10 novembre 2009

L'histoire d'une fièvre

Mon histoire, c’est l’histoire d’une fièvre. J’aime les sensations qui traversent le corps quand sa température augmente. 99,8 °F, 100,2 °F, 100,8 °F. Le vertige soudain. La tête qui tourne et le décor qui se met à valser, à petits pas, comme un vieillard. Expérimenter les drogues, ç’a toujours été contre mes principes. Je suis bien trop timoré. Alors, la fièvre me donne un aperçu de ce que j’aurais pu manquer. L’esprit plane et j’ai le droit d’être décousu, de sauter du coq à l'âne et de l’âne au coquelicot. J’ai le droit de rire tout seul et de ne plus rien prendre au sérieux. Je suis libre, pour un instant. Et je chante sous la douche.

Le médecin m’a dit que ce n’était pas la grippe dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais une bronchite ordinaire. J’ai des antibiotiques pour 5 jours. Ça me rassure de savoir, après ces longues journées d’inquiétude, accroché à mon thermomètre. Les jours suivants, je me suis senti comme si j’avais cent ans. Et il faut que je souligne que ça ne donnait pas envie de vieillir vieux. Les os lourds, la peau qui fait mal à chaque mouvement d’air, le souffle qui fuit. Mais les mécanismes de la vie ébranlaient déjà cet état de vieillesse prématurée. Je me sens maintenant comme si je revenais d’entre les morts. En novembre, c’est de saison. Des envies printanières (ou d’outre-tombe) s’éveillent dans mon ventre. C’est comme ce vent chaud au moment où tout le monde a fait son deuil de l’été. Depuis des mois, la pluie froide nous tient par le cœur et les foules ont abdiqué devant l’hiver.

Ce vent doucereux se moque des passants en soulevant les vêtements. Je traîne des traces de fièvre. C’est la flamme qui enflamme sans brûler. Juste assez pour que je m’émerveille. Je souris de voir le vent faire tourbillonner les feuilles sèches, devant mes pas sur le trottoir. Je laisse mes yeux courir à travers les branches de ces grands arbres tristes jusqu’aux étoiles d’un autre temps. Et dans ces moments-là que je me dis qu’écrire ne suffit pas. Je ne parviendrai jamais à mettre en mot le millième de ce qui s’offre à mes sens. C’est pour cela que je ne voudrais pas être seul. C’est pour cela que je voudrais être deux. Parce que vivre ça sans le partager n’a pas de sens. Je limite ma théorie foireuse à deux, tout simplement parce que c’est la limite de ma sociabilité. Au-delà, ça se complexifie et je me hérisse dès que ça se complique.

J’ai été cloué au lit le temps de la fièvre. Et j’ai reparlé au Grand. On ne s’est pas vu depuis mon retour de Barcelone. Comme toujours, on n’avait pas grand-chose à se dire, mais j’étais content, je ne sais pas pourquoi. J’avais pensé que ça n’arriverait plus. Au fond, on n’avait jamais eu beaucoup de choses en commun. Je pensais que la coupure serait définitive. Et puis, cet été, j’ai fait le vide autour de moi, sans trop comprendre pourquoi. Tous mes châteaux en Espagne sont effondrés. J’ai aussi parlé au téléphone, avec Louis. Louis dit que les gens sont des crocodiles, que chaque individu est prêt à bouffer son voisin dès qu’il réalise que c’est dans son intérêt. Il dit qu’il n’y a plus d’altruisme. De nos jours, c’est chacun pour soi. C’est son côté pessimiste. Je me demande s’il n’a pas raison. Moi, je l’écoute et je pense que je devrais apprendre à développer mon crocodile intérieur. J’ai assez fait l’agneau, ça explique pourquoi je me retrouve aujourd’hui à griller sur la broche.

