07 avril 2009
L'autre voisin
C’est le soir. Il est tard et je suis fatigué. Je me retrouve dans la cuisine, la plus grande pièce de mon appartement, avec un immense plancher de linoléum (imitation comique de marqueterie). Une autre longue journée s’achève. Alors pour finir la vaisselle, j’ai besoin d’un petit « boost » de musique. J’ouvre mon super nouveau Ipod red product, c’est le cadeau que je me suis payé pour mes quarante ans à venir. (20 petits dollars sur les 200 que j’ai déboursés iront aider les enfants atteints de sida en Afrique.) En pieds de bas, c’est cool, ça glisse. Et puis avec les écouteurs, ça ne dérange pas les voisins. Je sais pas si Madonna est une bonne ménagère. Mais je suis certain d’une chose : sa musique a été conçue pour récurer des chaudrons collés. « Please don’t say you’re sorry.»
Les fenêtres de ma cuisine donnent sur la ruelle. De l’autre côté, un édifice à logements de trois étages. Les appartements ont l’air sombre et petit. Sur le balcon du troisième, un homme fait les cent pas. Il fume. Sa silhouette se découpe en contre-jour sur la fenêtre éclairée. Ça fait looser, fumer sur le balcon. Sa blonde doit avoir un sale caractère. Ou bien ils ont un bébé. Au moins ça, ça serait cute. Il marche d’un bout à l’autre du balcon. Je suis au deuxième. Il doit avoir une vue plongeante sur ma cuisine. Je me calme un peu le pompon et je me concentre sur la vaisselle en tapant quand même du pied. Puis je ferme les stores et je me remets à danser. « This is who i am, you can like it or not. » Quand les journées sont interminables, mes séances de danse-défoulement prennent de l’ampleur. Je grimpe sur les comptoirs ou sur la table. Ça va du tai-chi à la salsa en passant par le continental. Je me suis déjà fait quelques bleus. Je ne pense jamais à fermer mes stores. Puis j’aperçois la longue silhouette de l’autre voisin qui pompe ses mégots. Il pleut à siau. Il pourrait pas rentrer chez lui ? J’appuie sur pause. Je m’avance vers le store en sacrant et en soufflant par le nez.
Fuck que je me suis dit, c’est chez nous ici. J’ai rouvert le store. Tu veux en voir un show, mon homme : tu vas en voir un ! J’ai pitonné sur mon super nouveau Ipod red product, puis je me suis exécuté. D’abord un peu de headbanging sur The Strokes, pour sortir le méchant. Puis les pouces sous la ceinture de mon jean taille basse, j’ai fait une danse en ligne country sur la musique de Garth Brooks. J’ai enchaîné en improvisant une danse du ventre (une collègue marocaine a beaucoup ri en me l’apprenant) sur du Alfa Rococo. Et ça a fini en danse de stripteaseur sur le cadre de porte de ma salle de bain. Je sais pas s’il était toujours là. Moi, j’étais en sueur, je devais sauter dans la douche et aller dormir.
Je vais bientôt avoir 40 ans. Plus question de fermer mes stores...
Ah oui. Alfa Rococo, c’est vraiment bien. Et c’est ici. :-)
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