07 janvier 2009
La sérénité
Le lendemain, il m’a téléphoné à deux heures du matin. Visiblement, ça n’allait pas. Je lui avais dit qu’il pouvait m’appeler quand il le voulait, s’il avait envie de parler. Il tenait à me dire qu’il se sentait bien avec moi, qu’il voulait me connaître, qu’il fallait que l’on se revoie et qu’il avait peur. Il parlait beaucoup, avec un rythme qui ralentissait par moments. Quelques incohérences. Je lui ai demandé : « T’as bu combien de bière ? » « Je l’sais pas... » Le lendemain, j’étais au mariage de GP. Il a laissé deux messages sur mon répondeur, interminables parce qu’il répétait quatre fois la même chose, la diction empâtée. J’ai presque regretté de lui avoir acheté une bouteille de porto comme cadeau du Nouvel An. D’expérience, j’ai peur de l’alcool et de ceux qui sont sous son joug.
Quand j’étais petit, j’avais une tante et un oncle alcooliques. J’ai appris très tôt que sous l’emprise de l’alcool, les adultes n’ont plus de paroles. Ils mentent sans vergogne. Ils deviennent rapidement hargneux ou violents. Les vapeurs éthyliques leur voilent la vue et les mènent à l’égocentrisme. J’aime le bon vin en mangeant. Il m’arrive souvent de trop boire quand je sors avec des amis. L’alcool est un lubrifiant social auquel j’ai recours à l’occasion, pour rire et dépasser quelques barrières. J’avoue que lorsque je dois voir mes parents, je fais passer ces mauvais moments en enfilant quelques verres de Pineau des Charentes. J’ai toujours cinq ou six bières dans le frigo au cas où des visiteurs débarqueraient chez moi à l’improviste. J’ai même une réserve de bouteilles : rhum cubain, vodka, Baileys. Mais elles prennent la poussière dans le haut d’une armoire. Je ne les ouvre à peu près jamais. Je ne bois pas seul, je n’y trouve pas d’intérêt. Avec d’autres, j’aime qu’il y ait de l’acuité dans les discussions. J’aime être éveillé le matin, et profiter de ces heures où l’esprit est clair. J’aime la lumière neuve et l’odeur du café. J’aime avoir la fierté de déjouer mes inhibitions sans trop de béquilles. Je sais qu’il a un point où la liberté prend fin, et où commence la dépendance.
Des dépendances, j’en ai tout plein. Je les aurais toutes si je me laissais aller. Le blogue que vous avez devant les yeux est le résultat de l’une d’elle. Comme je n’arrive pas à me débarrasser de l’ensemble de mes dépendances, j’ai choisi celles qui me causent le moins de tort. Les heures perdues sur le Web sont inoffensives. Celles que je passe au gym sont même bénéfiques pour ma santé. Tout ce temps où je m’enferme dans ma bulle, le nez dans les livres, me fait grandir et me permet de mieux comprendre les autres et le sens qu’ils ont su donner à leurs vies.
Pour le moment (J’essaie de ne plus être présomptueux) pour le moment donc, j’ai l’impression qu’il a besoin de moi. Ce ne serait même pas une esquisse d’histoire d’amour, simplement une histoire d’entraide, un échange, en quelque sorte. Je n’en reviens pas que j’écrive ces mots sans que les cheveux me dressent sur la tête. Le romantisme et la quête d’absolu auraient-ils pris le bord ? J’ai fait un marathon de courriel où j’ai écrit, entre autres, à plusieurs hommes qui ont joué un rôle dans ces carnets. « Sérénité » c’est le mot que Mister Right a employé dans son courriel de bonne année. « J'ai souvent pensé à toi et espéré la sérénité de ce que je viens de lire. » C’est bien la première fois que l’on m’accole ce mot. Désormais, je n’ai plus d’attentes. Ça y est ! Je dois être vieux.
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