22 novembre 2009

Down de novembre

J'ai traversé la grippe. Mon corps se remet, sans trop de séquelles. Je suis toujours étonné des forces qu'il recèle. Mais le moral ne suit pas. J'ai un moral de novembre. Le soir, je repousse le moment d'aller dormir le plus tard possible. Je ne m'occupe qu'à des choses inutiles. Bien sûr, j'ai du mal à me lever le matin. Il faut que je me force pour manger. Je n'ai pas faim. Si je pouvais, j'arrêterais simplement de me nourrir. Insidieusement, le travail prend de plus en plus de place dans ma vie. Les responsabilités deviennent de plus en plus lourdes, les retards s'accumulent. Les quarts de travail le soir hypothèquent le peu de vie sociale qui reste. Je sais que je fais un bon boulot. J'ai les compétences et les qualités nécessaires. Mais J'ai beau travailler comme un diable, donner tout ce que j'ai, je ne reçois jamais de feed-back positif. Aucun. Que de la méfiance et une volonté de contrôle. Mon appartement est un champ de bataille, dévasté après une défaite. Il ne manque que les larmes, comme signe clinique, pour déclarer que je suis déprimé. Les larmes je les sens, coincées dans ma gorge. J'imagine quelqu'un qui me serre dans ses bras et elles se débattent et poussent pour remonter, sans succès. Les images qui entourent Noël m'attirent comme un mirage.

 

10 novembre 2009

L'histoire d'une fièvre

Mon histoire, c’est l’histoire d’une fièvre. J’aime les sensations qui traversent le corps quand sa température augmente. 99,8 °F, 100,2 °F, 100,8 °F. Le vertige soudain. La tête qui tourne et le décor qui se met à valser, à petits pas, comme un vieillard. Expérimenter les drogues, ç’a toujours été contre mes principes. Je suis bien trop timoré. Alors, la fièvre me donne un aperçu de ce que j’aurais pu manquer. L’esprit plane et j’ai le droit d’être décousu, de sauter du coq à l'âne et de l’âne au coquelicot. J’ai le droit de rire tout seul et de ne plus rien prendre au sérieux. Je suis libre, pour un instant. Et je chante sous la douche.

Le médecin m’a dit que ce n’était pas la grippe dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais une bronchite ordinaire. J’ai des antibiotiques pour 5 jours. Ça me rassure de savoir, après ces longues journées d’inquiétude, accroché à mon thermomètre. Les jours suivants, je me suis senti comme si j’avais cent ans. Et il faut que je souligne que ça ne donnait pas envie de vieillir vieux. Les os lourds, la peau qui fait mal à chaque mouvement d’air, le souffle qui fuit. Mais les mécanismes de la vie ébranlaient déjà cet état de vieillesse prématurée. Je me sens maintenant comme si je revenais d’entre les morts. En novembre, c’est de saison. Des envies printanières (ou d’outre-tombe) s’éveillent dans mon ventre. C’est comme ce vent chaud au moment où tout le monde a fait son deuil de l’été. Depuis des mois, la pluie froide nous tient par le cœur et les foules ont abdiqué devant l’hiver.

Ce vent doucereux se moque des passants en soulevant les vêtements. Je traîne des traces de fièvre. C’est la flamme qui enflamme sans brûler. Juste assez pour que je m’émerveille. Je souris de voir le vent faire tourbillonner les feuilles sèches, devant mes pas sur le trottoir. Je laisse mes yeux courir à travers les branches de ces grands arbres tristes jusqu’aux étoiles d’un autre temps. Et dans ces moments-là que je me dis qu’écrire ne suffit pas. Je ne parviendrai jamais à mettre en mot le millième de ce qui s’offre à mes sens. C’est pour cela que je ne voudrais pas être seul. C’est pour cela que je voudrais être deux. Parce que vivre ça sans le partager n’a pas de sens. Je limite ma théorie foireuse à deux, tout simplement parce que c’est la limite de ma sociabilité. Au-delà, ça se complexifie et je me hérisse dès que ça se complique.

