03 mai 2009

Dark Matters

« Le doute demande plus de courage que la certitude, et plus d’énergie ; peut-être parce que la certitude est une conclusion rassurante, tandis que le doute est infini ; c’est une démarche passionnée. Nous devons apprendre à vivre avec la pleine mesure de l’incertitude. Il n’y a pas de dernier mot. C’est le silence derrière le bavardage de notre époque. »
– John Patrick Shanley


La citation provient du programme de Dark Matters, la dernière œuvre de la chorégraphe Crystal Pite, présentée actuellement à l’Agora de la danse. En feuilletant le dossier de presse, je me disais : je me sens toujours un peu incompétent pour parler de danse contemporaine. Je peux apprécier, mais je n’y connais absolument rien. Heureusement, des mots ont été à la base de cette création. Ça me donnait une prise. Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais pas trop le goût de voir un spectacle, ce soir-là.

(La preuve que les plus grands plaisirs sont ceux que l’on attend le moins !)

Crystal Pite fait danser ses interprètes entre les vers d’un poème de Voltaire, l’adaptation anglaise de Poème sur le désastre de Lisbonne. Elle explore l’espace trouble qui se glisse entre les mots. Dans la première partie, la danse se mêle au théâtre, au mime et à l’art de la marionnette pour créer une entrée en matière fascinante. Dans la deuxième partie, les corps se disloquent, s’attirent ou se repoussent pour tenter d’exprimer ce que les mots ne peuvent révéler. Certains numéros de groupe donnent aux spectateurs l’impression de voir bouger un seul organisme qui lutte pour sa survie. Les danseurs offrent une performance de haut niveau où l’humour côtoie des passages plus acrobatiques et des moments d’émotion. Bref, un spectacle qui m’a cloué à mon siège, explosif et étonnant comme le printemps. Une sortie idéale pour apprivoiser la danse contemporaine ou se réconcilier avec son petit côté inaccessible.

 

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photo: Joris-Jan Bos


Dark Matters , Crystal Pite / Kidd Pivot
Jusqu'au 9 mai, à l’Agora de la danse

La critique de Myriam (et de Nicole) à lire.

19 mars 2009

Cible émouvante

Je n’ai que quelques minutes pour coucher mes impressions sur papier, calé dans un interstice entre le soir et la nuit. Je sors de l’Agora de la danse. J’y ai vu un spectacle particulièrement lumineux et accessible. Cibler aborde avec sensibilité les thèmes de la fragilité de la vie et de l’impact que nous avons les uns sur les autres. Sous la direction de Karine Ledoyen, une jeune chorégraphe de Québec, trois danseuses et une comédienne ont livré un spectacle intense, chatoyant et coloré comme un feu d’artifice.

Je suis cependant resté sur mon appétit. Comme si la chorégraphe m'en avait mis plein la vue par pudeur, sans vouloir lever le voile sur l’essentiel. Je quitte la salle, la tête pleine d’images fugaces, mais étincelantes. J’ai été allumé par la symbolique des accessoires et du langage gestuel. Mais j’ai l’impression que l’œuvre gagnerait à être étoffée. Comme s'il s'agissait d'une esquisse. Il y a dans Cibler quelques scènes très fortes. Ces brefs moments d’intériorité sont éclipsés par la virtuosité de la chorégraphe et des interprètes et par l'ingéniosité de la scénographie.




Karine Ledoyen confie à trois danseuses et à une comédienne le soin de retracer le cours de l'existence. On naît, on vit, on meurt… Parfois on se donne la mort, pensant déjouer le destin. La cible est mouvante. Qui dira si jamais on l'atteint?

Cibler, de la Cie K par K, à l'Agora de la danse jusqu'au 21 mars.