07 avril 2008

Note trash



Depuis le temps que l’on tournait autour du pot. Le moment était venu de passer aux actes. Ça faisait un moment que j’y pensais.
Je me battais pour lui enfiler le préservatif :
— « Y’est ben petit, ton condom ! »
— « C’t’un magnum… » (Magnum XXL. Je trouvais aussi que le paquet était grand.)
— « Ah… ben. » (Des fois, je ferais mieux de me taire.)
J’ai senti une vague inquiétude. Ça fait un bail que je n’ai pas fait ça : « Tu vas y aller doucement. »
Il s’est moqué :
— « Ben non, t’sais… tu vas passer au cash ! » Je l’ai plaqué sur l’oreiller en souriant et je lui ai fermé la gueule en l'embrassant.

Mes inquiétudes se sont concrétisées. Pourtant, J’en ai vu d’autres. On s’est essayé trois fois, dans trois positions différentes. On a essayé la douceur, la lenteur, le rythme, plus de lubrifiant. J’ai respiré. Je me suis concentré sur mes pensées les plus lubriques. J’ai tenté de faire la connexion entre les synapses de la douleur et celles du plaisir. J’aurais bien voulu. Rien à faire, ça ne rentrait pas. Je me sentais plus incapable qu’un straight qui perd son érection.

Je marche sous le ciel d’avril qui brille comme un sou neuf. Des mouettes font des vols planés dans le bleu au-dessus du pont Jacques Cartier. Je repense à l’après-midi de la veille où on est allé voir passer les glaces enfin emportées par le fleuve. On s’est laissé chauffer au soleil sur le quai de l’horloge, les coudes sur la rambarde, en regardant des icebergs miniatures qui se balançaient doucement dans l’eau calme jusqu’à ce qu’ils soient emportés dans les rapides. « Ça y est, il y est presque… ça y est… C’est parti… Youhou ! » Notre promenade dans la foule du Chinatown, entre les étals de pattes de poules, de poissons séchés et de calmar frais. Je n’ai jamais aussi bien dormi que sur ses oreillers de plume. Je respire mieux quand j’ai le nez dans son cou. Bref, je suis déjà dans la merde, et jusqu’au cou. C’est sûrement trop tard pour sauver les meubles. « On fera mieux la prochaine fois, hein ? J’ai juste besoin de pratique. » Je claudique en cow-boy sur le trottoir sale qui longe l’entrée du pont. Sur la drôle d’église qui ressemble à une maison hantée, un néon rouge clignotant me crache au visage : « Le salaire de ton péché c’est l’enfer. » Je l’emmerde.

Musique : Gossip, Are U that somebody

Vraiment ! Faut plus avoir d'orgueil pour publier ça.

11 octobre 2007

La chute III

Ce billet est la suite des notes suivantes :
La chute publiée le 3 octobre 2007
La chute II publiée le 9 octobre 2007.

C'était le 11 novembre 1996. Le ciel était nuageux quand je me suis réveillé. Mais il était plus clair que mes idées. Les murs se sont mis à se pencher vers moi, lorsque j’ai voulu sortir du lit. Chaque fibre de mon corps était encore imbibée par l’alcool de la veille. J’ai renoncé à bouger et j’ai végété tout l’après-midi. J’ai fixé le plafond et la lumière de fin de journée qui barbouillait le store. Au cours des quatre derniers jours, je n’avais presque rien avalé. Je n’avais dessaoulé que quelques heures. Lorsque le soleil a disparu, je me suis levé, courbaturé, et j’ai sorti ma planche et mon fer à repasser. Il fallait que je repasse une chemise. Celle-ci ferait l’affaire. C’était un lundi. Lundi, c’était le soir du Passeport, rue Saint-Denis. En fin de soirée, je devais y retrouver Joe et son chum Sébastien.

Le bar était tout noir et les habitués semblaient se vêtir de la même couleur par mimétisme. Il y avait dans notre cercle, la rousse Martina, comédienne qui n’avait jamais pu percer, Joe et son éternel sourire de Latin, Sébastien et un de ses amis. Martina me l’avait présenté, mais il ne me plaisait vraiment pas. Pour reprendre l’expression de Martina, il était très « troisième acte » : affecté et prétentieux. Je ne lui ai pas parlé beaucoup. Je crois que j’ai dansé sur du Niagara. Sébastien nous a fait découvrir toutes sortes d’alcool et de nouveaux drinks. Le dernier verre dont je me souviens était une liqueur à base d’herbes, le Jägermeister. Puis le noir du bar a occupé toute la place et mes souvenirs de la soirée se sont évanouis.

