10 janvier 2009
Everything is fine (Tout est parfait)
« Tout est parfait » sort ces jours-ci en France sous le titre « Everything is fine ». (!) Comme j’écris en québécois et que les lecteurs français de passage pourraient ne pas me comprendre, Ce billet est sous-titré, pour eux.
This post is subtitled for french readers.
« Extraordinaire... Le meilleur film québécois depuis C.R.A.Z.Y. »
“Extraordinary... the best Quebecois film since C.R.A.Z.Y.”
(Brendan Kelly, Montreal Gazette)
« ...Un film superbement réalisé qui raconte la rencontre de deux adolescents après le suicide de quatre de leurs amis. Il s’agit du premier film du réalisateur Yves Christian Fournier. Avec un style percutant et une utilisation sensible et inventive de la trame sonore, il parvient à transformer le conflit intérieur d’une jeune homme de 17 ans en une sorte de thriller. La toute dernière scène du film a ébranlé l’assistance et laissé plusieurs personnes en larmes. Everything is Fine (Tout est parfait) est, de loin, ce que j’ai vu de plus électrisant à Cannes ces dernières années... »
“...It’s a beautifully made film about a teen boy and girl who come together after four of their friends commit suicide. With a strong sense of style and an especially inventive feel for sound design, first-time feature director Yves Christian Fournier manages to turn the story of the inner conflict of a 17 year-old boy into something almost resembling a thriller, with a final act catharsis that left several of us in the screening room in tears. Everything is Fine is, by far, the most exciting thing I’ve seen in Cannes thus far... ”
(Karina Longworth, Cannes Diary)
Ça, ça veut dire apportez des kleenex, mais ne manquez surtout pas ça ! La bande-annonce ("Preview" for french readers) ne rend pas justice au film. Les images sont magnifiques, le scénario, poignant, le jeu des acteurs, éblouissant.
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17 novembre 2008
Il y a longtemps...
La bande-annonce de la version française donne l’impression d’un film tout en douceur, presque mièvre. Voici celle de la version anglaise, celle que j’ai visionnée quelques heures avant d’aller voir le film, et qui m’a décidé à le choisir. Ce n’est pas une œuvre facile. Une histoire pleine à ras bord de douleur et de lumière comme la vie peut l’être lorsqu’on ouvre les yeux. Au début du générique, j’ai glissé ma main dans la sienne. Et j’y suis raccroché jusqu’au générique final. Je ne me suis pas retourné pour voir sa réaction, je ne voulais pas qu’il me voie pleurer. Pour un premier rendez-vous, on aurait pu trouver mieux. Mais pour plonger dans cette histoire, sa douceur attentionnée était parfaite.
Ce premier film de Philippe Claudel est absolument magnifique. Les deux actrices, Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein y livrent une performance exceptionnelle. Courrez voir ce film, si ce n’est déjà fait. (N'oubliez pas d'emporter des mouchoirs.) Moi, je m’y suis laissé mené avec délice et j’aimerais bien revivre l’expérience.
Il y a longtemps que je t'aime, de Philippe Claudel
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06 avril 2008
Antidote
Pour nos deux premières dates officielles, on n’y est pas allé avec le dos de la main morte. Coup sur coup, on a vu, Tout est parfait au cinéma et on a loué Le ring. Deux films qui vous rentrent dans le ventre par surprise, comme un coup de poing américain. Dans les deux cas, une photographie magnifique, des comédiens plus vrais que nature, des scénarios sensibles et efficaces. Tout est parfait raconte un pacte de suicide entre des adolescents, du point de vue de celui qui a survécu. Je n’ai qu’à me rappeler les images et mon estomac se serre. J'ai exactement l'âge des parents dans le film. Et je comprends parfaitement la régie du cinéma d'avoir interdit ce film au moins de 16 ans. Dans Le ring, on suit Jessy, 12 ans, qui voit sa famille éclater et sa mère sombrer dans la toxicomanie et la prostitution. Il survit malgré tout en se passionnant pour la lutte. J’avais beau me coller contre Ziggy de tout mes forces. Je ne pouvais décoller mes yeux de l’écran et j’avais toujours un maudit cil dans l’œil.