La fièvre fractionne mon attention, m’oblige à ralentir le pas, à m’arrêter souvent pour rêver sans dormir. Elle abat avec fracas mon orgueil démesuré. Et je me retrouve tout petit, comme un enfant perdu dans le jardin d’Éden. Je demande de l’attention sans honte. Par moment aussi, je me fâche contre les cons, la connerie, contre les doubles contraintes qu’on m’impose au travail. Contre ma stupide docilité qui passe l’éponge pour en épargner d’autres, plus faibles encore. Je dois apprendre à mordre. Y arriverai-je ? Le travail me bouffe la vie parce que j’y suis accroc comme à l’héroïne. J’ai besoin qu’on ait besoin de moi, sinon je ne suis rien. C’est un défaut, mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est les cons qui en profitent et qui en abusent. Ces cons-là doivent avoir leurs places réservées dans mon karma, car ils reviennent régulièrement dans ma vie. Au travail, j’ai toujours au-dessus de ma tête une bande d’enfoirés, obsédés par leurs petites guerres de pouvoir et complètement déconnectés de la réalité, mais qui me pompent le jus comme si j’étais un puit de pétrole. Objectif : épuisement des ressources naturelles avant de partir à la conquête de nouveaux territoires. Au travail, dans l’équipe, il y a eu au cours des dernières semaines, une tentative de suicide, un départ en burn-out. Ça tombe comme des mouches. Et les cendres se déposent sur ma tête et mes épaules. Ça m’empêche de respirer. Pas une minute pour pleurer. Des crocodiles, je vous dis. Et moi je dois apprendre à mordre.

 

Note décousue écrite sous l’effet de la fièvre, il y a dans le texte plein d’emprunts à des chansons fiévreuses. Peut-être saurez-vous les retrouver ?

28 octobre 2009

Personne

- Tenir un blogue c'est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c'est rare, quelqu'un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n'ont pas d'amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l'on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n'a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t'es tellement gentil que t'en es insignifiant.

- En tout cas, au moins j'suis sûr d'avoir un bon karma !

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n'y a plus personne. Tout d'un coup. Personne.

Personne pour les câlins, pour les sourires moqueurs ou attendris. Personne pour me dire : allez, ça va aller, en m'obligeant à lever les yeux. Personne pour se taire et écouter mes mots maladroits. Personne pour passer des heures à boire du thé au jasmin à mes côtés. Parce que quand je les dis mes mots sont maladroits. Personne pour se taire en me tenant la main. Parce que je n'ai pas l'habitude de parler. Personne. Alors, j'écris un blogue. Je sais, c'est bancal, mais c'est toujours mieux que rien. Parce que parfois, la valise est pleine et qu'il n'y a personne.

19 octobre 2009

Blanc

Quand on cherche, on trouve... C’est un peu brutal. Mais c’est tout ce que j’ai trouvé pour me rassurer, au sortir du sommeil. Ce matin, je me suis éveillé empêtré dans un cauchemar, le ventre noué. Une seule idée, claire, blanche, devant mes yeux : Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, je n’ai pas de direction. Je ne sais pas non plus ce que je veux faire de ce blogue. Je dérive entre de longs espaces vides qui m’oppressent sans me sentir nulle part chez moi.

Je suis congestionné. Je pense que j’ai pris froid, hier, après la dernière course de la saison. Dans la file d’attente qui menait à la tente où l’on distribuait des collations, tout le monde toussotait, à cause du smog inhalé pendant l’épreuve. Je me battais pour éplucher une banane pas assez mûre quand j’ai réalisé que j’étais trempé et qu’il faisait très froid.

Dans l’après-midi, je suis allé rejoindre Louis pour visiter des ateliers d’artistes. Le soleil était doux et d’autant plus éclatant qu’il était rare ces derniers temps. J’éternuais sans arrêt. Ces Portes Ouvertes étaient organisées par le Centre Clark, un centre d’artistes dans le Mile-End. C’était intimidant d’entrer dans l’espace des créateurs et d’avoir le privilège de côtoyer des œuvres en gestation. Certaines d’entre elles ne verront peut-être jamais le jour. D’autres disparaîtront rapidement, emportées par des collectionneurs. D’autres enfin seront oubliés, elles accompagneront le créateur jusqu’à la fin de sa vie. Une des artistes qui m’a le plus fasciné était toute jeune. Elle nous a invité à voir son travail en nous avertissant qu’il ne s’agissait que d’esquisses. Elle traçait sur le papier de longs personnages en lignes claires. Des hommes et des femmes de la rue, imparfaits, gauches, qui avaient visiblement souffert et vécu. Elle louait ce petit coin d’atelier poussiéreux avec son frère depuis bientôt trois ans. Les deux premières années, elle n’avait presque rien produit, son espace était demeuré vide, et ses dessins, timidement consignés dans un carnet. Mais sans trop réfléchir elle a décidé de garder l’atelier et petit à petit d’apprivoiser la pièce. C’est cette espèce de détermination souterraine qui m’a fasciné chez elle. Elle a donné de l’importance à des gribouillis nés sur des bouts de papiers. Après une longue période de gestation, ceux-ci ont lentement pris de l’ampleur. Ils s’étalent désormais sur de grandes feuilles épinglées au mur. Elle voudrait maintenant leur offrir encore plus d’espace pour qu’ils puissent regarder le visiteur sur un pied d’égalité. Elle ne veut pas qu’on les observe passivement, comme un objet dans une galerie. Elle voudrait que le spectateur soit interpellé par eux, comme elle l’a été, elle-même.