J’ai été cloué au lit le temps de la fièvre. Et j’ai reparlé au Grand. On ne s’est pas vu depuis mon retour de Barcelone. Comme toujours, on n’avait pas grand-chose à se dire, mais j’étais content, je ne sais pas pourquoi. J’avais pensé que ça n’arriverait plus. Au fond, on n’avait jamais eu beaucoup de choses en commun. Je pensais que la coupure serait définitive. Et puis, cet été, j’ai fait le vide autour de moi, sans trop comprendre pourquoi. Tous mes châteaux en Espagne sont effondrés. J’ai aussi parlé au téléphone, avec Louis. Louis dit que les gens sont des crocodiles, que chaque individu est prêt à bouffer son voisin dès qu’il réalise que c’est dans son intérêt. Il dit qu’il n’y a plus d’altruisme. De nos jours, c’est chacun pour soi. C’est son côté pessimiste. Je me demande s’il n’a pas raison. Moi, je l’écoute et je pense que je devrais apprendre à développer mon crocodile intérieur. J’ai assez fait l’agneau, ça explique pourquoi je me retrouve aujourd’hui à griller sur la broche.

La fièvre fractionne mon attention, m’oblige à ralentir le pas, à m’arrêter souvent pour rêver sans dormir. Elle abat avec fracas mon orgueil démesuré. Et je me retrouve tout petit, comme un enfant perdu dans le jardin d’Éden. Je demande de l’attention sans honte. Par moment aussi, je me fâche contre les cons, la connerie, contre les doubles contraintes qu’on m’impose au travail. Contre ma stupide docilité qui passe l’éponge pour en épargner d’autres, plus faibles encore. Je dois apprendre à mordre. Y arriverai-je ? Le travail me bouffe la vie parce que j’y suis accroc comme à l’héroïne. J’ai besoin qu’on ait besoin de moi, sinon je ne suis rien. C’est un défaut, mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est les cons qui en profitent et qui en abusent. Ces cons-là doivent avoir leurs places réservées dans mon karma, car ils reviennent régulièrement dans ma vie. Au travail, j’ai toujours au-dessus de ma tête une bande d’enfoirés, obsédés par leurs petites guerres de pouvoir et complètement déconnectés de la réalité, mais qui me pompent le jus comme si j’étais un puit de pétrole. Objectif : épuisement des ressources naturelles avant de partir à la conquête de nouveaux territoires. Au travail, dans l’équipe, il y a eu au cours des dernières semaines, une tentative de suicide, un départ en burn-out. Ça tombe comme des mouches. Et les cendres se déposent sur ma tête et mes épaules. Ça m’empêche de respirer. Pas une minute pour pleurer. Des crocodiles, je vous dis. Et moi je dois apprendre à mordre.

 

Note décousue écrite sous l’effet de la fièvre, il y a dans le texte plein d’emprunts à des chansons fiévreuses. Peut-être saurez-vous les retrouver ?

24 septembre 2008

L'automne

Je me suis excusé. D’abord par courriel puis par téléphone : Mister Right ne voulait pas qu’on se voie. J’ai fait de mon mieux pour arranger les choses. J’ai reconnu mes erreurs. J’ai essayé en marchant sur des œufs de les expliquer, sans chercher à les justifier. Je l’ai écouté. Tout au long de notre conversation, il était plutôt froid et cassant. Il m’a dit qu’il me trouve négatif, pessimiste, et il s’est employé à me le démontrer en analysant chacune de mes répliques.

On avait fait le tour du sujet. Il m’a demandé :
― « Tu dois te demander quand est-ce que l’on se revoit. »
― « Euh non, en fait, je ne pensais pas à ça. J’étais encore à méditer sur ce que tu viens de me dire. »
― « Tu risques encore de mal interpréter ce que je vais te dire, mais on ne pourra pas se voir avant une dizaine de jours. Dans la semaine à venir, je n’ai pas un soir de libre. Et il n’y a rien d’autre à imaginer. Je n’ai juste pas de temps… »
― « ... »

Je n’interprète pas, mais c’est quand même un drôle de hasard. Ce long moment d’absence combiné avec sa froideur, ce n’est rien pour emmieuter les choses, à mon avis. Mais j’ai gardé mon avis pour moi en me disant que j’étais peut-être encore une fois en train de faire la preuve de mon négativisme. Depuis, j’ai gardé le contact par des courriels. Ses réponses sont brèves, sans marques d’affection. Il dit que c’était une parenthèse entre nous, que c’est clos et qu’il espère que ça ne se reproduise plus. Il dit qu’il veut que l’on se revoie, mais je sens tout le contraire.

