28 avril 2008
Rogne
L’organisme pour lequel je travaille depuis janvier a décidé de donner nos locaux à une autre division. Notre minuscule équipe est désormais éparpillée, un peu partout dans l’édifice. La coordonnatrice au deuxième, avec les dossiers. Le matériel dans des boîtes au sous-sol ou dans le garage. Quant à moi, je me retrouve dans un corridor du troisième étage entre les bureaux de la comptabilité. (Le comptoir de service est au rez-de-chaussée.) Je mets mes écouteurs, mais c’est un vieux bâtiment et ma chaise sautille quand les gens passent dans mon dos. Derrière moi se trouve la seule imprimante de l’étage. Il n’y a pas de fenêtre, juste un puits de lumière au-dessous duquel je cuis littéralement sous le soleil. Mais je ne devrais pas me plaindre de la chaleur. Le climatiseur qui rafraîchira tout l’étage dans quelques semaines est juste au-dessus de mon écran. Je recevrai alors l’air froid en plein visage.
Depuis que j’ai commencé à travailler là, je vais de déception en mauvaises surprises. J’ai accepté ce contrat parce que je croyais à ce projet. L’ambiance est exécrable, les ressources, inexistantes. Le troisième joueur de l’équipe est parti en congé de maladie et n’a pas du tout l’air pressé de revenir. Au début de mon contrat, la coordonnatrice était en congé de maternité. Le jour précédant son retour, une fille d’un bureau voisin m’a tapé sur l’épaule avec un petit sourire : « Bon courage. » Ma nouvelle patronne caquette continuellement, même quand elle est seule. Et si elle s’adresse à quelqu’un, c’est pour donner des ordres. Côté travail, ce n’est pourtant pas un exemple d’efficacité et elle me refile tous les cas problèmes. (Même si elle a sa permanence et le double de mon salaire.) Les autres organismes en environnement du milieu se livrent une guérilla perpétuelle pour s’arracher les maigres subventions. Les luttes de pouvoirs monopolisent la plus grande partie des ressources. Tous les paliers de gouvernement se lancent la balle. Personne n’a d’argent. La ville de Montréal et les arrondissements se déchargent en nous envoyant les citoyens mécontents. Et c’est moi qui sers de chair à canon. Je me fais engueuler au moins trois fois par semaine par des illuminés écolos de salon, des citoyens-rois qui voudraient que je sauve la planète sans qu’ils aient à lever le petit doigt. Je pense que je n’ai pas ce qu’il faut pour travailler là.
Le déménagement a donc été la goutte qui devait faire déborder le vase. Pour exprimer le mépris, ils ne pouvaient trouver mieux. J’ai pris la décision de démissionner. Mais, par mesure de prudence, j’ai tenu ça mort, le temps de trouver autre chose. J’imaginais un départ fracassant où je laisserais savoir ma façon de penser à toute la boîte. Cette décision m’a tellement soulagé que j’ai retrouvé le sommeil et le sourire. Et puis, il y avait le printemps. Quand la tension montait, je jonglais à tout ce que je ferais le jour de ma libération. Et à chaque pause, je fuyais dans le parc entre les tulipes et les forsythias. Depuis, plus rien. Mes projets se dégonflent. Une semaine s’est écoulée. Aucune de mes démarches de recherche d’emploi n’a donné de résultats. Et mes contrats pour le magazine sont insuffisants pour que j’en vive. Les comptables du troisième n’ont jamais eu un collègue aussi antipathique. Je me retiens pour ne pas sacrer à voix haute. J’ai le fantasme d’arracher ma lampe de bureau et de frapper le prochain veston-cravate qui passe derrière moi. Il faut que je sorte de là, c’est une question de santé mentale. J’ai renoué avec l’insomnie et avec mon estomac noué, au petit matin. Et au manque de sommeil s’ajoute la culpabilité de ne pas bouger et d’être incapable de trouver autre chose. Si je n’arrive pas à me caser, c’est peut-être moi le problème.
Le printemps a fait trois petits tours et s’est évanoui. Les miss météo se confondent en excuses avant d’annoncer des chutes de neige fondante. Moi je suis content. Le ciel menaçant exprime tout ce que je garde à l’intérieur et le tambourinement de la pluie sur le puits de lumière manifeste mon impatience. J’espère que lorsque le beau temps reviendra, je serai au rendez-vous pour lever les yeux.
10:00 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, travail, environnement, contrat, rogne, météo
06 janvier 2008
Simplicité involontaire
Lundi, je commence un nouvel emploi. Sept mois de stabilité : la durée du contrat. Je vais de nouveau avoir mon propre bureau, de nouveaux collègues et de nouvelles responsabilités. Ce qui m’angoisse un peu. (Un reportage audio de Macadam Tribu sur le projet.) Pour mes pauses estivales, je troquerai la terrasse du Jardin botanique pour les pelouses du parc Lafontaine. Ce qui n’est vraiment pas si mal ! D’ici à ce que la première paye rentre, il me faudra subsister…
Un des plaisirs d’être pigiste, c’est de ne jamais savoir quand le prochain chèque arrivera dans la boîte aux lettres. Plusieurs articles que j’ai remis avant Noël n’ont pas été payés. Et le département de la comptabilité est en vacances, jusqu’à la semaine prochaine. Chaque fois, je me dis que j’aurais dû prévoir le coup. Malheureusement, je suis plus cigale que fourmi. Il me reste quatre billets d’autobus, le transport pour lundi et mardi, environ 10.00$ dans mon portefeuille, du pain, du riz et des lentilles, 2 lb d’oignons, 4 œufs et 6 carottes. Bref, de quoi tenir pour quelques jours dans la simplicité la plus totale.
L’an dernier, j’ai reçu en cadeau le best-seller Le secret. Selon les prétentions de l’auteur, Rhonda Byrne, je devrais aujourd’hui être multimillionnaire (comme elle), rouler en BM décapotable et dormir tous les soirs dans les bras de Jude Law. Malheureusement, les conseils du livre n’ont pas fonctionné avec moi. Les mauvaises langues diront que c’est à cause de mon scepticisme. J’ai pensé vendre le bouquin, ça me ferait un ou deux dollars de plus.
Je suis trop orgueilleux pour quêter, et trop dédaigneux pour faire le trottoir. Alors, je remets la pub dans le haut de cette page. À ce jour, il me manque 177 minuscules clicks pour enfin recevoir un premier chèque d’Adsense. Bon, je sais que les sujets préférés des annonces Googueule ne sont pas nécessairement très ragoûtants. Ces temps-ci, mes annonces ont une obsession pour le yoga tantrique et le sauvetage de couple. On ne sait jamais, ça peut toujours être utile. L’annonce la plus drôle, c’est celle de matante Jeanne : Chanson country en français gratuite. Malheureusement, je n’ai pas le droit de cliquer sur ma propre page.
C’est en haut à droite. Ça prend une demi-seconde et ça n’engage à rien. Click !
Et si vous vous retrouvez dans la même situation :
- Bien manger à petits prix, conseils et recettes, Dispensaire diététique de Montréal (PDF, 6 pages)
- Petit budget : grande recette, sur le site de Recettes du Québec
12:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, quotidien, argent, travail, contrat, stress, publicité