Dans le rêve que j’ai fait, j’avance dans un des corridors pas très invitants de cet ancien bâtiment industriel. Des murs de béton troués de portes rouillées, de la sciure sur le plancher. Toutes les portes que j’essaie d’ouvrir sont verrouillées. Je cherche la lumière en suivant les faibles traces qu’elle laisse sur la poussière. J’ai du mal à respirer. Je vois cet homme que j’ai suivi plus tôt. Il est appuyé sur le cadre d’une porte qui donne sur une pièce ensoleillée. Il sourit. Je m’avance pour lui dire au revoir, je dois le quitter. Je veux en profiter pour le toucher, le serrer brièvement dans mes bras. Par automatisme ou par envie, l’étreinte devient une longue caresse lente. Nos corps sont immobiles alors que seules nos mains glissent. Je ferme les yeux. Puis nous sommes sur le sol du couloir avec la poussière. Mais je réalise que l’homme a disparu. Je me retrouve étendu contre une masse de chair blanche, informe, vaguement repoussante dont je ne sais que faire. Je lève les yeux, le soleil est parti, sans laisser de traces dans la poussière. Je manque d’air. Je m’éveille.

L’artiste que j’ai rencontrée s’appelle Amélie Saint-Amand, elle n’a pas de présence Web. Elle dessine dans un atelier au 5643 de la rue Clark.

16 octobre 2009

Fidèle

Le temps glisse. Il se contorsionne, se replie et s’élance. Je le regarde, inquiet, se transformer, enfler, presque s’immobiliser. Mais le compte à rebours ne s’arrête pas, je le sais. Les minutes, les secondes tombent l’une après l’autre et disparaissent entre les phases de la lune. Quatre mois se sont écoulés depuis que j’ai cessé de bloguer. 120 jours, 2 880 heures, 172 800 minutes, 10 368 000 secondes. Le côté technique, la complexité d’une nouvelle plate-forme et mon incompétence en la matière sont en cause.

Mais il y a surtout la tentation du silence, le besoin d’être un moment invisible, de chercher l’ombre en rasant les murs. Et quand l’envie de raconter me chatouille un coin de la tête, la page blanche me paraît une montagne, une masse impossible à entamer, un territoire vierge qu’il serait sacrilège de profaner. Mon orgueil me jette un air narquois dans le miroir. Mais la peur me tient par les ouïes.

Je réagis en nommant, en dressant des inventaires. Enligner mes craintes comme pour une inspection, une exécution. J’ai peur de n’avoir plus rien à dire, de retomber dans des ornières confortables et de ressasser de vieilles histoires. J’ai peur de me laisser emporter, de me prendre pour un autre, de me perdre, d’être « à côté de la track ». J’ai peur de décevoir, de m’affaler dans la médiocrité. J’ai peur du blocage, de l’extinction de voix, de la panne d’encre. J’ai peur des tsunamis, de la grippe espagnole, des tueurs en série. J’ai peur des ours polaires quand ils seront en colère et des morpions qui grouillent dans les bas-fonds de la ville.

Je m’appuie sur le plaisir ressenti pour m’aiguiller vers le vôtre. Il me paraît impossible de raconter les quatre derniers mois. L’idée de départ était de repartir à neuf, de toutes façons, pour prendre du recul, de la distance. J’ai beaucoup appris en écrivant un blogue pendant trois ans. Vous le connaissez peut-être, si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bien grave. Ce blogue-ci est encore en construction. Même la vision que j’en ai n’est pas tout à fait d’aplomb. Mais puisque quelques amis fidèles me talonnent, je me lancerai. J’ai besoin d’écrire. Quand je me glisse entre les lignes, j’ai l’impression de rentrer à la maison. Je m’abandonnerai en souhaitant que les mots me guident. Je m’appelle donc Kevin. Je suis un homme qui vient de basculer de l’autre côté de la quarantaine, le second versant de la vie. Je rêve d’avoir un amoureux, un chien, des géraniums, bref, une existence plate et nonchalante. Mais j’ai la fibre dramatique bien développée. J’ai goûté aux vertiges et ça me joue parfois des tours.