À la fin du film, on était complètement décâlissés. Même si le printemps avait chauffé l’air de la ville toute la journée. On se sentait le poids d’une ère glaciaire sur le cœur. Il fallait quelque chose de hop la vie. N’importe quoi. Il a trouvé ça. C’est tiré d’une comédie musicale de Jacques Demy sur une musique de Michel Legrand : Peau d'âne. Catherine Deneuve y est délicieusement ridicule avec les manches dans la farine. J'imagine le prince charmant qui crache le sang après avoir avalé la bague.
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07 décembre 2007
Breakfast with Scot
Le film Breakfast with Scot , dont j'ai parlé ici, est en salle à Montréal en version originale anglaise au cinéma AMC Forum. Pas de version française prévue pour le moment.
19:39 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, cinéma, amour, point de vue, différence
04 décembre 2007
Aimer
Via edgarallan, Matoo et Folk furieuse, l'autre version de ce clip. Du bonbon !
La version straight est ici.
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23 novembre 2007
Cinéma
J’ai eu un choc en ouvrant les stores. Il est bien trop tôt pour la neige. Une chape blanche recouvre les balcons et les trottoirs. Elle semble vouloir figer le temps. Actuellement, je travaille de chez moi. Ça a plusieurs avantages. Pas besoin de m’habiller ou de me raser. J’écoute la musique qui me plaît, je n’ai pas d’horaires fixes. Mais par moment, l’absence d’interaction me manque un peu. Les chèques de paie sont à peu près le seul feed-back que je reçois. La solitude ne me pesait pas trop lorsque je pouvais enfiler un manteau et partir sous le soleil. Mais la neige et les trottoirs glacés me donnent l’impression d’être confiné à l’intérieur, de devoir hiverner. Cette curieuse lumière froide et humide rend plus pressantes mes envies de chaleur humaine. Heureusement, ce soir je vais au cinéma.
Je suis parti à l’avance pour être certain d’arriver à l’heure. Dans le métro, quatre employés bloquent les tourniquets. Une petite bonne femme à lunette semble très fière d’annoncer à tous les gens qui attendent qu’il y a eu un suicide à la station Saint-Laurent et que dans ces cas-là c’est toujours trèèès long. Elle doit être tout excitée qu’il se passe quelque chose dans sa morne vie de guichetière surpayée. Mais ça manque un peu de professionnalisme. On n’annonce pas un suicide comme un chien écrasé. D'ailleurs, la voix robotisée se fait entendre après trois sons de cloche : « Attention, attention, une intervention des ambulanciers nous oblige à interrompre le service sur la ligne verte entre les stations… » Je me demande si le cow-boy a pris le métro. Il habite à l’autre bout de la même ligne.
La foule s’accumule devant les tourniquets. Je devrais peut-être prendre un taxi. On se voit si peu souvent, je ne suis pas pour arriver en retard. La bonne femme claironne à qui veut l’entendre : « Ah… Ils annoncent dans cinq minutes, mais ça risque d’être plus long, vous savez dans ces cas-là… »
Finalement, le service est rétabli à l’heure prévue, la bonne femme regagne son guichet, l’air déçu. La foule s’engouffre dans les escaliers. Je déteste être en retard. Il me reste dix minutes pour me rendre au cinéma Impérial. Je me penche au-dessus du quai pour scruter le tunnel, Pas de métro en vue. Je prends donc la décision de remonter dans la rue et d’attraper un taxi.
Nous n’avons même pas bougé, bloqués par un feu rouge que déjà le compteur du taxi s’emballe. La soirée va me coûter cher. La voiture fait du slalom dans la circulation. La chaussée est couverte de verglas. Nous attrapons tous les feux rouges. Puis le taxi se gare devant le cinéma. Il y a une longue ligne d’attente qui longe toute la façade. Je déteste faire une arrivée aussi peu discrète. Y avoir pensé plus tôt, j’aurais demandé au chauffeur de me faire descendre au coin de la rue.
