11 juillet 2008
5 raisons
5 raisons pour aimer dormir avec lui : 1. Parce que j’ai dormi seul, les trois quarts de ma vie. Faire l’étoile : j’ai déjà donné. 2. Parce que lorsque je l’entends respirer à mes côtés, j’essaie de ne pas trop bouger, j’adopte son rythme et je me laisse aller au sommeil. 3. Pour pouvoir me coller contre lui, au milieu de la nuit, si j’ai froid. Ou le pousser, si j’ai chaud. Il est l’une des seules personnes avec qui j’arrive à dormir collé. 4. Pour lui prendre la main quand j’ai fait un cauchemar. Suffit d’un baiser sur le front et les monstres les plus terrifiants deviennent dérisoires et s’enfuient, affolés. 5. Pour le bonheur de le voir roupiller au petit matin, quand je m’éveille le premier. Ne lui dites surtout pas : il est beau même quand il dort. Et puis, vous vous doutez bien, pour plein d’autres raisons que je garderai pour moi. Il y a des enfants qui pourraient passer par ici.
19:00 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, couple, nuit, sommeil, lit, plaisirs, matin
09 novembre 2007
Novembre
Il y a des trous dans l’histoire que je raconte ici, depuis le tout début. Des trous qui ne me gênaient pas. Probablement que les lecteurs ne les ont pas notés. Peut-être qu’ils les ont comblés eux-mêmes en y projetant leur imaginaire. Non pas que j’aie voulu cacher des choses. J’ai cherché à épouser le plus fidèlement possible les contours de la réalité. Mais, n’en déplaise à certains blogueurs, la réalité est trop vaste et mouvante pour être dépeinte en quelques billets. Se raconter c’est toujours une transposition, une mise en scène. Écrire, c’est forcément réinventer, même si on y met toute la sincérité du monde. Mais je réalise qu’il y a dans ces ellipses des clés essentielles pour que j’arrive à me comprendre moi-même. J’ai quelques mauvais souvenirs impossibles à liquider sans déconstruire la légende que j’ai moi-même bâtie. Dans ma mythologie personnelle, il y a eu le big bang : le diagnostic. Ce choc qui m’a sorti à jamais de l’insouciance. Puis, une rencontre que j’ai appelée l’amour et qui devait en quelque sorte être un baume, une consolation. Un grand bonheur pour un grand malheur. J’ai vécu presque10 ans avec cet homme. Il rectifierait peut-être : 9 ans et quelques mois. À force de brasser les sentiments et de les confronter à la vraie vie, je réalise que j’oublie trop facilement certains moments de ma vie. Une autre vision des choses émerge parfois, quand je n’arrive pas à dormir la nuit. Je repars du même point. 1996. J’étais déjà un handicapé du cœur comme tant d’autres. J’errais, à la merci des évènements. J’étais déjà fragile quand j’ai reçu cette brique énorme à la figure. Complètement sonné, j’ai continué à marcher comme si rien ne s’était passé. Je l’ai aperçu le premier. Il correspondait à tout ce que je cherchais : sociable ; quand j’étais sauvage, chaleureux ;quand j’étais renfermé, aimé de tous ; quand j’avais du mal à aller vers les gens. Il était beau et rien ne pouvait entamer son plaisir de vivre. J’ai mis en marche le pilote automatique. Tout simplement, je ne lui ai pas dit que j’étais séropositif. J’ai laissé la force d’inertie faire tourner la roue. Quelques semaines plus tard, il a découvert mes bouteilles de médicaments. À cette époque l’AZT et le 3TC. Moi, j’ai fondu en larmes. Pourquoi il n’est pas parti à ce moment-là, je ne saurais le dire. Il aurait sûrement aussi sa version de l’histoire à raconter. Ce qu’il ne fera pas. Il y avait, c’est certain, une forme de pitié. Peut-être y avait-il aussi des sentiments. J’étais complètement désemparé, totalement vulnérable, démoli. Je crois que j’ai pleuré alors tout ce qui m’était arrivé auparavant. Mis à part Y, qui m’avait repêché dans les premiers moments, il était la seule personne qui était au courant. Je ne voulais pas que personne d’autre ne le sache. Petit à petit, je me suis mis à avoir besoin de lui. Insidieusement, j’ai coupé les ponts avec tout ce qui était ma vie et je lui ai laissé toute la place. Il était le seul centre de mon univers. Sa famille est devenue la mienne, ses amis ; mes amis. Je me suis effacé complètement. J’ai pris la couleur de ses murs. En