23 février 2009

La théorie du beau gars

C’était le vendredi soir et j’étais démoli. La semaine d’avant, dans un party de Saint-Valentin, je m’étais éclaté. J’ai englouti des shooters de Sambuca, de Black Russian. J’ai dansé sur des cubes et j’ai ri pour rien. Pour faire une histoire courte : à la fin de la nuit, vaguement ivre, je suis tombé dans les bras d’un grand barbu aux yeux gris, un professeur de mathématique sexy. Pendant la semaine, on est allé voir Slumdog Millionnaire. On a tripé sur le film. On a fini la soirée par une discussion enflammée sur l’infini de l’univers, le sens de la vie et le paradigme de la science actuelle, devant de gigantesques assiettes de burritos. Sur le chemin du retour, il m’a proposé de l’accompagner pour faire du ski, puisque je n’en ai jamais fait. Selon lui, j’adorerais ça. On s’est embrassé passionnément et je suis rentré chez moi.

Dans les jours qui ont suivi, je me suis mis à douter. Il ne rappelait pas. Mon courriel est resté sans réponse. Plus la semaine avançait, plus je voyais tout en noir. Dans un restaurant chinois, j’ai brisé un biscuit de fortune en espérant qu’il allait me dire ce que je devais faire. « Votre personnalité est d’un magnétisme inhabituel », affirmait le biscuit trop sucré. J’étais bien avancé ! À mon retour, un téléphone de sa part. Un malaise dans sa voix, que j’avais déjà décelé. Il fallait qu’il me parle. On ne pouvait pas sortir ensemble. Il ne le sentait pas. Ce genre de truc, ça ne se contrôle pas, etc. Comme le grand m’a lancé : se faire flusher en 6 jours, ça bat tous les records.

Ce n’était pas une peine d’amour, bien sûr. Peut-être un minuscule deuil d’une histoire éventuellement possible ? Non, en fait, c’était l’orgueil qui était blessé. Et pas juste un petit peu. La quarantaine qui s’en vient, me rentre dedans avec ses angoisses, je le sens bien. Je me suis forcé à aller soulever de la fonte au gym. Suer, c’est le meilleur remède contre la déprime. Le grand m’a accompagné. Il a bien essayé de me dérider, mais sans succès. Ses blagues, je commence à les connaître par cœur. Quand je coule comme ça, il n’y a pas trente-six solutions : voir du soleil, même s’il se fait rare en février, me dépenser physiquement, et échanger avec d’autres êtres humains, le plus possible.

Un soir, je me retrouve sur un site de rencontre, sans trop savoir ce que j’y fais. Je monte un profil en deux temps, trois mouvements. J’utilise les photos faites par Guy-Paul (celle de la bannière, entre autres). Deux ou trois mots simples et accrocheurs, juste assez révélateurs, juste assez mystérieux. Et je débusque les beaux gars. Ceux qui sont inaccessibles tellement ils sont éblouissants. Je cherche celui qui a l’air de sortir d’une pub de chez America. Regard droit et étincelant, lèvres pulpeuses, corps de dieu grec. Une beauté parfaite tout en étant dégoulinant de virilité. J’élimine ceux qui manquent d’originalité ou de profondeur. Je cherche celui dont tout le monde rêve, les femmes comme les gais : l’idéal masculin.

Et puis je me lance. J’en aborde quelques-uns, sans trop réfléchir. J’ai ma petite théorie sur les beaux gars. Ça vaut ce que ça vaut. Le beau gars est un être qui se sent seul, comme tout le monde, en fait. Peut-être même un peu plus. Il n’a qu’une envie que l’on s’intéresse plus à lui qu’à sa beauté. Il rêve que quelqu’un se donne la peine de lire entre ses lignes. Il veut qu’on l’interroge, qu’on l’analyse, qu’on le remette en question. Il déteste qu’on lui donne le Bon Dieu sans confession.

C’est comme un saumon qui file entre les courants clairs, qui saute entre les rapides. Il faut lui faire miroiter ce qu’il recherche : un intérêt sincère. C’est pas très difficile, mais personne ne s’en donne la peine, habituellement. Dès qu’il mord : lui laisser de la corde, lui montrer qu’il n’est pas peut-être pas si intéressant que ça. Ensuite, au dernier moment, on rembobine le moulinet. C’est un jeu où l’on offre et l’on reprend, jusqu’à ce que le poisson soit pris dans le filet.

Je passe quelques soirées sur le site à laisser traîner ma ligne. Quelques jours plus tard, je suis copain-copain avec Éric, Marc et Mathieu, tout droit sortis d’une pub de Calvin Klein. Le beau gars idéal, Zach, mange dans ma main. À 26 ans, il termine une maîtrise en linguistique, il se passionne pour le violoncelle et il est beau à vous faire mal aux yeux. Brun longiligne aux yeux verts, finement musclé, sourire moqueur. Il me demande à brûle-pourpoint s’il a des chances avec moi. Je ne m’attendais pas à une victoire aussi facile. « Des chances ? » que je lui dis, « t’as pas besoin de chance. T’es magnifique, brillant, talentueux. T’as le monde à tes pieds ! » — « Le monde ne m’intéresse pas », qu’il réplique aussitôt. Malaise. Pendant un instant, je ne sais plus quoi dire. Je reste empêtré dans mes phrases...