Tout ça m’attriste. Je me suis remis en question. C’est vrai que j’ai exagéré. Je me suis laissé emporter par mon imagination. Je n’ai pas à inventer des liens entre mes blessures du passé et ce que je vis avec lui. J’ai déjà bousillé des relations en agissant ainsi. C’est vrai que je me complais dans les extrêmes, mais ce n’est pas que dans le négatif. Tous les défauts peuvent devenir des qualités. J’aurais aimé de sa part un peu plus de tact et un peu plus de compassion. J’aurais aimé aussi qu’il prenne au moins, une petite part de responsabilité. Si on s’est mal compris, je ne suis peut-être pas le seul en cause. Un malentendu, un conflit, c’est l’occasion de mieux se connaître, même si c’est difficile. Je paie très cher ces quelques mots de trop. La vague de tristesse est passée, m’a assommé un temps puis je me suis dit que c’était peut-être mieux ainsi. Si le temps n’arrange pas les choses, il fait au moins retomber la poussière. Et j’ai fait du mieux que j’ai pu pour réparer mes faux pas.


Un matin, j’ai ouvert les yeux et c’était l’automne. C’est ma saison préférée. J’aime la fraîcheur nouvelle, les nuits qui arrivent par surprise. Je vais profiter de ces heures libres inattendues pour reprendre le gym avec le grand. Il commence à faire froid pour courir dehors ; on va se faire une rentrée sportive. J’irai au cinéma avec A. et j’irai traîner au Starbucks avec Thomas. Et puis, il m’est arrivé une petite douceur, hier soir. Je donnais un atelier au Jardin botanique sur les ruelles vertes. Ça me stresse toujours un peu. Le cours s’est bien déroulé. À la fin de la soirée, je me suis fait draguer par un de mes étudiants dans la vingtaine. Il est resté après que tous les autres soient partis pour me demander en me vouvoyant quand je donnerais d’autres cours. Puis il s’est proposé pour m’aider à transporter mon matériel. Ce que j’ai décliné en le remerciant. S’il était resté une minute de plus, je crois que je me serais mis à bafouiller. J’ai descendu les escaliers, le sourire accroché aux oreilles. J’ai enfilé ma veste et je suis sorti. À l’extérieur, le soir était froid. En passant dans le noir, près du grondement des fontaines, j’ai remarqué un parfum de feu de bois qui flottait dans l’air. Décidément, j’aime beaucoup l’automne.

13 novembre 2007

Potage d'automne

Mon ami Philippe m’a donné une énorme courge d’hiver. Je ne savais trop quoi en faire. Il m’a suggéré de l’utiliser en potage. Moi qui suis complètement pourri en cuisine, je me suis attelé à la tâche. Voici la recette vraiment très simple. Une fois la courge coupée et pelée, le reste est un jeu d’enfant.

  • Faire revenir environ 1 tasse de poireaux hachés avec 2 c. à s. de beurre.

  • Ajouter 3 tasses de pommes de terre coupées en dés, 3 tasses de courges coupées en dés et 4 tasses de bouillon de poulet.

  • Cuire environ une heure puis passer au mélangeur à main ou au passe-purée.

  • Sel, poivre et thym frais au goût.

  • Un peu de crème peut être ajoutée au moment de servir.
On peut utiliser la courge poivrée ou 'Butternut'. Pour ma part, j’ai utilisé la courge ‘Long Island Cheese’ et j’ai remplacé les pommes de terre par une quantité équivalente de courges. En fin de cuisson, pris d’une inspiration subite, j’ai ajouté un filet d’huile d’olive et une bonne pincée de curcuma. Le résultat ? Un potage onctueux, parfumé, avec une belle couleur dorée. Et c’est tout plein d’antioxydants et de trucs bons pour la santé.

