09 septembre 2008
12 jours pour changer les choses
Au Québec, toutes les 6 heures, une personne est infectée par le VIH.
D’ici le départ de la marche de la Fondation Farha, le 21 septembre prochain, 48 nouvelles personnes seront infectées au Québec. Le virus frappe sans distinction d'âge, de sexe, d'origine ethnique ou de statut social. Ce pourrait être un frère, un fils, un ami, une sœur, une fille, une collègue de travail, un voisin.
Il reste 12 jours pour poser un geste de solidarité. Votre don peut être fait par carte de crédit en cliquant sur le lien suivant :
Commanditez-moi !
C'est rapide, facile et parfaitement sécuritaire.
Pendant que vous lisez ces lignes, quelque part sur la planète, une personne est infectée par le VIH toutes les 6 secondes. Au cours des 12 prochains jours, plus de 17 000 personnes deviendront séropositives. Ces statistiques énormes mais anonymes ne touchent pas. C’est le mérite de cette campagne de Canfar de montrer les visages fragiles, vibrants et réels qui se cachent derrière les chiffres :
00:00 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vih, sida, solidarité, ça marche, ensemble, argent, don
09 août 2008
Santé !
La semaine dernière, je me suis inscrit comme marcheurs pour l’évènement Ensemble, ça marche pour amasser des fonds pour la lutte contre le Sida. En moins de 24 heures, 42 % de mon objectif ont été atteints. (Merci à Éric, Martin et Julie pour les dons, ainsi qu’à Laurent pour le don et le « pushing » sur Twitter.) Mais depuis, plus rien…
Je vous propose aujourd’hui de trinquer virtuellement et de donner le prix d'un drink. Si tous ceux qui traînent par ici font un don équivalant au prix d'une consommation dans un bar (entre 3 et 5 dollars canadiens, 2 ou 3 euros), je ferai rapidement exploser mon thermomètre. Un tout petit geste de solidarité pour chacun, un bond énorme pour une cause vraiment importante.
Alors, à vous de jouer.
Sélectionner Maison Plein Cœur dans la liste déroulante et…
Chin-chin !
Edit : Désormais 46 % : Merci Guy
Edit : Lundi matin, 50 % : Merci Jérôme
Edit : Mardi matin, 59% : Merci à Louis et à une charmante inconnue
11:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vih, sida, fonds, marche, solidarité, argent, ensemble
06 janvier 2008
Simplicité involontaire
Lundi, je commence un nouvel emploi. Sept mois de stabilité : la durée du contrat. Je vais de nouveau avoir mon propre bureau, de nouveaux collègues et de nouvelles responsabilités. Ce qui m’angoisse un peu. (Un reportage audio de Macadam Tribu sur le projet.) Pour mes pauses estivales, je troquerai la terrasse du Jardin botanique pour les pelouses du parc Lafontaine. Ce qui n’est vraiment pas si mal ! D’ici à ce que la première paye rentre, il me faudra subsister… Un des plaisirs d’être pigiste, c’est de ne jamais savoir quand le prochain chèque arrivera dans la boîte aux lettres. Plusieurs articles que j’ai remis avant Noël n’ont pas été payés. Et le département de la comptabilité est en vacances, jusqu’à la semaine prochaine. Chaque fois, je me dis que j’aurais dû prévoir le coup. Malheureusement, je suis plus cigale que fourmi. Il me reste quatre billets d’autobus, le transport pour lundi et mardi, environ 10.00$ dans mon portefeuille, du pain, du riz et des lentilles, 2 lb d’oignons, 4 œufs et 6 carottes. Bref, de quoi tenir pour quelques jours dans la simplicité la plus totale. L’an dernier, j’ai reçu en cadeau le best-seller Le secret. Selon les prétentions de l’auteur, Rhonda Byrne, je devrais aujourd’hui être multimillionnaire (comme elle), rouler en BM décapotable et dormir tous les soirs dans les bras de Jude Law. Malheureusement, les conseils du livre n’ont pas fonctionné avec moi. Les mauvaises langues diront que c’est à cause de mon scepticisme. J’ai pensé vendre le bouquin, ça me ferait un ou deux dollars de plus. Je suis trop orgueilleux pour quêter, et trop dédaigneux pour