Mon scénario pique du nez. Je réalise que j’ai gagné mon pari. Mais je ne sais que faire avec le prix. J’ai démontré ma théorie. La belle affaire ! En vérité, il ne m’intéresse pas vraiment. Rien ne m’intéresse en ce moment. Je voulais seulement me prouver que je pouvais encore plaire à quelqu’un d’intéressant. J’ai agi comme un hypocrite, un sale type comme je les déteste. La culpabilité m’envahit, j’évite de la laisser transparaître. J’essaie de m’esquiver par l’humour : « qu'est-ce que tu ferais avec un vieux comme moi ? » Mais ça ne fonctionne pas. Il dit que je suis pas si vieux, et puis que l’âge, il s’en fout, ce n’est pas important. Je ne trouve rien d’intelligent à répliquer.

Je raconte que je travaille tôt le lendemain et que je dois regagner mon lit. Je ferme le site, vaguement honteux. Juste le sentiment que j’ai été stupide. Je me plonge sous une douche brûlante et je laisse longtemps l’eau ruisseler sur mes épaules. Je ne suis pas si différent du beau gars, finalement. Dans ma cuisine, il y a un grand miroir, je me regarde, en sortant de la douche. Le nouveau programme d’entraînement fait effet, le grand me l’avait dit. Les rondeurs apparaissent, là où il faut. À quoi ça sert ? Pourquoi, je fais tout ça ? Qu’est-ce que je veux, qu’est-ce que je cherche ? Je sais plus.

05 février 2008

Les peaux de lièvres

La première fois que j’ai entendu une de leur chanson, c’était sur un disque qu’une gentille blogueuse m’avait gravé en cadeau. Je me suis demandé d’où ça sortait. Je dois avouer que ce son anachronique me prenait à rebrousse-poil. Puis il y a eu cette entrevue sur Bande à part. (Nan, je les ai pas vus à Tout le monde en parle. De toute façon, même les génies ont l’air complètement stupide lorsqu’ils sont invités à cette émission.) Depuis quelques jours, je les écoute constamment sur repeat. Et plus j’écoute : plus j’aime. Une tricoteuse, un biologiste, sans flaflas. Ne reste que la vérité, parfois trop dure, souvent toute croche, mais toujours touchante.

Dans cette entrevue, Mathieu, le compositeur du couple, raconte les peaux de lièvres. En hiver, lorsque la température s’élève soudainement au-dessus de zéro, les flocons de neige s’agglutinent pour former un amas qui peut atteindre la grandeur d’une main. C’est ce qu’on appelle une peau de lièvre.

Fichier hébergé par Archive-Host.com



Tricot machine, Les peaux de lièvres
Photo : Daniel Beaumont


Ils sont actuellement en tournée :
15 février 2008 20:00
Arts Station (Duo), St-Hilaire
16 février 2008 20:00
Zaricot, Ste-Hyacinthe (Un bar vraiment cool)
28 février 2008 19:00
Cabaret Théâtre du Vieux Saint-Jean (Band), Saint-Jean-sur-Richelieu
29 février 2008 20:00
Salle du Moulinet/Cégep de Terrebonne (Duo), Terrebonne
3 avril 2008 20:00
Maison de la culture (Duo), La Tuque
4 avril 2008 20:00
Capitole, Québec

26 juillet 2007

Les vagues

Quand je sors du bureau, je suis presque assommé par la cacophonie joyeuse des oiseaux. Le cardinal, les chardonnerets, le merle et les bruants semblent concourir pour savoir qui dominera l’espace sonore. Le soleil frôle la couronne des arbres qui frissonnent. L’été se décline en milles menus bonheurs, jusque dans la blogosphère…

Suivre des leçons de philosophie en pleine canicule données par une institutrice blonde, la cigarette au bec. Sentir une goutte de sueur qui dévale ma tempe. Entendre le vrombissement du ventilateur. Et me creuser les méninges pour comprendre pourquoi l’amour.

Flotter paresseusement dans l’eau fraîche. Être aveuglé par la lumière et la transparence bleutée de la piscine. Se retourner pour ne pas manquer le plongeon parfait d’un émule d’Alexandre Despaties. Parler à voix basse avec GP qui flotte juste à côté. Détailler les garçons qui passent. Ceux qui se font dorer en maillot. Puis étendre sa serviette et laisser son corps alourdi se gorger lentement de soleil

Se retrouver dans un bar devant deux pintes de bières irlandaises, Bass et Guiness, et entendre un joli garçon me dire qu’il faudrait vraiment que j’essaie d’être publié. Avoir le bar à nous tout seul. Être servi par une sympathique barmaid aux yeux clairs puis repartir en vélo et filer sur la piste dans l’air doux de la nuit.