échange, il m’a servi de paravent, de justification pour ne pas avoir à affronter la réalité. Je ne me souviens plus qui a écrit qu’un couple, c’est deux névroses qui se rencontrent. Pendant toutes ces années, je le sais maintenant, j’étais profondément malheureux et impitoyablement seul. Prisonnier dans ma tête, je me battais nuit et jour avec moi-même pour me faire taire. Je croyais bien faire, mais je m’enfonçais. J’étais de moins en moins capable de faire face à la réalité. J’avais de plus en plus besoin de lui. Je m’évadais en imaginant la vie que nous aurions un jour, ensemble. Au cours de ces années, le médecin m’avait annoncé que j’avais besoin d’un nouveau traitement, que j’avais quelques semaines pour y réfléchir. Je suis sorti de son bureau et je n’y ai pas mis les pieds pendant près de cinq ans. Je balayais cette idée du revers de la main et je remettais toujours la visite à plus tard. Alors que j’avais besoin d’un suivi serré. Je jouais celui qui était au-dessus de tout ça. Et quand l’inquiétude me taraudait avec trop d’insistance, la seule personne à qui j’aurais pu parler, c’était lui. Et il ne voulait pas en parler. Peut-être en était-il incapable. Il était hermétiquement fermé. Il me disait toujours « Va chez le médecin. » avant de se retourner et me laisser seul avec mes angoisses, dans la nuit. Nous étions ensemble dans le déni. J’avais besoin d’aide et j’avais fermé toutes les portes pour que cette aide ne puisse jamais me parvenir. Pendant ce temps, ma santé se détériorait avec lenteur sans que cela soit apparent. De son côté, il se ménageait des portes de sortie, il planifiait son avenir avec ou sans moi, il investissait dans sa propre vie. Puis pour s’échapper de la lourdeur, il regardait du côté des autres hommes. Pendant des années, il a cherché à s’enfuir, mais il manquait de courage. Moi qui aie l’habitude de vouloir raconter de belles histoires, je me rends compte que celle-ci n’a rien de rose. Elle est laide comme parfois peut l’être la réalité. S’il ne m’avait pas quitté, je serais mort. J’étais déjà devenu un abonné à la clinique du quartier où je cachais mon statut sérologique, infections à répétition, bronchites, otites, etc. Je faisais de l’anémie, je maigrissais, j’étais dépressif. Seul, je luttais pour survivre. Je n’aurais besoin de personne. Je m’étais mis à courir dans les champs gris autour de la petite ville où nous habitions. Puis il a rencontré ce garçon dont je ne sais rien. Tout ce que je sais c’est qu’il est plus jeune. Je l’imagine fragile et un peu désemparé devant la vie comme je l’étais. C’est lui qui a marché dans mes pas et qui a comblé en quelques jours, la place que j’avais laissée vacante. Je me souviens de ce jour où j’ai quitté notre appartement. Dans la salle à manger vide, il ne restait plus que la cage où j’ai laissé mon chien, silencieux, le nez entre les barreaux. Je partais le matin. Lui devait revenir en soirée de chez sa sœur où il avait passé les dernières semaines. Brutalement, je me suis retrouvé complètement isolé. C’était l’automne. Ma tête a réellement touché le fond, et avec violence. Mais c’est probablement ce qui m’a sauvé. Quand on se noie, on tend les bras, on cherche à s’accrocher à ce qui passe. C’est ce que j’ai fait. Et la vie a fait qu’il y avait des inconnus qui sont sortis de l’obscurité et qui m’ont tendu la main. Peut-être qu’ils passaient par là par hasard. Peut-être qu’ils ont entendu mon cri. Toujours est-il qu’une fois la tête sortie de l’eau, j’ai appelé à l’aide de nouveau et j’ai réappris à nager. Il fallait que je dise que la solitude à deux peut se révéler la pire de toutes. Il fallait que je dise que dix ans à vivre à deux, ce n’est pas forcément dix ans de bonheur. Dix ans, parfois, c’est juste beaucoup de poussière. Ma vie d’aujourd’hui est rafistolée. J’ai quand même des années de rattrapage à faire. Souvent, je rage de n’être pas rendu plus loin. Je suis impatient. Je me sais encore vulnérable, mais beaucoup moins qu’auparavant. Je suis fragile, mais je connais ma force. Quand on a réappris à marcher, on voit venir les pièges et on ne retombe plus. Enfin, c’est ce que je voudrais bien croire.