23 septembre 2007

Avant l'automne

Officiellement, c’est le dernier vendredi soir de l’été et on sent sur l’avenue Mont-Royal comme une effervescence. Les terrasses sont bruyantes et bondées. Une rumeur émaillée d’éclats de rire et du bruit des verres. Tout brille. Les yeux de ce garçon, le pendentif translucide de cette femme et les phares des voitures qui maraudent en quête d’un stationnement. J’aime bien déambuler dans la foule sur le trottoir, laisser mon imagination être emportée par des bribes de conversation ou une mélodie échappée d’un bar.

J’ai rendez-vous avec le cow-boy, c’est peut-être pour ça que j’ai le sourire facile. Il n’y a pourtant rien à attendre de cette rencontre. J’entre au Starbucks où on doit se retrouver. Je m’enfonce dans un fauteuil de velours, près du foyer, l’immense tasse d’un mauvais cappucino entre les mains. Je contemple par la fenêtre, le défilé des passants. Il y a une fille dans l’autre fauteuil, de l’autre côté du foyer. Mais je ne vois qu’une paire de pieds qui se balancent en sandales. J’essaie d’ordonner les mots sur un carnet. Peut-être est-ce une question de saison, peut-être est-ce la fatigue, mais je n’ai rien à raconter.

Il arrive en souriant puis nous descendons l’avenue, le nez en l’air. On se retrouve devant deux pintes de bières à la Porte Rouge, le bar «privé» de Nitram. On discute en sautant du coq-à-l'âne, de la cuisine asiatique à la survie du gaélique en passant par les méthodes de travail. Je lui détaille mes ennuis du jour : les commandes de textes qui s’accumulent et l’argent qui ne suit pas. On parle de bilan, de l’approche de la quarantaine qui me fait frémir. De la vie qui va dans tous les sens lorsqu’on ne lui donne pas de direction. Et de cette chose qui a l’air si simple : savoir ce que l’on veut vraiment. La discussion est toujours facile avec lui malgré la musique, beaucoup trop forte. Une reprise d’Avec le temps de Léo Ferré fait vibrer le haut-parleur au-dessus de nos têtes. Deux hommes passent dans la rue. La brise me fait glisser sous le nez un parfum pour homme. Je m’arrête pour respirer. Il me lance avec son accent traînant : « Avoir su que tu étais aussi sensible au parfum, j’en aurais mis ce soir ! » Je lève un sourcil et je fouille dans ses yeux, mais je n’ai jamais su lire dans le bleu.

16 octobre 2006

Avec l'élan

Se battre, c’est lancer son regard au-dessus des champs platine. Quand le ciel est clair, quand le soleil festoie et que le vent tourbillonne entre les collines montérégiennes jusqu’au mont Saint-Grégoire. Enchaîner les pas, poser les questions comme des pierres de gué entre les doigts vifs de l’hiver. Dessiner sa route en travers des lits défaits des rivières anciennes. Savoir que ni la flanelle de coton, ni la laine d’agneau ne pourront entraver le choc de la rencontre avec le réel.

—« Il fait frais : ça respire ben. », dit Yan en rentrant au bureau, en fin de journée, avec du rouge aux joues. Comme une planète en orbite, je tourne autour du jour, dévorant chaque seconde de vide. Je ferme les dossiers, range les livres de référence et vérifie que l’imprimante digère bien le dernier plan de la journée, avant de clairer la place. Le foulard de Dom autour du cou, la voix tendre et nasillarde de Vallières dans les oreilles, je m’élance enfin au soleil.

Dans les couloirs du métro, les masses de foule s’entrechoquent. Un aveugle avec son chien-guide marche d’un bon pas, attirant les regards. Le gros labrador noir accomplit son travail essentiel en battant de la queue. Il guide son maître vers l’escalier de droite, celui qui monte vers la ligne verte. Comme à tout les jours, comme on le lui a appris. Mais la direction de l’escalier a été inversée, la foule descend où il s’en va monter. Au dernier moment, des bras sortent de la foule pour rectifier le tir et amener sans aucun heurt le maître et son chien dans le bon escalier, celui de gauche. L’homme fronce un peu les sourcils. Le chien, concentré, ne sourcille pas. Arrivé dans le wagon du métro, il a fait son travail et s’assoit sur le sol. Et quand le métro se met en branle, je suis sûr de le voir sourire.