faire le trottoir. Alors, je remets la pub dans le haut de cette page. À ce jour, il me manque 177 minuscules clicks pour enfin recevoir un premier chèque d’Adsense. Bon, je sais que les sujets préférés des annonces Googueule ne sont pas nécessairement très ragoûtants. Ces temps-ci, mes annonces ont une obsession pour le yoga tantrique et le sauvetage de couple. On ne sait jamais, ça peut toujours être utile. L’annonce la plus drôle, c’est celle de matante Jeanne : Chanson country en français gratuite. Malheureusement, je n’ai pas le droit de cliquer sur ma propre page. C’est en haut à droite. Ça prend une demi-seconde et ça n’engage à rien. Click ! Et si vous vous retrouvez dans la même situation :
- Bien manger à petits prix, conseils et recettes, Dispensaire diététique de Montréal (PDF, 6 pages)
- Petit budget : grande recette, sur le site de Recettes du Québec
12:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, quotidien, argent, travail, contrat, stress, publicité
01 octobre 2007
Tempête
C’est la fatigue qui me fait voir tout en noir. Empêtré dans les cordages d’un canot de secours, je suis secoué par des émotions disproportionnées. J’aurais besoin de vacances, de repos, mais ce n’est pas le moment. Quand mon embarcation est soulevée par la houle, je vois tout autour les creux de vague s’ouvrir comme des gouffres noirs. Et je retiens mon souffle comme je le ferais dans la montée d’une montagne russe. Je rêve à une île. Je rêve que la terre existe encore, quelque part. Je m’invente des légendes de ports et de phares qui apparaissent à travers la brume d’un matin. J’essaie d’entrevoir les étoiles, de recomposer les constellations, d’y lire les signes d’un quelconque destin. Mais en ce moment je suis analphabète. Derrière comme devant mes paupières, il n’y a que le chaos et les menaces du ciel. J'ai le mal de mer. Je cours dans le labyrinthe en cherchant le fil de l’histoire. J’ai perdu les mots pour me raconter. J’appelle le Minotaure. Je voudrais me battre. Je voudrais hurler. Je voudrais lui faire éclater au visage le verre que je tiens dans la main. Mais je suis seul avec moi-même. Mon corps avance sans tressaillir. Il dit qu’il faut continuer, qu’il y a encore un pas à faire. Comme il a l’air plus sensé que mon esprit, je l’écoute docilement et je range ma rage avec ma peur et ma peine, quelque part au fond de ma poche. Je me lève aux premières heures du matin et je m’attaque à la montagne de travail qui se dresse devant moi, puis je pars au boulot. Je souris, je suis attentif, j’en donne plus que le client en demande. Je fais des réserves dans mon karma. Et parfois pendant la journée, je vois une percée de soleil. Un enfant qui m’envoie la main, un parfum de pomme verte, deux amoureux qui se sourient. Et je ramène ces images dans ma tête en rentrant chez moi, en ouvrant l’ordinateur, et en me remettant au travail. Quand je prends de l’avance sur ma planification, j’écris quelques mots ici. Party time : le proprio a accepté de reporter le paiement du loyer. Officiellement, mes premiers textes devaient être mis en ligne aujourd'hui.
09:15 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vih, avenir, stress, travail, argent, tempête
10 août 2007
Fin d'été
L’étang est parfaitement immobile. Seule une demoiselle patrouille incessamment au-dessus des champs de nymphéas. Pour oublier les soucis, je viens m’asseoir sur cette grande pierre qui s’avance dans l’eau calme. Avec une plume, du papier et un vieux livre. Je porte le poids de la semaine et des nuits blanches à calculer, à espérer, à tempêter. Je n’ai pas osé l’écrire pour ne pas rompre le charme, mais en venant travailler ici, je réalisais un rêve. Les rêves sont-ils toujours fragiles et illusoires ? Un grèbe brun glisse sur l’eau noire et plonge sous la surface sans un bruit. Il réapparaît dans l’ombre des myriques qui se penchent au-dessus de la rive.

23:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, travail, argent, jardin, horticulture, nature
29 juin 2007
Get a life
Mes deux emplois se chevauchent. Je travaille tous les jours cette semaine. Il est 22 heures. Je pianote encore une fois sur le clavier, deux avatars perchés sur mes épaules. Sur ma gauche, le blanc soupire offusqué : — « Tu devrais dormir, tu dois absolument être au meilleur de ta forme demain matin. Tu perds ton temps à venir te plaindre ici. C’est de la complaisance tout ça, et c’est malsain. » Sur ma droite, le noir me caresse la nuque. Il sait que c’est mon point sensible : — « Vas-y mon homme, sors le méchant… » Aujourd’hui, tour à tour, mes collègues m’ont fait leurs adieux. Mélissa m’a embrassé deux fois. Je ne m’attendais pas à tant d’attentions. Le blanc n’est pas surpris : — « Tu es un ingrat, cracher sur un emploi stable dans la conjoncture actuelle. » Le noir ne dit rien. Il est perdu dans la contemplation de l’arrière-train d’un client qui passe. Il grimace quand il voit arriver sa copine : — « Tabarnak ! Pourquoi les plus beaux gars sont straights? » Il a les cheveux bouclés, de grands yeux bruns, une petite barbe naturelle, un look un peu hippie. Il me demande conseils au sujet d’une plante. Les deux avatars se taisent et observent. Pendant que je détaille les caractéristique du Picea 'Globosa' qu’il a mis dans son panier, je me demande pourquoi les quelques gais barbus que je connait sentent toujours le besoin de jouer les durs. Un gai barbu est presque automatiquement affublé de cuir, et dans le pire des cas, il porte des « culottes pas de fesses ». Lui, s’il avait des « culottes pas de fesses » il serait vraiment moins intéressant. Sa copine me remercie en souriant en se collant sur lui et ils s’éloignent. Le blanc soupire : — « C’est beau l’amour… » Je reprends mon balayage où j’en étais. En toussant dans la poussière, le blanc échafaude des projets professionnels. L’emploi qui débute demain matin ne durera que dix semaines. Il me faut prévoir la suite. Il s’inquiète : — « Demain, il faut que tu performes. Profite de la pause pour faire le tour des serres. Retiens le prénom de tous ceux qu’on te présentera. On sait jamais, ça peut servir. Prends des notes. Et la suite, tu y as pensé ? » Le noir explose : — « Le travail. Toujours le travail. Y’a pas rien que le travail dans ' vie… Oublie pas de vivre ! Get a life ! » Je secoue le porte-poussière au-dessus de la poubelle pour les faire taire.
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28 juin 2007
Compte à rebours
Il me reste quatre jours. J’essaie de ne pas penser au loyer à venir et à mon compte de banque, désespérément vide. Je me dis qu’il y aura bien une solution. J’ai trouvé l’énergie pour m’attaquer à l’amoncellement de vaisselles qui encombrait le comptoir de ma cuisine. En chantant avec Étienne Daho, j’ai terminé les ustensiles. Il ne faut pas que j’oublie de demander le numéro de téléphone de Manon. Elle m’a invité à venir faire trempette dans la piscine de son immeuble. À la fin de la journée, elle m’a donné ces trucs pour la méditation. Visualiser le prana autour de nous, d’un bleu lumineux comme le ciel. À l’inspiration, il entre en nous. À l’expiration, il devient effervescent et illumine chaque parcelle de notre corps. Des averses étaient prévues cette nuit, mais comme la lune tranchait le feuillage du févier, j’ai laissé mes vêtements sur la corde.
Le lendemain, l’orage est dans l’air, mais le ciel reste gris clair. Le vent fou nargue les grands arbres en fouettant leurs branches. Les premières pages des journaux jaunes ne parlent que de la sortie de prison de Paris Hilton et des avertissements de chaleurs accablantes. Cherchez l’ombre, buvez beaucoup de liquides, prenez du repos.
Au Québec, c’est toujours mal vu de se plaindre de la chaleur. Les petits vieux qui tombent comme des mouches à chaque canicule doivent mourir sans dire un mot. Comme les employés du cimetière sont en grève, les morts auront au moins la chance d’être mis dans des voûtes climatisées.
