16 octobre 2006

Avec l'élan

Se battre, c’est lancer son regard au-dessus des champs platine. Quand le ciel est clair, quand le soleil festoie et que le vent tourbillonne entre les collines montérégiennes jusqu’au mont Saint-Grégoire. Enchaîner les pas, poser les questions comme des pierres de gué entre les doigts vifs de l’hiver. Dessiner sa route en travers des lits défaits des rivières anciennes. Savoir que ni la flanelle de coton, ni la laine d’agneau ne pourront entraver le choc de la rencontre avec le réel.

—« Il fait frais : ça respire ben. », dit Yan en rentrant au bureau, en fin de journée, avec du rouge aux joues. Comme une planète en orbite, je tourne autour du jour, dévorant chaque seconde de vide. Je ferme les dossiers, range les livres de référence et vérifie que l’imprimante digère bien le dernier plan de la journée, avant de clairer la place. Le foulard de Dom autour du cou, la voix tendre et nasillarde de Vallières dans les oreilles, je m’élance enfin au soleil.

Dans les couloirs du métro, les masses de foule s’entrechoquent. Un aveugle avec son chien-guide marche d’un bon pas, attirant les regards. Le gros labrador noir accomplit son travail essentiel en battant de la queue. Il guide son maître vers l’escalier de droite, celui qui monte vers la ligne verte. Comme à tout les jours, comme on le lui a appris. Mais la direction de l’escalier a été inversée, la foule descend où il s’en va monter. Au dernier moment, des bras sortent de la foule pour rectifier le tir et amener sans aucun heurt le maître et son chien dans le bon escalier, celui de gauche. L’homme fronce un peu les sourcils. Le chien, concentré, ne sourcille pas. Arrivé dans le wagon du métro, il a fait son travail et s’assoit sur le sol. Et quand le métro se met en branle, je suis sûr de le voir sourire.

Je longe le boulevard sur le sentier qui borde le Jardin botanique. Le gazon trop long est émaillé de pommette qui craque sous ma semelle. Je souris à mon tour quand mes pas s’ouvrent une voie dans une nappe de feuilles mortes jaune safran. Les feuilles chuchotent et le soleil s’endort.


Les collines montérégiennes