront jamais plus aimer. Y’a juste les grands brûlés qui m’allument vraiment. Pourtant, les oiseaux c’est con. Ça crie tout le temps, c’est salaud. C’est assez étourdi pour se faire attraper par le premier minet du coin. C’est trop stupide pour qu’on les aime. Oublié les mouettes, les linottes et les grosses dindes. C’est même pas bon à manger; c’est plein d’os. Et les vieilles pies sont coriaces, en plus. Allez. Un de perdu, dix de retrouvés. Pis de toute façon, ça devait être une lesbienne. Next.
...
Le pire dans tout ça, c’est qu’au fond, malgré tout le cinéma que je me fais. Malgré toutes les conneries que j’écris ici. Je ne suis même pas capable de lui en vouloir vraiment. J’aurais envie de le déposer dans son nid avec infiniment de précaution. L’embrasser sur le front. Lui murmurer une berceuse… Ça y est, je pleure.
15:50 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour, gay et lesbienne, pleurer, déserteur, diam's, jeune demoiselle