17:13 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, mauvais souvenir, réalité, sourd, couple
18 juin 2007
C'est tout
Note à la manière d’ÉricDans la très belle salle Cassavetes de l’Ex-Centris, j’ai vu le film Ensemble, c’est tout, de Claude Berri, d’après le roman d’Anna Gavalda. Une réalisation précise et habile, fidèle au roman. L’ensemble dégage cependant la même impression que le livre : un léger excès de sucre et de violons.

10:20 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, cinéma, couple, roman, acteurs
26 mai 2007
Lettre à Louis-Philippe
20h30 : Le ciel a le blues et il y a dans l’air comme une odeur de pluie. Je glisse ma main dans ma poche. J’y trouve des clés et un couteau. J’y serre quelques feuilles froissées où j’ai consigné ces mots. Certaines des choses que tu m’as dites me restent en tête et font leur chemin. Contrairement à ce que tu crois, j’ai aimé ton dynamisme et tes excès. Ils m’ont fait un bien fou. Je t’ai trouvé à la fois drôle et touchant. J’ai aimé intensément les moments que nous avons passés ensemble. Je les ai aimés au point d’en avoir mal. J’ai aimé rencontrer les tiens, tes amis, ta famille. J’ai deviné à travers leurs yeux que tu étais quelqu’un de bien. Ta sœur a, dans le regard, le même côté frondeur et fragile. J’aurais voulu être à la hauteur de tous ces moments. Être souriant, fort, d’un optimisme à toute épreuve. Que tu sois fier de moi… 21h42 : Le tonnerre a grondé, mais l’orage est passé en vent. La chaleur lourde se dissipe. Je roule sur Sherbrooke. La grève des transports en commun est terminée, mais pour le moment, le vélo est plus fiable. Une sirène derrière moi me vrille soudain les tympans. En une seconde, l’adrénaline parcourt tout mon corps. Une ambulance me dépasse sur la gauche et s’éloigne devant moi. Je suis agrippé aux guidons et je ressens chaque défaut de la chaussée. Mentalement, j’aligne les mots pour ne pas perdre une seconde. La piste cyclable disparaît enfin dans le parc Maisonneuve. Et je passe de l’agitation de la circulation à une obscurité presque totale. J’ai dû mal à distinguer la piste sur le sol. Je file entre la masse sombre des bosquets. Je pédale d’un bon rythme. Il y a déjà eu plusieurs cas de gay bashing dans ce parc. Encore quelques coins de rue, et j’arriverai chez moi. J’ai gardé le silence pour me protéger et pour te protéger. C’était maladroit et stupide. J’écris sur les sentiments, mais je ne sais ni les dire, ni les vivre. À travers les moments que nous avons vécus ensemble, j’ai découvert que j’étais un autre. Tu m’as ouvert la porte, c’est vrai. Mais c’était d’abord la porte de moi-même. Je t’en serai toujours reconnaissant. Nous