19 septembre 2008
18.09.08
Dans la vie, je m’attends toujours au pire.
Je sais, c’est une façon un peu noire de voir les choses. Mais je me dis que ça m’évite les mauvaises surprises. De toute façon, le pessimisme, c’est congénital. Une histoire de famille. Ça se transmet de génération en génération… Je ne m’attendais vraiment pas à rencontrer quelqu’un comme lui… Mister Right, c’est du bonbon dur dans lequel je ne peux m’empêcher de croquer. Même si je risque de m’y casser les dents. Moi, je suis toujours trop pressé. Lui, il n’a jamais aucun problème à ralentir les choses. Sa peau parfumée, c’est un morceau de ciel d’automne dans lequel je voudrais m’enrouler pour toujours. Je ne connais personne qui m’écoute comme lui.
Par un soir frisquet, on venait de passer les grilles du Jardin botanique. On marchait au milieu d’un concert de grillons. Je lui ai souhaité la bienvenue dans mes jardins. « Comment tu trouves mes bâtiments administratifs ? T’as vu mes fontaines ? » Il ne faisait vraiment pas chaud. Les lanternes se balançaient. Le parfum des roses tapies dans l’ombre s’élevait avec la brise. Nos mains se sont frôlées. Ma manche a glissé contre la sienne. J’ai attrapé ses doigts. Nos paumes se sont retrouvées. À ce moment-là, le ciel était tout noir contre le sommet des arbres. Mais derrière la chape de nuage j’étais convaincu que des milliards d’étoiles scintillaient.
Quand il tourne vers moi son regard clair, j’ai l’impression de devenir quelqu’un d’extraordinaire. Mes vieux habits de gueux tombent un par un sur le sol. Il pose des questions. Il se souvient de tout. J’ai l’impression qu’il sonde mes recoins les plus secrets. Ça me chatouille les complexes, mais avec lui, je n’ai pas envie de me cacher. Il dit qu’avec moi, il veut apprendre l’abandon. Parce qu’il sait qu’il peut me faire confiance. Parce que les sentiments ne me font plus peur. Parce qu’il me voit chaque jour, traverser mes journées sans filets. Lui, il aimerait m’apprendre l’optimisme et la confiance. Il voudrait que je laisse tomber mes tempêtes. C’est un ambitieux. J’aime voir poindre son sourire quand il me taquine. Et qu’il se moque de la moindre petite peur que je gonfle à l’excès.
Chaque matin, je me réveille en étant persuadé qu’il aura disparu, au cours de la nuit. Je m’étire sans ouvrir les yeux. Je me bute contre sa chaleur. Et je réalise qu’il est là, tout près de moi, comme si ça allait de soi ! Mister Right, c’est pas un matinal. Il me prend dans ses bras sans ouvrir les yeux, en espérant dormir encore pour de longues heures. Moi, j’ai les yeux grands ouverts. Je n’ai pas envie de dormir une seconde de plus, pour ne rien manquer. Mais je ferme les yeux. J’essaie de suivre le rythme de son souffle. Je respire son parfum. Et puis, je me laisse glisser avec lui, vers le sommeil.
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10 septembre 2008
Duel
« La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! »
La guerre des tuques, un film d’André Mélançon
Les belligérants se sont détaillés du regard. Ils ont évalué leurs forces et leurs travers. La guerre serait-elle ouverte ? On a passé l’étape de la première rencontre, celle des premiers regards, et la première nuit. Hier soir, on s’est baladé sous les lanternes colorées du Jardin de Chine. Les grelots des grillons remplissaient l’air frisquet. Je l’ai entraîné dans l’ombre des sentiers. Et on a surpris le jardin japonais qui rêvassait sous la lune. Seuls, cachés dans la nuit devant l’étang, on s’est embrassé longuement. On a échangé quelques mots. Il m’a nommé très simplement sa peur. Cette tension que je devine parfois quand on fait l’amour. Il a déjà goûté le traitement prophylactique. Une histoire de condom brisé, un accident, une période de sa vie qu’il a trouvé pénible
C’est hors de ma portée et ça se tiraille en lui dans une guerre larvée. C’est sa peur contre son désir. Je pourrais presque m’absenter le temps qu’ils règlent leur différent. J’aurais pourtant envie de me battre pour nourrir son désir, et faire pencher la balance du côté de la confiance. Comme si son désir était l’étalon de ma valeur. Oui, je sais. Sa peur ne m’appartient pas. Mais c’est contre elle que je pourrais un jour me briser. J’imagine devant moi une muraille imprenable comme celle de Chine, qui s’étend sur des kilomètres en suivant l’horizon.
Ce matin, j’étais en congé pour un rendez-vous médical, analyses sanguines de routine, comme à tous les trois mois. En sortant de la clinique, je suis allé m’asseoir dans une cour intérieure de l’université, entre les murs d’un pavillon et ceux d’une ancienne église. J’ai observé l’effervescence de la rentrée, dans les couloirs vitrés. Les souvenirs me donnent souvent la force qu’il faut pour me détacher d’un avenir incertain. Je me ramasse en boule sur un banc de pierre. J’essaie de balayer mes pensées inutiles. Rien ne sert de construire et de déconstruire mille fois la réalité. Tout ça n’est que du vent. Seul devrait compter l’instant présent. Je sens encore sur ma peau sa présence. Je me rappelle sa prévenance, son respect, son affection même. Le froid qui émane des vieilles pierres. Le soleil qui me chauffe la nuque. Les clochers étincelants plaqués sur un ciel d’un bleu parfait. Le regard sévère des saints perchés dans leurs niches de pierre. La vierge dorée qui ouvre les bras au passant. Il a tout pour me plaire. Je lui plais. Et c’est tout ce qui compte
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