02 mai 2008

Un de perdu...

Depuis des semaines, je me nourris d'oméga 3, de grains entiers, de légumes verts, rouges ou oranges. Comme je ne file pas et que je suis de nouveau célibataire. J’ai décidé qu'à partir de maintenant, je ne mangerais plus que des cochonneries. L’obésité morbide sera désormais l'idéal à atteindre. Les gros c’est comme les blondes : ils ont plus de plaisir. (!) J’ai donc chatté jusqu’à deux heures du matin en buvant de la root beer et en m’empiffrant de chips au ketchup. J’ai abouti sur un site de rencontre.

C’est un peu comme un jeu vidéo. Il faut être rapide sur la souris et trouver le moyen d’avoir l’air intelligent, drôle et déluré, en moins de huit mots : tout un défi. C’est du marketing extrême. Au même moment, mon ami Thomas était aussi sur le site, il m’envoyait des liens : « Check le profil, celui-là, y est pour toi. » ll voulait me matcher avec le directeur d’un théâtre montréalais (tellement beau que j’ai jamais osé le poker). Pendant ce temps, un aspirant comédien blondinet me talonnait de ses messages. (C'était une soirée thématique : art dramatique.) Je lui ai répondu. Il est tout de suite passé aux choses sérieuses :
Flo : Description physique ?
PY : Tu veux des chiffres ?
Flo : Oui.
PY : 150 lb, 5’10 pieds, 30 de taille, 97.2 (ma moyenne finale au cégep, sans me vanter), Le 31 (La marque de mes sous-vêtements), 3,1416... (ça c'est pi, la constante d’Archimède) ça te suffit ? (Je passe les détails.)
Le futur acteur de cinéma avait l’air bien jeune, et il me demande mon âge.
PY : 38 ans
Flo : Ah... C’est pas grave, j’aime ça les vieux.
PY : ... Je suis même pas vieux !

Après quelques heures de sommeil, je me réveille pas mal pucké. Comme tous les matins, ces temps-ci, je ne trouve pas mes clés au moment de partir. En prenant mon sac, j’échappe mon portefeuille et toutes mes cartes s’étalent sur le plancher. Je ramasse le tout rapidement; je suis pressé. Sur l’heure du midi, je me rends à la boutique Courir pour me trouver des nouveaux souliers de courses. Le vendeur me demande de faire quelques pas de course dans la boutique pour vérifier l’angle des chevilles ou quelque chose du genre. Au détour d’un présentoir de survêtement, je manque de renverser une petite vieille. J’opte finalement pour des New Balance blancs et rouges qui coûtent deux fois plus cher que ce que j’avais prévu. (Y'a rien de trop beau pour la classe ouvrière !) J’ajoute une paire de chaussettes de course. (Oui, oui, ça existe. Il paraît que c’est indispensable.) Je dépose la boîte de souliers devant la caissière qui est tout sourire en fouillant dans mon portefeuille. Je réalise que ma carte bancaire ne s’y trouve plus. Je fouille en commençant à m’énerver. Le gérant me jette un oeil suspicieux. Je fais mettre le tout de côté en m’excusant.

Je suis contrarié parce que je n’ai que cinq dollars pour manger. Et avec toutes mes conneries, je n’ai rien mangé depuis hier (à part des chips et de la root beer). La fille du café prend mon cinq dollar et me dit que ce n’est pas grave s’il me manque quelques sous. Je saisis l’assiette qu’elle vient de déposer sur le comptoir. Elle m’arrête : « Non, celui-là n’est pas pour toi. » Je lâche l’assiette. D’un seul coup, le panini glisse de l’assiette sur le comptoir, puis disparaît dans la poubelle du moulin à café. Je me mets la main sur la bouche. « Hon. Je suis vraiment désolé. »

La journée n’est pas terminée. (il reste 47 minutes avant 17 hrs) Qu’est-ce qui pourrait m’arriver de pire aujourd’hui. je n’ose pas y penser. (Ce n’est pas du fatalisme, c’est de la prévention) Et puis la loi de Murphy, c’est scientifiquement prouvé. Non ? J’ai hâte d’étrenner les souliers que j’ai dû abandonnés à la boutique. Quand j'irai courir, j’écouterai en boucle Four minutes et j’imaginerai le beau Justin Timberlake qui court devant moi (sans chemise et sans pantalon). That’s right ! Keep it up ! Don't be afraid ! Hé. Hé. Han !