venons de deux univers parallèles, c’est ce qui rendait notre rencontre unique et difficile. Tu as peut-être raison quand tu dis que j’ai encore bien des choses à régler avec moi-même avant de pouvoir être près de quelqu’un. Je me laisse porter par la vague, sans trop réfléchir… 13h30 : Le temps est plus frais et le soleil brille. Je garde dans ma poche ce carnet que je noircis méticuleusement à chaque seconde de liberté. J’ai eu un pincement au cœur quand j’ai servi un couple d’hommes qui préparaient un potager. Ils ont acheté trois plants de tomates, des Supersweets. Ils étaient deux, et moi je suis seul. Il me manque. Sa chaleur me manque. Son regard admiratif me manque. Sa confiance même chancelante me manque. Mais je passerai outre parce que je ne veux pas lui faire de mal. Je ne suis qu’un égaré. En ce moment, à chaque instant je me répète que tout ira mieux demain. Je n’ai qu’une obsession, c’est de passer au travers. Franchir la ligne qui me sépare du prochain jour. Tu es dans le vrai quand tu dis que je vis dans une bulle. Cette bulle, je l’ai bâti pour traverser des moments horribles au cours des dernières années. J’en ai encore besoin aujourd’hui. Peut-être qu’elle me coupe du monde et m’enferme dans ma solitude. Mais pour le moment, elle est essentielle à ma survie et à mon équilibre. Je m’agrippe à elle pour ne pas couler. Et je sais que je dois le faire de toutes mes forces. Tu m’as manqué dès la première seconde où tu es disparu dans la nuit. Je pleure, mais au même moment, je suis soulagé. Je n’en pouvais plus de porter ma vie à bout de bras et de faire constamment bonne figure. Même si, selon toi, je n’y arrivais pas vraiment. Tu as eu le courage de partir. Tu resteras quelqu’un d’important pour moi. Si on ne se revoit pas, je penserai souvent à toi, et je te souhaiterai du bonheur, de la tendresse et des rires… 17h55 : Le soleil bas allume la poussière. Je remonte la rue Beaubien. C’est un quartier que je ne connais pas. Des cafés italiens avec des hommes à l’air louche attablés devant des espressos. Ils fixent les passants d’un regard noir. Deux africaines en boubous noirs et dorés marchent lentement en riant. Ici, je suis un étranger. Rosemont n’a rien d’une montagne, mais je sens tout de même la pente dans mes mollets. Je pourrais amasser tout l’argent que je peux et m’exiler dans un pays du Tiers-Monde. Un pays où la mer est transparente et où l’on se nourrit de fruits et de musique. Rien ne me retient ici sur cette île trop encrassée d’asphalte et de béton. Plus aucunes racines qui tiennent. Mais à quoi bon ? Je sais bien au fond que fuir ne me servirait à rien. On ne peut pas échapper à soi-même.