J’écris ce billet sur une pile de vieilles feuilles lignées, au fond d’un peep-show où je passe la soirée avec un infirmier et sa stagiaire. C’est une clinique de dépistage du VIH et des ITS qui se déplace d’un lieu à un autre, bars, saunas, peep-show. Je suis chargé de recruter des volontaires, de leur expliquer les tests et de répondre à leurs questions. Ce soir, il n’y a pratiquement personne. Heureusement, les mélodies joyeusement festives de Mika résonnent dans la pièce. Je suis entouré de boîtiers de films pornos ; de fantasmes, de flammes et de regard de cartons qui se veulent lubriques et provocateurs, ça explique les fautes de goût et de calculs. Voilà, c’est fait. La glace est brisée.

06 septembre 2009

Récolte d'automne

Le nouveau blogue est en chantier. Les travaux sont plus longs que prévu. Mais le tout devrait être prêt avant l’hiver. En attendant, je cours après ma vie et je croque dans l'été tardif. À bientôt...

04 avril 2009

Les livres et moi

« La tague littéraire : c'est plus intello qu'une tague ordinaire et ça se glisse bien dans une conversation de sous-sol. » Crispi et Jo ont lancé l’épidémie. Le beau Nitram me l’a refilé…

1. Coins cornés ou marque-page ?
Les deux, parfois en même temps. J’ai une collection de signet, mais ce n’est pas une religion.

2. Un livre en cadeau ?
C’est le cadeau idéal. En cas d’erreur, ça se refile bien à quelqu’un d’autres. En plus c’est facile à emballer.

3. Lis-tu dans ton bain ?
Quelques livres gondolés prouvent que j’ai tenté l’expérience. Des livres de pop-psycho américaine qui affirmaient la nécessité de se dorloter, de s’aimer soi-même et de dire « oui » à sa lumière intérieure. Je les ai mis au recyclage, depuis.

4. As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Oui, mais je ne sais pas si j’y arriverai un jour. Trop perfectionniste.

5. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

J’aime les plaisirs qui durent. Les œuvres longues permettent d’étoffer les personnages et de développer leurs nuances. J’ai pleuré en terminant la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman. Je ne voulais pas que ça finisse.

6. As-tu un livre-culte ?
Ado, c’était Bilbo le hobbit de Tolkien, pour la puissance d’évocation des descriptions. Ça été mon premier voyage entre les serres d’un aigle au-dessus des montagnes. Et mon premier repas de lapin cuit sur un feu de bois avec une gang de nains.
Puis, il y a eu La vagabonde de Colette, qui m’a donné envie d’écrire et d’aimer.
Et enfin, Une année à la campagne de Sue Hubbell, qui décrit, en quelque sorte, la vie dont je rêve pour mes vieux jours.

7. Aimes-tu relire ?
Oui, avec un peu de culpabilité : il y a tant de livres à lire. Si le livre est bien écrit, il me charmera encore. C’est un genre de test ultime.

8. Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livre qu’on a aimés ?

C’est comme rencontrer les lecteurs d’un blogue, très intimidants, mais il faut passer par-dessus la gêne.

9. Aimes-tu parler de tes lectures ?
C’est difficile. Il n’y a rien comme la rencontre des mots et d’un lecteur. Je vois ça comme de la promo.

10. Comment choisis-tu tes livres ?
Je suis à l’affût des critiques, des commentaires, des entrevues d’auteurs, sur le Web, à la radio, dans les journaux. Ensuite ça se passe sur les rayons, c’est l’objet livre qui m’interpelle : couleur, texture, format, texte de la couverture arrière. Et puis, je suis chauvin, les auteurs québécois ont toujours priorité.

