12 juin 2006
Le bois dormant
« Séroconcordance, sérodiscordant, sérotriage », des mots cicatrisent sur l’écorce des saules. Vides de sens. Les troncs torturés s’enfuient au-dessus de la rive. Reste l’effroi qui rôde. Cette peur de transmettre la mort à celui qu’on aime. Le poids du silence que l’on s’obstine à porter. Une colère lancinante qu’on ne veut surtout pas partager, que l’on enferme dans une tour. J’ai été amoureux fou. J’aurais tant souhaité que cet amour soit pur et sans tache. N’était-ce qu’un rêve d’enfant-roi? Un excès d’arrogance? Un égoïsme de monstre?
La solitude est de l’amour qui dort, pesamment, bruyamment. J’ai souvent peur de ressembler à ces hommes que je croise parfois, en marchant pieds nus sur les branches. Des ogres pleureurs, des drags Carabosse. Hérissés et agrippés à la dureté du monde. J’ai peur de devenir comme eux moi qui suis déjà si peu fréquentable.
Le vent tombe dans la plaine. Abandonnant une tristesse uniforme et sans remous. Le ciel est immense, crème mordorée par la fin du jour. Quelques pincements d’inquiétudes s’éparpillent au hasard. Que deviendra-t-il? Que deviendra-t-elle? Que deviendrez-vous? Le fleuve joue les miroirs fades et les îles de Boucherville se referment sur leur pudeur ombreuse.
19:50 Publié dans Au sommet | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Gays et lesbiennes, séros et positifs