Je me souviens du froid lorsque l’on est sorti sur Saint-Denis. Je me souviens aussi qu’on avait du mal à suivre le trottoir. Heureusement, on était quatre et on pouvait s’appuyer les uns sur les autres. Martina était partie un peu plus tôt. Il y avait Joe qui n’arrêtait pas de rire, Sébastien, moi et l’autre gars. Il a fallu se reprendre à trois fois pour escalader l’escalier qui menait à l’appartement de Sébastien. Il habitait à quelques mètres du Passeport. À l’intérieur, un second escalier grimpait vers le troisième. Heureusement, la salle de bain était tout près de l’entrée. Aussitôt arrivé en haut, j’ai été pris d’une furieuse envie de vomir.

Je m’accrochais à la céramique du bol de toilette. Sébastien et Joe sont disparus dans l’une des chambres. L’autre s’est assis à côté de moi dans la salle de bain. Il a pris une débarbouillette blanche, l’a mouillé d’eau froide et me l’a posée sur ma nuque. J’avais du mal à articuler, mais je tenais à le remercier : « Han, t’es… t’es fin, t’es fin. » Les spasmes de mon estomac ne me permettaient pas d’élaborer. J’ai posé ma tête sur le siège de toilette. J’avais enfin l’estomac vide. Il m’a aidé à me relever et m’a transporté vers le fond de l’appartement. Dans un coin de la cuisine, il y avait un futon ouvert couvert d’un simple drap blanc. Je me suis affalé sur le matelas.

Il a entrepris avec difficulté de me déshabiller. Des courants d’alcool me parcouraient le cerveau et je ricanais de ses efforts. Je me suis retrouvé en sous-vêtements. J’essayais de parler, mais c’était décousu. Je fermais les yeux parce que la pièce tanguait d’une façon vraiment désagréable. J’avais le corps complètement amorphe, lourd comme un sac de sable. Mais mes boxers Calvin Klein laissait paraître une érection à tout casser.

J’avais un peu de mal à respirer. Il s’était déshabillé et se penchait déjà au-dessus de moi, à califourchon sur ma taille. Puis j’ai senti la chaleur de son corps. J’ai fait un effort pour rassembler ce qui me restait de concentration et pour articuler : — « Qu’est-ce… qu’est… Que. Qu’est-ce que tu fais là, là. Toi. Attends, je… Qu’est-ce que… faut que tu me mettes un condom, là… qu’est-ce… »
— « Laisse faire, là. Juste deux minutes. J’vais m’enlever tout de suite… Juste un peu. »
— « Qu’est-ce que… non, je… »
J’ai cessé de parler pour respirer un peu. Je tentais de mettre de l’ordre dans mes idées chaotiques. Je me souviens de mon monologue intérieur, pendant qu’il bougeait au-dessus de moi :
« Toute, toute façon, y’est sûrement safe… Voyons, c’est un ami de Sébastien. Sébas, il est vraiment cool. Puis… s’il savait qu’il y avait le moindre risque, il ne ferait jamais ça… Moi, moi, je ne ferais jamais ça à personne. C’est sûr… c’est pas dangereux. Deux minutes, qu’y a dit, de toute façon, juste deux minutes… »
Réfléchir me demandait de gros efforts, j’avais mal partout. J’aurais voulu disparaître, qu’il n’y ait plus jamais de matins. Je me haïssais d’être là comme un pantin inanimé. J’étais fatigué. Le monologue se poursuivait :
« Je sais, moi, qu’il n’y a pas aucun danger pour lui… Je sais. C’est sûrement correct. Non ? Tout est correct. P’is si y’avait pas été là, je serai encore sur le plancher de la salle de bain… J’aurais passé la nuit là… »
Les vagues de nausée alternaient avec des courts-circuits de colère et des passages d’indifférence totale
« Puis… Dans le fond, là. Je m’en câlisse. J’aurais dû boire un peu plus, juste un peu plus. j’aurais dû… J’m’en câlisse. »
Il ne s’est pas arrêté après deux minutes. Le noir est revenu et a pris toute la place.