21:15 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, travail, coeur, couple, racines
29 janvier 2007
Cerises noires
J’ai faim. Je n’ai pas mangé depuis deux jours. La fameuse gastro qui court en ce moment m’est tombée dessus. Dès que je subis le moindre symptôme, j’ai le réflexe de me dire que mon heure est venue, que c’est le début de la fin. Mais, à force de les voir revenir, mes finales dramatiques prennent une tournure ridicule. À l’évidence, ça va passer. La dernière fois que j’ai fait une gastroentérite, j’avais 5 ou 6 ans. J’ai toujours cru que c’était une maladie d’enfants, de faibles. Mais les joueurs du Canadien de Montréal, ces icônes de la virilité, y sont passés. Alors, l’honneur est sauf. Je déjeune, même s’il est passé seize heures. Un bol de gruau, des toasts avec de la confiture de cerises noires. Le soleil de fin d’après-midi baigne ma sortie du lit. Soleil trompeur, je sais qu’à l’extérieur, le froid est sibérien. Mieux vaut ne pas sortir. Les calorifères fonctionnent à plein régime. Les chansons guillerettes de Pierre Lapointe dans mes haut-parleurs donnent une atmosphère aigre-douce à cette fin de jour. J’ai lâché les rênes de ma vie, rangé les fouets. J’étais malade : j’avais le droit de ne rien faire. Pas de ménage, pas de recherche pour le travail, pas d’entraînement. J’ai laissé passer le creux de vague et je sens à nouveau l’énergie qui remonte. J’ai presque envie de braver le froid pour aller voir ailleurs si j’y suis. Respirer d’autres parfums. Goûter d’autres saveurs. Ma curiosité se ranime. Quand je survole mes dernières notes, je me dis qu’une pointe de légèreté s’impose, avec urgence. J’ai profité de cette période d’inactivité pour me remettre à la lecture. Aucun ouvrage de fiction n’arrivait à retenir mon attention. Je relis Le singe nu de Desmond Morris. Un essai où un zoologue étudie les comportements de l’Homo sapiens en tant que primate. L’apparition du couple chez les premiers humains coïncide avec un changement dans leur milieu de vie. Ils ont alors délaissé le couvert de la forêt pour devenir principalement carnivores. Les grands singes, gorilles et chimpanzés, forment des groupes inséparables où l’individualisme est pourtant de mise. L’agressivité est très forte au sein des bandes qui passent tout leur temps à grignoter et à se chamailler. La stabilité des couples est devenue nécessaire afin que les rivalités individuelles s’apaisent. Les premiers humains devaient collaborer pour organiser de manière plus complexe les expéditions de chasse et l’élevage des petits qui demandaient de plus en plus de soin. Il me reste des miettes de fièvres, mais ça se compare à l’ivresse de quelques verres de vin rouge. Je passe de longs moments enroulé dans la chaleur des draps à converser au téléphone. Auparavant, quand j’étais en couples, j’avais des connaissances. Une foule de personnes qui tournaient autour de moi au point de m’étourdir, mais qui n’avaient pour moi aucune importance, pour qui je n’avais qu’une valeur de figurant. Aujourd’hui, je vois naître près de moi des amitiés fragiles, d’autres qui prennent un peu plus d’assurance. Au sortir de cette relation, je m’étais retrouvé face au vide. On m’avait fait remarquer que j’avais mis tous mes œufs dans le même panier. Je l’ai pris au pied de la lettre et j’essaie de changer. Je ne maîtrise pas encore très bien la marche avec plusieurs paniers, mais je vais y arriver. Desmond Morris affirme qu’on ne peut pas renier ses origines animales. J’écoute en boucle la trame sonore du film In the mood for love. Je m’enroule dans la laine polaire. L’hiver s’est installé solidement. Dans quelques mois, les cerisiers seront en fleurs. Desmond Morris, Le singe nu, Éditions Bernard Grasset, 1968
21:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, primate, homo sapiens, zoologie, singe, couple
20 décembre 2006
Suspendu