J’ai l’estomac à l’envers comme les feuilles de l’érable. Je compte et je planifie les repas à venir. Si je mesure, si je ne fais pas d’excès j’arriverai bien à tenir. Je n’apprécie pas mon travail à l’entrepôt : on m’a dit que c’était de l’orgueil mal placé. Mon propriétaire doit être aussi très orgueilleux puisqu’il me réclame la totalité de ma prochaine paye. C’est sûrement l’orgueil qui pousse Bell Canada et Hydro-Québec à m’envoyer des avis de débranchement. Comme l’orage, ils ne font que menacer et mon ordinateur fonctionne toujours. J’ai les idées grises comme le ciel immobile. Mon imagination est épuisée. Elle ne m’est plus d’aucun secours. J’ai passé l’après-midi à arroser les étalages de vivaces au bord de la dessiccation. Je récite les noms botaniques en me souvenant des jardins que j’ai plantés chez ceux que j’ai aimés. J’imagine la rosée qui brille sur les feuillages au petit matin. J’ai semé un peu de mon âme un peu partout, dans des terres fertiles. Puis j’enroule le boyau d’arrosage à plat sur le béton. Une vieille Italienne me questionne au sujet d’un système d’irrigation. Puis, sceptique, elle me demande si j’ai un jardin. Non madame, j’ai un pot de terre cuite sur mon balcon.
Je suis un privilégié, j’ai deux bras, deux jambes. Je suis en santé. Je suis intelligent, débrouillard. J’ai un grand ventilateur au-dessus de mon lit. Et un autre sur pied, qui brasse l’air chaud contre ma peau. J’ai la chance de mettre en pratique le détachement, de suivre les enseignements de Bouddha. C’est une occasion en or d’expérimenter la simplicité volontaire. De me dépouiller de tout ce qui est de trop. Alors pourquoi suis-je si révolté ?
Oui, je sais, ça ira mieux demain. Cette consolation ne me suffit plus. Je ne peux plus me serrer la ceinture. Il n’y a pas plus de trou. La même colère gris jaune occupe tout le ciel et me tord le ventre au beau milieu de la nuit.
Que vienne la pluie !
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21 juin 2007
Y. bis
Y. aux yeux pers
Retour au Stud. Les chaleurs des derniers jours se sont calmées quelque peu et c’est le premier vendredi où la cigarette est interdite dans les bars de la ville. Un attroupement de fumeurs s’est formé devant l’entrée. La clientèle du bar est assez bigarrée. Sans la fumée, les odeurs se révèlent. Observer la piste de danse me donne toujours le fou rire après un moment. Je remarque un latino, frisé, barbe de deux jours et regard sombre. Mais à l’évidence, Ricky Martin ne me porte aucun intérêt.
Une armoire à glace passe derrière moi et s’arrête net. je lui jette un œil, il me regarde et souris de ses yeux pers. Je m’avance vers lui et lance la conversation. Il est grand et idiot. C’est ce qui me charme tout de suite. Au premier baiser, je le mords à la joue. Il fallait le voir se tenir la joue en pleurnichant : « Mais tu m’as fait mal! ». Il a pris sa revanche. Il m’a soulevé au-dessus de lui. Je me sentais complètement ridicule au milieu du bar, les pieds dans le vide:« tu veux bien me poser, s’il te plaît? ». Plus tard dans la soirée, on est sorti prendre l’air enfumé devant le bar.
Sur le trottoir on discute, M. Muscle et moi, assis sur un banc, nos jambes emmêlées. Une voiture s’arrête au feu rouge. Pendant que madame à la crinière tricolore tient le volant, Monsieur Gino de service nous lance :« C’est beau l’amour! » Y. se met à aboyer : « Va-t-en chez vous ostie de 450! » puis me sourit en grognant virilement. Pourquoi suis-je charmé par la vulgarité. Est-ce l’effet des quatre minuscules Corona que j’ai bues? Où l’effet des vieilles limes périmées que le barman a enfoncées dans le goulot ?
(Aparté documentaire : 450 est l’indicatif régional de la banlieue de Montréal, un terme péjoratif pour décrire les petits couples standards qui habitent dans des bungalows. Les 450 se perdent fréquemment la nuit dans le village gai en essayant de prendre le pont Jacques-Cartier pour regagner la rive sud. La corona est une bière mexicaine contenant un fort pourcentage en eau. Servie avec de vieux quartiers de lime, elle confère à son buveur une odeur de favelas.)