Je longe le boulevard sur le sentier qui borde le Jardin botanique. Le gazon trop long est émaillé de pommette qui craque sous ma semelle. Je souris à mon tour quand mes pas s’ouvrent une voie dans une nappe de feuilles mortes jaune safran. Les feuilles chuchotent et le soleil s’endort.


Les collines montérégiennes

08 octobre 2006

Action de Grâce

L’avenue Mont Royal au soleil, au temps des couleurs. C’est la rue de Montréal où il y a le plus de beaux gars au mètre carré. Et ça se vérifie chaque fois que j’y passe. (C’est pareil pour les filles, y paraît.) Les enfants rient, la foule flâne en souriant pour le long week-end et les feuilles dorées virevoltent dans l’air.

Le soleil est bon comme un sourire sincère. Je viens de me faire couper les cheveux. J’ai dit au coiffeur que j’irais tester son travail sur l’avenue. Il a mérité son pourboire. 3 gars m’ont jeté un regard. Une grande blonde s’est même retournée et m’a fait un large sourire.

Je tourne sur de Lorimier, la rue que je préfère. Avec ces érables centenaires, ces hautes maisons de pierres zébrées d’escaliers en fer forgé. La rue descend doucement et tout au bout, on aperçoit le vert-de-gris du pont Jacques-Cartier. J’ai emprunté cette rue si souvent. Sous la neige, le vent, en courant, en transportant des fleurs, avec mon chien qui apprenait à marcher au pied. J’habitais en bas, D. habitait en haut, de l’autre côté du Plateau-Mont-Royal. Une longue marche pleine de sentiments et de souvenirs.

J’ai téléphoné à GP pour lui proposer d’aller prendre un café, mais il partait manger de la dinde de l’Action de Grâce dans sa parenté. J’arrête au Dollorama acheter un nouveau carnet. À la caisse, une petite vieille cligne des yeux dans son tablier jaune.

J’entre chez Maam Bolduc. Le restaurant aurait été ouvert par la sœur de la chanteuse dans les locaux d’une ancienne épicerie qui appartenait à leur père. C’est écrit dans le menu. C’est ici que l’on trouve la meilleure poutine en ville. J’essaie de me rappeler une des chansons de La Bolduc. Elle a fait carrière dans les années trente pendant la crise économique. Elle turlutait pour redonner de l’espoir aux Canadiens français : « …I’ pleuvra plus pantoute, pantoure. I’ pleuvra plus pantoute. La compagnie des parapluies va tomber en banqueroute !... » Le petit resto est un peu surchauffé par la cuisine, mais la terrasse déborde. Le service est sympathique. La musique vaguement reggae. Je prends un Bolduc gros déj avec des fèves au lard, des saucisses et du bacon. J’aime profondément cette ville plurielle et éclatée. Sentiment plutôt rare : Je me sens chez moi, parfaitement. Je voudrais que ces instants d’automne durent une éternité. Mais je sais que c’est leur nature éphémère qui fait leur qualité.

J’ai rejoint Axel, après son travail. On est allé chercher des cafés au café Rico. Il ne connaissait pas l’endroit, ça lui a plu. On a bavardé avec la serveuse de commerce équitable et de l’origine des cafés vendus en vrac. Je n’aurais pas pensé que ça l’aurait intéressé. On a marché à travers le parc jusqu’à un banc face au soleil. Ce n’était pas un flush-date comme je le croyais. On s’est expliqué, ça a brassé fort, mais on s’est accroché au dossier du banc de bois et on a discuté, encore et encore. On est différents. Il est comme un extra-terrestre pour moi. S’il me fascine autant, c’est que je dois avoir des choses à apprendre de lui.

Ça aurait été si simple d’en finir à ce moment là. Une belle finale dans les parfums d’automne. Pourquoi je ne peux pas détacher mon regard du sien ? Pourquoi quand je lui parle, j’ai l’eau qui me monte aux yeux et que je me lève pour aller jeter mon verre parce que je ne veux pas qu’il me voit rougir ? Pourquoi je deviens complètement allumé dès que je sens sa main sur ma nuque ? Pourquoi j’aime autant le goût de sa bouche ? Pourquoi j’écris tant de conneries et que je vire, le jour d’après, comme une girouette ? Pourquoi je ne peut pas m’arrêter de sourire en rentrant chez moi ?