Quand j’ai ouvert les yeux, c’était le matin. Je ne savais pas où je me trouvais. Deux filles ramassaient des trucs avant d’aller travailler sans s’occuper de moi. J’étais flambant nu et j’avais froid. J’ai tiré le drap pour me couvrir. Cela a suffi pour me donner un haut-le-cœur. Je suis resté immobile jusqu’à ce qu’elles partent. Sur une table, près du futon, il y avait un post-it avec un numéro de téléphone et trois mots : « Appelle-moi, Stéphane. »

(À suivre…)

14 septembre 2007

Après la pluie

En attendant la prochaine note, voici une pub charmante, directement du continent africain. Il est vraiment craquant avec ses lèvres sensuelles et sa démarche chaloupée.

Maisha iko sawa na Trust !
(J’ai aucune idée de ce que ça signifie. Mais je lui ferais confiance.)


14 juillet 2007

Évoluez !

La compagnie Trojan a lancé une campagne de publicité conçue exclusivement pour le Québec. C’est une première pour Trojan. Les multinationales se contentent souvent de traduire les pubs américaines. La campagne se compose d’un message radio et de plusieurs affiches illustrées avec talent par le graffitiste Vincent.

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Une étude réalisée par Léger Marketing révèle que les jeunes Québécois francophones (18-34 ans) ont une sexualité plus ouverte que leurs homologues anglophones. Toutefois, le taux d'utilisation du condom chez les francophones est de 61 %, alors qu'il se situe à 72 % pour les anglophones.

Voici la campagne américaine actuelle de Trojan : Évoluez !

07 février 2007

Saint-Latex

Quelques images tournées à Rouen par la sympathique équipe de Lamosa TV :

28 janvier 2007

Femmes

Je ne sais pas si c’est le piano, mais ces images me font pleurer...


Les femmes hétérosexuelles de moins de 30 ans forment le segment de la population où l’augmentation des infections par le VIH est la plus importante. Exigez qu’il porte un condom.

« …Actuellement, les femmes représentent presque 50 % de toutes les infections à travers le monde et, parmi les individus de moins de 24 ans infectés par le VIH, les deux-tiers sont des femmes. Pour des raisons biologiques, les femmes sont environ deux fois plus susceptibles que les hommes d’être infectées par le VIH durant des rapports sexuels… »
Staying-alive.org

23 janvier 2007

Toujours prêt

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Le pilulier est prêt pour la semaine… Plusieurs traitements sont utilisés actuellement pour contrôler le VIH. Le cocktail qui suit forme la base de ma trithérapie :

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Sustiva : C'est le psychotrope du groupe des antirétroviraux. Mieux vaut le prendre avant de dormir.

med
Ziagen : J'avale ces cachets par paires. Ce sont les plus faciles à prendre. Mais au tout début, c'était assez stressant. Ce médicament provoque chez 3% de la population une réaction allergique qui peut être mortelle en quelques heures. Je sais maintenant que je fais partie des 97% qui le tolère bien.

med
Videx : Ces comprimés entérosolubles sont une bénédiction. Auparavant, je devais croquer de gros comprimés à saveur de moisi.

Depuis un an, j’ai apprivoisé ce cocktail de médicaments qui me faisaient bien plus peur que le virus. Ils arrivent avec leurs lots de légendes urbaines. Comme ils exigent une fidélité presque absolue, ils m’obligent chaque jour à faire face. Je m’y suis adapté et je trimballe toujours avec moi quelques doses.

S’ajoutent à ce trio de battants : des antibiotiques pour prévenir les infections, des hormones, des somnifères pour contrebalancer l’effet du Sustiva et le stress de tout ça. Ce sont des durs. Je dois les surveiller de près. Ils ne font pas dans la dentelle. Mais j’ai besoin d’eux. Ils me protègent.

02 janvier 2007

Photo-roman

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Nous tous a d’abord été un photo-roman. Converti en format Flash, on y suit au cours de 30 épisodes d’une minute les mésaventures de Léo, Marc, Malek, Damien, Guillaume et Gaspard, à Paris. On y parle de sexualité, d’amour, de confiance et de fragilité. Un outil de prévention original et percutant qui fera jaser. Une façon vraiment très accrocheuse de traiter de sécurisexe et de la réalité des hommes gais en ce début de 21e siècle.

Nous tous, épisode 1 et 2



Les autres épisodes sont disponibles en ligne sur le site nous-tous.com. La campagne a été conçue par Catpeople production pour l’INPES (Institut National de Prévention et d'Éducation pour la Santé). Les épisodes sont diffusés sur Pink TV depuis novembre dernier. J'aime bien faire circuler ce genre d'initiative.