12 février 2007

Amours, vertiges et chlorophylle



Now, here's a story that must be told
'Bout a man who rocks since he's four years old.
He danced up and down from night 'til dawn
He said: Check that beat goes on and on
He jives on reggae, he jives on punk
He said: Give me music and not just funk
He jumps to the left, he jumps to the right
He jumps up and down all through the night


Je fais face aujourd'hui à une page vierge. Un vide comme je n’en ai jamais connu. Pas nécessairement un vide qui fait mal ou qui fait peur. Juste une grande plage blanche. Aucune voie n’est tracée, rien ne sera facile, mais tout est possible. De façon très concrète, j’ai le luxe de pouvoir m’arrêter un moment. Je me concentre en ce moment sur les besoins physiques de base. Manger, dormir, respirer, bouger, avoir de temps à autre, une interaction avec autrui. Il m’arrive à l’occasion de retrouver le sommeil. Et les rêves sont revenus peupler mes nuits de paysages inconnus et de sentiments neufs.

« …Il est tard. Je me retourne et j’enfonce le nez dans l’oreiller. Je pédale sous les draps. Pfffiou, J’ai passé la ceinture d’astéroïdes. Un œil aux cadrans, tout est en règle. Les aiguilles ont cessé de trembler. Les témoins rouges se sont éteints. Dans la dernière année, la vie de couple a sombré, les biens matériels sont partis en poussière, le projet d’acheter une maison, les desseins de carrières, la routine et la foule qui tournait autour de nous ; tout a disparu. Agrippé à mon lit de bois, J’ai croisé des bombes latines et des cowboys à dos de comètes. J’ai serré les dents en espérant que la carlingue tienne le coup…

… Il ne restait que le travail qui me gardait en orbite chaotique, mais en orbite tout de même. Quelque chose qui ressemble à de la stabilité. J’ai tranché le cordon ombilical. J’ai eu quelques moments d’angoisse : un rhume que j’ai pris pour une agonie, une gastro qui avait des airs de bactérie mangeuse de chairs puis finalement un mal de dos sous l’omoplate qui avait l’air d’une pneumonie terminale. Mais je suis toujours là, caché sous la couette… »


Ce blogue achèvera dans quelque temps sa première année et je m’interroge sur ses tenants et ses aboutissements. Comme c’était un projet éminemment personnel, j’ai saisi chaque commentaire, chaque critique. Et je me suis relu comme si je lisais un étranger en tentant de comprendre, en tentant de connaître l’auteur et de deviner les directions qu’il allait prendre.

Au tout début, il y avait une urgence. Des choses bien précises qui devaient se dire. Des histoires que je portais depuis des années. En ouvrant les vannes, j’ai réalisé que mon lot de secrets et de non dits était encore plus grand que ce que je croyais. Les rencontres, les hasards, les cadeaux de la vie ont réveillé des dragons et le débit s’est augmenté. Et, bien caché derrière mon écran, j’ai regardé passer le courant pendant la débâcle. Et le quotidien continue de me secouer et je me rends compte avec à la fois du plaisir et de l’appréhension que la source ne semble pas vouloir tarir.

Par moment, je me suis pris au jeu de la représentation, j’ai provoqué les évènements. Je suis devenu un autre pour correspondre au personnage que je bâtissais ici. À certains moments bien précis, j’ai vécu des choses expressément pour les raconter ensuite. En jouant, j’ai ouvert des portes et j’ai découvert que je pouvais être plus que le rôle étriqué que je m’étais attribué dans la vie. Mais parfois, j’ai l’impression de tourner en rond, de marcher sans cesse dans mes pas. J’ai le réflexe de toujours poser le pied exactement sur la trace de celui qui me précède comme les loups lorsqu’ils sillonnent la forêt.

« …Je suis tout sauf un aventurier téméraire. Je dors mal quand le silence fait trop de bruit. Chaque soir, mes inquiétudes m’implorent de les noyer. Je sais que si je prends un verre, je n’arrêterai pas avant de voir le fond du quatrième et d’en avoir commandé un cinquième. Je me retrouverai entre les draps du premier homme potable qui me tombe sous la main. Quelques muscles et une voix grave suffisent. Je me réveillerai avec un mal de tête et l’envie de fuir au beau milieu de la nuit. Il vaut mieux que je garde le cap...

...Je me suis acheté un Ipod nano. On ne s’achète pas des trucs comme ça à soi-même. C’est vaguement immoral. Tout ce que j’ai acheté de coûteux ou d’électronique dans ma vie : Lecteur DVD, chaîne stéréo, etc., c’était toujours pour l’être cher. (L’être cher, le mot est approprié !). Le Ipod est l’icône parfaite de l’égoïsme et de l’individualisme, avec en plus une pointe de snobisme. Je passe mon temps à caresser le cercle blanc du minuscule appareil du bout des doigts en murmurant : « oh oui mon précieux, mon précieux… » Je balance la tête au rythme de la musique dans l’autobus et les vieilles dames me regardent d’un air réprobateur. Je feule à voix basse : « … ne m’approchez pas ! stupides hobbits joufflus, sales voleurs… »


Je m’interroge sur la forme que ces carnets prendront à l’avenir. J’ai envie de renipper cet espace, de le simplifier, de le colorer. Je me demande si le mot VIH a toujours sa place dans le sous-titre. Si je laisse tomber cette étiquette comment vais-je m’identifier ? Les étiquettes ont quand même un rôle à jouer dans le monde virtuel. Je sais qu’elles ont servi de pont entre certains d’entre vous et moi. Des liens invisibles qui me sont aujourd’hui précieux se sont créés. Mais une fois les présentations faites, elles deviennent inutiles. D'un autre côté, c’est un mot que l’on tait si souvent que de le dire et de le répéter ne peut pas être une mauvaise chose.

Chacun fait (c’qu’il lui plaît), Chagrin d’amour (1981)
Reprise ici par Stefie Shock (2006)
Il faut voir le mauvais clip de la version originale sur Youtube.