Il est, il faut l’avouer, carrément moqueur. Il adore mes yeux et mon ventre. Mon ventre?!. Quel ventre? Soyons clair, je n’ai pas de ventre. Il adore encore plus ma réaction. Il doit rencontrer un ami à deux heure, pour un emploi de videur au Stéréo, un afterhours. Il a le physique de l’emploi. Le téléphone me réveille le lendemain matin. Il a travaillé toute la nuit. Il vient de terminer et s’en va se coucher. Avant de se mettre au lit, il fume une cigarette, avec moi, qu’il ajoute. Il n’est pas prêt à arrêter de fumer. Il me demande si je vais m’en accommoder. M’en accommoder…? Je ne l’ai pas demandé en mariage. Je lui ai juste donné mon numéro de téléphone un soir de beuverie.
Il tenait absolument à ce qu’on soupe ensemble ce soir. Je lui avais dit peut-être. Pourquoi donc ai-je l’envie d’y aller ? Juste parce que j’ai faim ? Qu’est-ce qui peut bien m’attirer chez lui ? Le fait qu’il s’accroche à moi aussi vite ? Son air de délinquant, d’adolescent attardé ? Je dois reconnaître qu’il est décapant d’honnêteté, drôle, à la limite séduisant. Son côté bum au cœur tendre ne me laisse pas indifférent. Et ça voix fêlée me donne des frissons. Peut-être une impression de protection, la vraie vie me fait si peur. Jusqu’ici, tout va bien : il est célibataire, hors du placard, il ne vit plus chez maman et il a plus de 30 ans. Il doit avoir un vice caché : stupidité véritable, toxicomanie ou trips sexuels bizarres. C’est peut-être un tueur en série. J’aime le trouble.
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15 juin 2007
Le puits
Je suis frustré, enrhumé, impatient. Je ne suis pas rentré au travail ce matin. Je me suis reposé et j’ai préparé cet examen écrit pour un poste au Jardin botanique. Puis j’ai fignolé ce projet d’article que la rédaction attendait aujourd’hui. Au premier abord, ils ont l’air satisfaits. Mais L ne comprend pas. Il ne saisit pas pourquoi je crache ainsi sur mon petit emploi, que je risque de tout perdre pour un avenir précaire. Peut-être que lui n’oserait pas. Entre deux portes, je lui ai dit que sa réaction me jetait par terre. Est-ce le fait d’avoir côtoyé les gouffres qui me rend si intransigeant, si dur ? Est-ce que c’est d’avoir dormi avec la peur, qui m’a rendu tranchant ? Je pressens enfin une direction à mon existence. Je débouche sur des espaces dont j’avais rêvé enfants. Je suis à des années lumières de cette peine d’amour qui m’a fait entreprendre l’écriture de ces carnets. Alméria avait raison, Dieu merci. Je ne suis pas qu’un plaqué de plus sur la Toile. Les idées fusent et me brûlent les yeux, de l’intérieur. Même quand je dors, des projets s’échafaudent dans mon esprit. Ils étaient déjà en branle hors de ma conscience depuis longtemps. Mais je n’en avais aucune idée, tout occupé que j’étais à survivre dans la nuit. Le jour se lève et je réalise qu’il y a devant moi, un chantier gigantesque. J’ai semé patiemment dans le noir de ma chambre des fragments d’histoires. Je les ai soignées comme des bêtes blessées. Elles ont grandi dans ma conscience. Je sens maintenant leur force inébranlable. Elles sont en marches et me portent vers le grand jour. Est-ce qu’une ambition secrète déforme ma vision des choses ? J’ai toujours eu l’emportement trop facile. Enfant, ma mère répétait que mon imagination était maladive. J’ai pourtant encaissé bien des coups durs. Mon orgueil, aujourd’hui bancal, ne suffirait plus à me tenir debout. Il y a autre chose et j’irai voir ce que c’est. Si la réussite ne tient qu’à un fil et que celui-ci se brise, j’aurai au moins eu le mérite d’avoir tout fait pour le suivre. Lorsque je m’arrête et que je regarde le miroir, j’y vois un puits sans fond, noir comme la nuit. Ce besoin absolu d’être aimé, tel que je suis. Besoin que je partage avec la plupart des êtres humains. Mais la réalité qui se renouvelle sans cesse autour de moi est toujours égale à elle-même. L’homme que je suis, on ne l’aime pas, on l’admire. Il y a comme le mur de verre d’un musée entre mon cœur et la foule des passants. Tous les hommes qui ont compté dans ma vie ne m’aimaient pas vraiment. Tous, ils m’ont admiré, parfois violemment. Je suis le seul responsable. C’est tout ce que je connais, tout ce que je sais faire. Jusque dans ces pages où je me mets en scène et je me dénude dans le seul but de susciter l’intérêt. Je ne suis jamais comblé. On ne se souvient de ce que l’on aime. J’ai peur de disparaître dans le puits.