Edit : Ma carte était sur le plancher de mon salon. J'irai courir demain. Attends moi, Justin !

12 juillet 2007

La ride

Il le faut. Il faut que le feu passe au vert. Je m'accroche aux guidons, deux doigts sur les freins. J'ai la colonne qui tressaille, le cœur qui pompe, les pieds qui pédalent sans relâche. L'espace se resserre entre la rangée d'automobiles garés et celles qui me frôlent sur la gauche. Je balance la tête d'un côté et de l'autre pour éviter les mouches. Le feu devient vert au moment où je roule sur la ligne blanche. Je tourne sur Saint-André, un sens unique qui remonte vers Mon-Royal. La rue s'enfonce sous les érables qui anéantissent d'un seul coup le soleil d'après-midi. Je "slalome" entre les plaques d'asphalte, les fissures, les bouches d'égout et les crevasses. Un soupçon d'ivresse quand mes roues dérapent. Je débouche sur l’avenue Mont-Royal. Assommé par la foule soudaine, les poussettes, les skate-boards, les klaxons. Une Smart me coupe pour se stationner juste devant moi. Des rires sur les terrasses. Le bruit des verres. J'ai des yeux tout le tour de la tête. Surtout ne pas me laisser distraire par ces dizaines d'hommes de rêve qui déambulent sur les trottoirs. Ce que c'est beau l'été. Un chien aboie. Je prends la piste cyclable sur Brébeuf. C'est l'heure de pointe et je dois me glisser dans la file indienne des cyclistes. j'accélère en direction du parc Laurier. Saint-Joseph, le feu tourne au vert. Si j'accélère encore un peu, je sèmerai peut-être, ces fantômes qui s'agrippent à mon ombre. Ceux qui me crispent la mâchoires et qui m'empêchent de m’abandonner à l'été.

20 mars 2007

Jump !




Il me reste sept semaines de prestations de chômage et toujours pas d’emploi. Je passe tous mes avant-midi à rédiger des offres de service. L’après-midi, je m’entraîne. Le printemps est là, caché sous la neige. Le cardinal est revenu jouer les crooners dans le bosquet de pins, au bout de la rue Laurier. Les iris pointent le nez hors de la terre. Le merle attend avec impatience que la neige disparaisse, pour enfin chasser les vers. Il reste deux semaines avant le début de l’entraînement pour le demi-marathon. Je me suis inscrit à ma première vraie course, le défi du printemps, un 10 km qui aura lieu à la mi-juin. Courir me permet d’évacuer le stress et pendant que je saute sur le tapis roulant, les paroles rebondissent dans mon crâne…

Dans mes écouteurs blancs, la madone chuchote :
— « The more that you wait, the more time that you waste »
La machine clignote :
— « vitesse : 9.8 km/h, temps restant : 22 minutes »
La nutritionniste avait pris un air pincé en regardant les chiffres sur son écran :
— « Tu pourrais t’entraîner un peu plus… »
Elle m’avait ensuite donné un échantillon de Boost, un supplément alimentaire. Par la suite, j’ai appris que les spécialistes de Catie déconseillent l’utilisation de ces suppléments. La quantité de sucre qu’ils contiennent aurait un effet dépresseur sur le système immunitaire. (Elle a dû trouver sa spécialité en VIH dans une boîte de céréales !)
Une dame lors d'une entrevue d’embauche a conclu :
— « Vous êtes trop compétent ! Vous allez vous ennuyer ici. »
Mon médecin, lui, ne dit rien.

