24 février 2008
Je me moi
J’ai toujours été un peu borné. Pour un rien, je m’entête, contre vents et marées. Toujours ce même pattern : en faire juste un peu plus, toujours un peu plus, dans toutes les sphères de ma vie. C’en est presque une maladie mentale. La fatigue ne m’arrête pas. L’insomnie causée par le stress ? — Il y a des somnifères. Un mauvais rhume ? — C’est de saison. Tout le monde l’attrape autour de moi. Une bronchite ? — J’en ai fait plein dans ma vie et ce n’est pas ça qui va m’arrêter.
C’est comme un cercle vicieux, mais sans le plaisir du vice. Je me défonce pour donner le meilleur de moi-même en tout. Mais je ne suis jamais satisfait. Je gruge inexorablement sur mes heures de sommeil. Je fignole, je cherche la perfection. Je subis les contrecoups du stress. Je me bute à mes limites et ça m’enrage. Alors, je m’acharne encore plus. Je suis de moins en moins productif et je sens monter la panique.
La bronchite s’éternise et le spectre de la pneumonie cogne à ma fenêtre. Puis un matin, je me retrouve dans la salle d’attente de la clinique. J’espère juste que le médecin pourra me donner quelque chose pour que je puisse retourner rapidement au travail. Je ne sais pas ce que j’ai, mais j’imagine le pire. C’est finalement une bactérie qui se répand de plus en plus en Amérique du Nord. Elle a profité, elle aussi, de mon ouverture et de ma grande générosité. Le staphylocoque doré, communément appelé le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline). C’est dégoûtant. Pour 10 jours, j’ajoute dans mon pilulier de grosses antibiotiques oranges et noires. On dirait des pilules d’Halloween.
Je n’ai plus de temps pour m’occuper de l’appartement. J’ai arrêté de m’entraîner. Je n’ai plus de vie sociale. Je prends tous mes repas au resto. Le soir quand je me retrouve seul dans mon capharnaüm, je me dis que ça ne peut pas continuer comme ça. J’essaie de prendre quelques minutes pour me détendre. Oublier pour un moment les échéances, les doubles contraintes, les problèmes budgétaires à régler. Je n’y arrive tout simplement pas. J’essaie de respirer, de revenir les pieds sur terre. Mais les courants sont si forts que ma conscience est constamment emportée vers les jours suivants. Et j’ai le cœur qui est secoué dans tous les sens. Il n’y a pas de secret. Au cœur d’un ouragan, il ne faut pas rester perché à la cime d’un arbre. Il faut lentement descendre pour s’abriter entre les racines. J’essaie de me concentrer sur les mouvements de ma respiration, sous le nombril. La tempête ne se calme pas, mais j’arrive à m’endormir d’un sommeil agité.
C’est peut-être l’effet salvateur des rêves, mais je me lève un matin avec un mot au bord des lèvres : « non ». Je crois que ça suffit. Il faut que tout ça arrête, ça n’a plus de sens. Je me love sur moi-même. Pour les prochaines semaines, ce sera : je me moi. La solitude ? — Elle occupe déjà tout l’espace, bien que je refuse de la voir. Et j’y ai toujours survécu. Le manque de reconnaissance ? — Il est ancré en moi. J’aurai beau courir de toutes mes forces, les médailles ne tomberont pas du ciel. J’ai frappé un mur. J’ai réalisé que j’attendais des autres qu’ils prennent soin de moi. Et pour le moment, je suis seul à bord. J’ai pris la journée pour mettre de l’ordre dans mes affaires. Je suis resté en pyjama. J’ai même fait une sieste. Elle était pleine de cauchemars, mais si je fais des cauchemars, c’est que je dors : c’est déjà ça de pris. Puis, lorsque j’ai levé les yeux en me réveillant, la tempête était partie. Tant pis pour les autres, aujourd’hui et demain encore, ce sera : je me moi. Je suis allé marcher sous le ciel bleu et j’ai laissé s’écouler les minutes en rêvassant. Les images qui me boudaient depuis quelque temps, sont revenues tourner autour de moi comme un animal enjoué.
12:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, stress, travail, bactéries