10:40 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, puits, travails, argent, amour, solitude
29 mai 2007
Sans toit ni loi
Trame sonore : La vie Visa, Guy-Philippe Wells Sous le soleil des premières heures du jour, je coupe par la ruelle. Un garçon de sept-huit ans pousse du pied un ballon de soccer. Il zigzague sur le bitume rapiécé en fonçant vers moi. Au dernier moment, il bifurque et m’évite. Je souris. J’aimerais tellement retrouver son insouciance. Il y a parfois de ces nuits où les rêves vous secouent par les épaules. Les impressions floues deviennent alors plus claires. Le constat de mon inconscient est implacable. Mes derniers mois se résument comme une formule mathématique, et le résultat est nul. Je suis un as des chiffres ; À l’université, j’ai coulé trois fois un cours de méthode quantitative. On me dit de laisser aller les choses, de prendre la vie du bon côté, de m’amuser. Je suis tenté. Je ne réfléchis pas. Je plonge. Flamboiement de rêves. Électrochocs des peaux. Viva la vie. Je frôle les étoiles. Je passe automatiquement en mode générosité. Je me donne tout entier, je donne et je donne un peu plus. Et si je me sens un peu vidé, je donne juste un peu plus, pour la luck. Pendant que je cours les entrevues d’embauche, pendant que je joue les positifs de service, des fourmis ont découvert les miettes de muffins qui sont restées sur le comptoir de ma cuisine. Elles ont envoyé des émissaires dans toutes les pièces de mon appartement. Je sais bien qu’elles sont inoffensives, mais elles s’immiscent partout comme mes soucis d’argent. Et ce n’est pas trop agréable de les voir me frôler les orteils ou quadriller le plafond au-dessus de ma tête. C'est plus fort que moi, je tombe dans l'excès, il faut que je brille. J’offre le meilleur de moi-même. Mais tous les astres tournoient. Inéluctablement, la face cachée apparaît au grand jour. Un paysage de cratère et de blessures qui fait aussi partie de moi. Un peu inquiet, j'espère que l’on m’acceptera et que l’on me prendra comme je suis, que l’on me donnera à mon tour de l’intérêt, de la confiance ou tout au moins, le bénéfice du doute. Je prends le risque de prendre ma place. Mais je suis pris à mon propre jeu : j'ai choisis le rôle de celui qui donne. Il n’y a plus de place pour qui je suis. Alors que le vent tourne, la fourmi me regarde narquoise : « Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. » La journée de travail est terminée. Mes pas alourdis de fatigue résonnent dans l’escalier de béton. Je quitte l’entrepôt. En sortant, j’ouvre mon sac devant Chris, 19 ans, le responsable de la sécurité. À mon boulot, les sacs des employés sont fouillés chaque soir. Ça donne une idée de l’ambiance. Chris doit mesurer 7 pieds. Derrière, pectorauxs et épaules rebondis sous un t-shirt ajusté. Si j’avais le guts, je demanderais une fouille à nu. À peine entré chez moi, j’aperçois une fourmi. Elle court sur le plancher. Précipitation aveugle. Virage aléatoire. La bête noire envahit mon espace. Je balance le pied. L’insecte guerrier s’affaire avec indifférence. La semelle doublée d’acier s’abat sur l’exosquelette. Celle-ci ne survivra pas. Je revendique la souveraineté sur l’endroit. Un courriel de Visa m’annonce que ma demande de carte de crédit est acceptée. Ils acceptent vraiment n'importe qui ! Visa, ça va. Moi, ça va pas. Mes problèmes financiers sont remis à plus tard… La vie Visa, , Guy-Philippe Wells (Futur antérieur, 2005) Le titre de cette note fait référence au film d’Agnès Varda, Sans toit ni loi, 1985
22:50 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, bilan, rêves, travail, argent, fourmi