Dans mes écouteurs blancs, la madone poursuit :
— « Don’t ever look back, oh babe. Yes, I’m ready to jump »
La machine secouée rechigne :
— « vitesse : 10.2 km/h, temps restant : 16 minutes »
Le grand avait dit en attaquant son morceau de gâteau chocolate suicide :
— « Mon objectif pour cet été, c’est qu’on voit mon six pack. J’veux me promener en bedaine »
Le cowboy avait dit en enlevant ma chemise :
— « Mmm… Tu fais de la musculation ? »
Ma sœur a dit :
— « Coudonc ! T’as ben des gros bras, on te voit toutes les veines ! »
L’orthésiste m’a dit en me présentant les nouvelles orthèses qui garniront mes souliers dans deux semaines :
— « Avec les nouveaux matériaux, tu vas voir, tu vas rebondir ! »
Mon médecin m’a raconté ses vacances sur les plages de Thaïlande.

Dans mes écouteurs blancs, la madone quémande :
— « just take my hand, get ready to jump ! »
La machine maintient :
— « vitesse : 10.2 km/h, temps restant : 7 minutes »
Sur son formulaire, lors de l’évaluation de la capacité cardio-vasculaire, l’entraîneuse a coché la case « très bien » plutôt qu’ « excellent ». Sa machine était incapable de mesurer mon pourcentage de gras :
— « Ça arrive quand les gens sont maigres, c’est pas très précis » (... Elle ne peut pas savoir que la maigreur, c'est ma phobie.)
J’accélère pour les cinq dernières minutes, un sprint final, juste pour la luck.
L’autre entraîneuse, celle qui a fait mon programme, a ricané :
— « Tu vas voir, les abdos, ils sont pas faciles ! »
Mon médecin conclut :
— « Bon ben, on se revoit dans trois mois. »
La madone insiste
— « Are you ready ? »

23 février 2007

9 septembre 2007

J’ai commencé à courir, il y a quelques années après avoir lu l’ouvrage de David Servan-Schreiber, Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse. Le besoin d’exercice de mon chien, un husky croisé, m’a servi de prétexte, le foisonnement de la nature, de motivation.

J’habitais alors à proximité des limites de la ville de Saint-Hyacinthe. Je longeais les champs sur un chemin de terre jusqu’à une pinède qui abritait une ruche. Pendant que mon chien courait les lièvres à travers le bleu de la luzerne, je regardais le soleil descendre au-dessus du mont Saint-Hilaire. J’ai vu des chevreuils détaler entre les rangs de maïs et des vols d’outardes se poser au milieu du champ à la fin de l’été. J’y ai pris goût. Je ne sais pas après quoi je cours. Ça me plaît de courir pour rien, pour moi. Je suis seul, je suis bien et le monde m’appartient. Quand le corps s’abandonne au rythme des pas, l’esprit s’envole et les rêves prennent forme. Je sais que la course favorise la santé. J’en ressens chaque jour les effets. Depuis l’arrivée de la neige, je cours à l’intérieur. Les tapis roulants du centre sportif surplombent la piscine olympique où s’entraînent les équipes nationales de nageurs. Des corps hallucinants de perfection qui filent sur l’eau comme des fusées.

Je caressais depuis un certain temps le projet de courir un marathon. J’ai nourri cette idée en longeant les allées du Jardin botanique. En suivant les courbes de la piste cyclable du parc Maisonneuve et en apercevant le mât du stade au-dessus des cimes. Il y a quelque chose de très poétique dans l’image des coureurs suivant les sentiers d’un parc.

Comme il ne faut pas brûler d’étapes, je me suis inscrit au demi-marathon qui aura lieu au début septembre à Montréal. Une course de 21 kilomètres qui se déroule au même moment que le marathon. Les coureurs partiront sur le pont Jacques-Cartier et se rendront jusqu’au Stade olympique. Le programme d’entraînement débute officiellement en avril. Ça me fait un peu peur, une crainte qui chatouille et donne envie de rire. J’ai besoin de relever un défi, d’aller voir où se trouvent mes limites. J’ai besoin de savoir que je suis fort, plus fort que la peur. En l’annonçant à quelques personnes, je sais que l’orgueil m’obligera à ne pas me défiler.

Mes objectifs

  • Compléter le parcours en 1h55 (à peu près)
  • Ne pas me casser la gueule dans la côte qui descend vers le stade au 21e kilomètre
  • Entrer dans le stade avec le sourire (même forcé)

(Le meilleur temps dans ma catégories d'âge l'an dernier 1h17min, 17 sec.)

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Marathon international de Montréal