Un soir d'hiver dans Chinatown On s'est promené devant les vitrines On a trouvé un magasin qui sentait l'Orient On a marché toute la soirée Tes bottes te faisaient mal aux pieds Les vieux Chinois nous regardaient Nous autres, on souriait La première neige est tombée sur le Chinatown Les rues sont glissantes, y a un accident Au coin de St-Hubert et Jean TalonJe suis assis dans les branches. L’oiseau s’est envolé et j’attends son retour, les pieds baignant dans les courants d’air. Le monde a l’air tout petit. Le jour s’essouffle dans la brume qui flotte au-dessus des champs fauchés au ras du sol. Je sais que le vent emporte mes illusions et ça me fait un peu mal. J’ai abandonné mes béquilles au pied de l’arbre. C’est curieux comme on s’attache à ces bouts de bois. Ils ont une histoire, une patine. Ils deviennent une partie de nous. Je compte les comprimés couleur de bouton d’or. 15 mg de Novo-oxazépam, de la famille des anti-anxiolytiques. Ils ont l’air inoffensifs. Au fil du temps, ils sont devenus essentiels à mon sommeil. La douce Anouk, ma pharmacienne, m’a fait un calendrier de sevrage sur quatre mois. Pour l’instant, je dois couper la dose en deux, une seule fois par semaine. Ce qui équivaut à une nuit de quatre heures, c’est donc supportable. Le problème c’est que même avec le meilleur couteau, la minuscule pilule résiste, s’égrène et la précieuse poudre de perlimpinpin s’éparpille tout autour. Il faut me voir avec la lame tenter de rapatrier les débris comme si c’était de la cocaïne. Si c’était à refaire, j’aurais tendance à vouloir m’en passer. Comme le dirait Nancy Reagan : Just say No ! C’est certain, les pilules ne valent pas les bras et les mots doux. Mais j’ai appris que les bras et les mots doux ne se croisent pas sur toutes les routes. Et quand on les trouve, ils ne sont pas toujours suffisants. C’est facile de rire de la rivière lorsqu’on a pris le pont. Les heures de loisir que j’ai tant désirées se déroulent devant moi. Je les paye en insécurité, mais je l’assume. Maintenant qu’elles sont à ma disposition, je ne sais plus trop quoi en faire. Sorti du cadre du travail, je me ramollis. J’ai acheté du rhum pour parfumer des truffes au chocolat noir que je veux offrir en cadeau. Pourquoi ne pas m’en servir un petit verre ?
Dans l'escalier de ton appartement Ta main cherchait ta clé en tremblant Les voisins d'à côté criaient Tout d'suite on est entré Dans ta chambre, on n'a rien allumé Par la fenêtre on voyait la neige tomber Tu m'as d'mander combien de temps l'hiver allait durerPlus de travail pour les prochaines semaines, rien de sûr pour l’avenir et j’ai fini tous les contrats. J’ai fait le grand ménage de mon petit appartement, je ne reconnais plus les lieux, tout cet espace à l’air libre. J’ai pris un café avec Axel. Il a rencontré quelqu’un. Ils se fréquentent depuis cinq semaines et ils emménagent ensemble après les fêtes. Je lui ai dit que j’étais heureux pour lui. Je n’ai pas osé poser de question. Ça ne me regarde pas et les histoires, ça ne se compare pas. Je lui ai raconté que j’avais aussi rencontré quelqu’un, que ça n’allait pas vite. Moi qui me prétend romantique, je devrais être content, mais ça m’inquiète. L’attente fait monter le désir. Ça devient explosif. J’ai peur d’être un pétard mouillé. Je suis déjà une poule mouillée. Le téléphone sonne, c’est lui. Oublié le verre de rhum. Étendu sur ma couette, on parle pendant des heures sur des kilomètres. Je découvre chaque fois de larges pans de son histoire. Et du même coup, se révèlent des mystères encore plus grands. Ça me fascine les récits de racines et de déracinements. Il me dit qu’il n’est pas un québécois pure laine, je me dis qu’il est un québécois pure soie. On devait se voir vendredi soir, mais comme il y aura beaucoup de monde, on ira la veille manger juste tous les deux dans le Chinatown. Puis on ira fureter dans les boutiques parfumées d’encens. Quand je dépose le combiné, les étoiles m’entourent, mais elles sont si loin. Comme la lumière dans une cathédrale.
La première neige est tombée sur le Chinatown Au coin du boulevard pis la 22-ème Y'on trouvé un char abandonné Un soir d'hiver dans Chinatown On s'est promené devant les vitrines Le lendemain la neige avait disparu… Chinatown (1974) texte : Michel Rivard, musique : Beau dommage
17:49 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, chinatown, amour, couple, rhum, chanson