Puis je me retourne et par la fenêtre, au milieu de la ligne juste en face de moi, le cow-boy est là et il me sourit. En une fraction de seconde, envolés la déprime hivernale, le stress et l’embarras. Je paye le chauffeur en souriant. Puis, tout fier, je sors du taxi. Je marche vers lui et j’enjambe le câble qui délimite la ligne d’attente. Il a acheté les billets. C’est gentil. Je lui raconte mon histoire de métro. Il m’embrasse. Je jette un œil à la ligne derrière moi. J’ai eu le goût de leur tirer la langue et de leur lancer : « Vous avez vu ? C’est moi qu’il attendait. C’est moi qu’il a embrassé ! »
Le cinéma Impérial n’est utilisé que pour les festivals. Le décor est vraiment fastueux. C’est le cow-boy qui a choisi le film, un film « canadian » dans le cadre du festival de cinéma gai Image et Nation :
Breakfast with Scot
Éric (Tom Cavanagh) est un commentateur sportif dans un grand réseau de Toronto. Pour faire sa marque dans ce milieu macho et homophobe, il a choisi de taire son homosexualité. Son copain Sam (Ben Shenkman) hérite temporairement de la garde de son neveu, un petit garçon de 11 ans qui porte des boas et des bijoux, se passionne pour les comédies musicales et ignore tout du hockey. La confrontation entre ces deux univers ne se fera pas sans heurts. Ce film de Laurie Lynd (DeGrassi High) est une version canadienne de Ma vie en rose. Un film de Noël pour toute la famille qui parle avec humour d’enfance et de différences, de hockey et d’homosexualité. La direction d’acteur est solide et les comédiens sont tous excellents, particulièrement Noah Bernett qui joue le rôle-titre. Tom Cavanagh et Ben Shenkman sont plutôt agréables à regarder et le dénouement, un peu prévisible, est tout de même bien ficelé.
La Ligue Nationale de Hockey a accepté de commanditer ce film à thématique gaie, ce qui est une première. Et Elton John a offert les droits d’une chanson pour le générique final. Ce film canadien n’a pas de gros budget de promotion et il risque de passer inaperçu face aux blockbusters du cinéma américain. Il est sorti en salles à Toronto et dans plusieurs villes canadiennes, mais aucune sortie n’est encore annoncée à Montréal.
12:40 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Breakfast with Scot, journal intime, gay et lesbienne, cinéma, canada, hockey, enfance
11 septembre 2007
M. Blackberry
La vie se plaît constamment à nous surprendre. À déjouer les pronostics. Comme un lièvre qui fuit le chasseur, elle ne cesse de bifurquer d’un côté et de l’autre. Je me disais que j’en avais assez du célibat, que j’avais peur de me transformer en vieux garçon. Je me suis retrouvé avec GP, dans un étrange party réservé aux célibataires.
À l’entrée du bar, les « gentils organisateurs », les GO, se sont présentés. Puis, ils nous ont posés dans le dos, un autocollant de notre choix. Le jaune signifiait : je suis timide. Le vert : Je suis pas gênant, abordez-moi. Le bleu : Je préfère aborder moi-même les gens. Et le rouge : Je suis en manque de sexe. Les deux GO sont revenus nous voir au cours de la soirée pour nous gronder parce qu’on ne socialisait pas suffisamment. Le bar était rempli de beaux garçons. On se serait cru dans un congrès de mannequins. Je ne savais pas où donner de la tête. Pour que les GO nous fichent la paix, GP a joué les entremetteurs. Et malgré le fait que je disais « non, non, non » en serrant les dents, il est allé chercher un châtain que je trouvais joli pour me le présenter. C’était un journaliste. Il travaillait dans une salle de nouvelles et devait commencer le lendemain à 4h du matin. Il est donc parti en me laissant son numéro sur un bout de papier. Les GO étaient occupés au fond du bar. On en a profité pour s’éclipser discrètement.
On s’est retrouvé dans ce bar minable où l’on finit toujours par s’échouer, en fin de soirée. Après avoir sautillé sur la piste de danse et vidé son verre de jus de canneberge (sans vodka), GP a décidé de s’en aller : « Bon, je te laisse tout seul pour que tu te trouves un crapet… » Alors, j’ai lancé ma ligne en pensant : « Un crapet, c’est toujours mieux que rien ! » J’avais du mal à distinguer les visages dans le noir, mais il y avait un homme qui semblait intéressant. Il portait un t-shirt clair avec le numéro 17 inscrit dans le dos.
Comme toujours, j’avais trop bu. Et dans ces cas-là, je perds complètement toute subtilité. J’ai marché vers lui avec un regard par en dessous. Et je suis allé me planter près du bar, à sa gauche, à 3 cm de son épaule. Je me trouvais tellement lourdaud que j’avais envie de rire. On s’est présenté à coup de clichés éculés : « Tu viens souvent ici ? » « Tu passes une belle soirée ? », etc. Je me foutais bien de ce qu’on disait puisque le volume de la musique était tellement élevé que je n’entendais rien, et que l’on devait se parler dans l’oreille, en se frôlant continuellement. Et c’est tout ce qui m’intéressait. Il était sympathique, drôle et joli. Un air de monsieur. Quand il m’a offert d’aller prendre un verre chez lui, j’ai répondu « oui, je le veux. » Quel con je suis !