Rigoler en voyant les petits copains de Creaminal tenter d’identifier les toilettes du Jardin botanique de Montréal : Turquie, Angleterre, Japon, Chichigneux les Oies Grasses ou alors Tataouine la Callaisse ? (Je peux en parler maintenant que Beur-boy a trouvé.)

Être invité à Paris en regardant le feu des lucioles au-dessus d’un champ virtuel. Imaginer le Boeing qui décolle, mon regard qui cherche la ville dans le hublot. Imaginer son visage…

Apercevoir une petite puce de trois ans qui s’approche de la terrasse. La voir se lever sur la pointe des pieds pour voir les frites et les tortillas dans mon assiette puis me gratifier d’un sourire timide mais radieux avant d’aller rejoindre, à petits pas, le papa qui lui tend la main sur le trottoir.

Lire les retrouvailles de deux amants, entre pudeur et passion dévorante, quelque part dans le Nord de la France.

Croquer dans un chocolat noir grand cru de Madagascar ou de l’Équateur à la pause de 15 heures. S’étonner des parfums subtils de fleurs et de fruits qui colorent l’ivresse du cacao.

J’ai beau chercher, je n’arrive pas à mettre en ordre tous les plaisirs qui se succèdent sur ma vie en ce moment. Pourtant, comme je le fais depuis l’enfance, je reste immobile, assis près des dunes, à regarder les vagues s’essouffler sur le sable. Je laisse mon regard se perdre dans la dentelle de l’écume. Et je souris de convoitise en fixant les cailloux colorés qui irradient sous l’eau claire.

03 juillet 2007

Contraste

Le ciel est cassé entre un couvert d’orage et le bleu qui étincelle. L’asphalte noir et mouillé luit sous le soleil. Une averse soyeuse a rendu l’air piquant. J’aime ces soubresauts de la température. J’aime l’incertitude et les promesses. Le tonnerre qui rugit contre le soleil brûlant. C’est peut-être que je sors moi-même d’une tempête qui gronde encore au-dessus de ma vie. Tout devient une fête. L’insistance du pépiement des oiseaux me fait sourire. La majesté du marronnier me rend fier. Je compte ses fruits curieux entre les étages de sa frondaison. Les effluves du thym qui étreint les pierres me font soupirer d’aise.

En quittant le bureau, je traverse les jardins. Sur la surface de l’étang, le sillage des carpes japonaises dessine des arabesques. Lorsqu’un enfant se penche au-dessus du pont de bois, elles agitent le cristal de l’eau, lourdes comme des bélugas. Les passants s’arrêtent, fascinés par la transparence de leur peau, la lenteur de leurs ondulations, leur regard préhistorique. Deux jeunes canards colverts escaladent la pelouse. Sur leurs têtes encore mouillées, les plumes se rebellent. Quelques nuages nacrés sont emportés par le vent.

N. B. Deux plaisirs d’été se cachent dans la liste Airs du moment de la colonne de gauche ; la voix exceptionnelle de Billy Holiday et BB sur sa moto.

13 mai 2007

Live with it, épisode III



C’est l’épisode que je préfère. Lorsque l’on vit dans le regard des autres, ce que l’on est réellement n’a plus beaucoup d’importance. Qu’est-ce que la beauté ? …

Le CLSC des Faubourgs en collaboration avec la Clinique du Quartier Latin organise un groupe d’information et de soutien pour les personnes récemment infectées par le VIH. Les thèmes abordés iront de l’acceptation à la relation avec le médecin en passant par les aspects légaux et médicaux, la médication, la nutrition et la sexualité.

Ces rencontres hebdomadaires gratuites se tiendront au CLSC des Faubourgs, les mercredis de 19h30 à 21h00, à partir du 12 septembre 2007.

Informations :
Dany LeBlond (CLSC des Faubourgs) : (514) 527-2361
Jean-Marc Trépanier (Clinique du Quartier Latin) : (514) 285-5500


Sida Info Service (France) 0 800 840 800
Gai écoute (Québec) 1-888-505-1010

Les trois premiers épisodes de la série Live with it

14 novembre 2006

Nu

Gageons que tes états sauvages.
Feront moins de ravages.
Que tes plumes de paon.
Quand toi Tarzan.
Moi j'aime.


C’est si beau un homme sans dessus ni dessous. J’adore Zazie, ses mots, son intelligence et son sourire gourmand. Et j’adore ce clip. Il n’y manque que les parfums de musc et de sous-bois. Où est le vice ? Ça fait passer le temps en attendant le téléphone...



Un point c'est toi
Paroles: Zazie, musique: V.M. Bouvot, Zazie, 1995