À quelques coins de rue de là, il m’a ouvert la porte de sa décapotable. J’aimerais bien vous dire quelle était la marque de l’auto, mais je ne connais absolument rien aux automobiles. Disons, une voiture bleue, avec des sièges en cuir vraiment confortables. On s’est retrouvé dans un immense appartement sur deux étages. J’ai fait le tour, la bouche ouverte, en le suivant parce que j’avais peur de me perdre tellement c’était grand. Aux murs étaient accrochées des photographies de ses voyages au Népal, en Chine et en Amérique latine. Il a fait quelques fois le tour du monde. Je n’avais jamais vu un système de son high-tech comme le sien. Ça ressemblait à une mince plaque de marbre posée sur le mur. Il m’a demandé de changer le disque. Je suis resté perplexe, le CD dans la main. Il n’y avait pas de boutons. Il a souri et a ouvert le boîtier.
Je n’ai pas dormi beaucoup parce que j’avais peur de ronfler. Je n’ai pas dormi beaucoup parce qu’il y avait mieux à faire.
C’est la voix féminine de son Blackberry qui nous a réveillés le lendemain matin. Il devait aller bruncher avec des amis. Il a annulé son brunch et m’a concocté une salade de fruits frais qu’il m’a servie avec des viennoiseries et des cappucinos. Les cappucinos se sont transformés en cafés au lait, mais ils étaient délicieux. Je n’ai pas trop l’habitude de ces attentions et ça me mettait un peu mal à l’aise. Quand j’ouvrais la bouche, je tournais la langue sept fois pour ne pas dire de stupidités. Nous avons rangé la vaisselle. Puis J’ai fait quelques pas dans le salon et j’ai pris une grande respiration avant de me retourner et de lui proposer qu’on se revoie.
Il a ouvert son Blackberry pour vérifier s’il avait une plage horaire de disponible cette semaine. On ira finalement au cinéma jeudi soir voir un film qui est sorti la semaine dernière : Bluff : Ils ont tous quelque chose à cacher. Le titre serait-il prémonitoire ? En tout cas, les critiques sont excellentes. Il a insisté pour venir me reconduire chez moi. Il avait peur que je prenne froid. Mais j’ai préféré marcher. J’avais besoin d’air frais. D’ici jeudi, je dois trouver la motivation pour avancer le plus possible dans mes contrats et ma recherche d’emploi et faire le clean up de mon minuscule appartement.
Et les rafales font de nouveau tournoyer les girouettes. Les mêmes questions qui chaque fois se bousculent sur le seuil de ma conscience. Je me remets au « dramacouinage » (dixit Polymorphe). Qu’adviendra-t-il quand il saura qui je suis vraiment ?
Quand il saura que je n’ai pas de régime d’épargne enregistrée et que mon compte de banque est dans le négatif ? Que je n’ai pas fait mes rapports d’impôts depuis plusieurs années ? Que je suis dépendant au blogue, « ma dose d'amour technologiquement modifié » (dixit Joon) ? Qu’un stupide virus me squatte les ganglions et que cette situation m’a tellement impressionné dans le passé que j’ai saboté presque une dizaine d’années de ma vie ? Quand il découvrira que je suis maladroit et que j’ai plein de blocages ? Que je suis souvent ennuyant, que j’ai mauvais caractère, que je suis un asocial qui ne supporte pas la solitude ? Quand il découvrira finalement que je ne suis pas aussi bien que j’en ai l’air ? Décidément, on n’en sort pas !
J’aimerais tellement qu’il y ait un calme après les tempêtes. Mais je sais que la vie se plaît constamment à nous surprendre. À déjouer les pronostics. Comme un lièvre qui fuit le chasseur, elle ne cesse de bifurquer d’un côté et de l’autre.
Musique : Histoire d’un amour, interprété par Gloria Lasso. J’adore cette version avec les violons grandiloquents et l’accent espagnol.
12:01 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, cinéma, bar, célibat, rencontre, corps