11. Une lecture inavouable ?
Les nouveaux mecs de Ralph Konig, relues plusieurs fois.

12. Des endroits préférés pour lire ?

En hiver : entre une couette et un oreiller. En été : sous un arbre. Au printemps ou à l’automne, dans un train qui glisse sur une plaine. En juin prochain, les orteils dans le sable d’une plage de Barcelone.

13. Un livre idéal pour toi serait ?

Une histoire solide et complexe. Un texte qui m’accroche par tous les sens, qui va dans toutes les directions, du trivial au sublime, qui me surprend, me déroute et m’amène ailleurs. L’impression que l’auteur m’a offert une partie de lui.

14. Lire par-dessus l’épaule ?
Chaque matin, je snobe les camelots qui distribuent les journaux gratuits. (Les journaux gratuits, c’est pas écolo. Et puis des journalistes, ça se paye.) Une fois dans le train, je ne peux m’empêcher de zieuter les potins sur les blondes fadasses d’Hollywood.

15. Télé, jeux vidéo ou livres ?

Le livre termine ma journée, c’est un rituel intime, rassurant, qui me met en lien avec des générations de lecteurs et d’écrivains. Sur une île déserte, perdu en forêt, ou pendant une panne d’électricité, rien ne bat un livre. Le Web a supplanté la télévision et les jeux vidéo ne m’intéressent pas.

16. Lire et manger ?
J’ai des livres tachés qui en font foi : Je suis gaffeur. En mangeant, je me contente de journaux, de magazines ou bien de livres de cuisine qui portent déjà la marque de l’huile d’olive, de la moutarde de Dijon ou du beurre d'arachide.

17. Lecture en musique, en silence, peu importe ?

Avec les bruits de la ville, de la campagne ou de la mer en fond sonore. S’il y a de la musique, elle doit être assez neutre et dénuée de mots.

18. Lire un livre électronique ?
Il faudrait vraiment que je sois mal pris. J’ai besoin de l’objet de papier, avec sa texture, son volume et son poids, qui lui donne une personnalité. J’ai besoin du contact tactile. J’aime la liberté de sauter un passage, de choisir une page au hasard, d’un seul geste.

19. Le livre vous tombe des mains, aller jusqu’au bout ou pas ?
Ça dépend des livres et des périodes de ma vie. J’ai abandonné L’assommoir de Zola et Soifs de Marie-Claire Blais. Ils dorment dans ma bibliothèque. Lignes de faille de Nancy Huston m’a donné du fil à retordre. Après trois essais, je suis venu à bout à m’accrocher aux personnages. Et ça en valait vraiment la peine !

20. Qu’arrive-t-il à la page 100 ?

On ne le sait jamais, c’est ce qui fait le plaisir d’un bon livre. Mais si je n’ai pas été harponné à la page 100, le pronostic n’est pas bon.

21. Un livre que tu donnerais à ton pire ennemi ?
Le secret, ça pourrait changer sa vie ! ;-) (J’en ai un exemplaire à donner.)

Je donne la tag à Eva sur son divan, à Patrick, Marc et à Kitty, ainsi qu'à tous ceux qui en ont envie !

28 février 2009

Changer de blogue II

Quand je me suis mis à penser à un nouveau blogue, je me suis rapidement retrouvé devant un dilemme. Est-ce que je veux un carnet totalement anonyme, où je pourrai écrire sans aucune censure ? Ou est-ce que je veux me mettre de l’avant en tant qu’auteur, en signant les textes de mon propre nom ? Je voudrais que l’écriture prenne plus de place dans ma vie. Je sais désormais que le blogging me permet d’avancer dans cette direction. J’aurais tout avantage à signer mes textes et même à me servir du blogue comme d’une carte de visite. Mais en même temps, toute vérité n’est pas bonne à dire. Et l’écriture de ces carnets m’a causé quelques problèmes au cours des dernières années.

Lorsque j’écris ici, je raconte des faits réels. Mais il m’arrive d’exagérer pour mieux illustrer mes réactions, ou de changer l’ordre des évènements pour améliorer la montée dramatique, ou encore de choisir ce que je raconte. Bref, je fais du montage sur ma propre vie pour la rendre plus intéressante. On ne peut faire autrement dès que l’on raconte quoi que ce soit. Je transforme la réalité pour aller vers plus de sincérité. Parce que la sincérité, c’est ce qui me fait complètement accrocher quand je lis d’autres blogues. C’est la qualité primordiale d’un journal intime virtuel.

J’ai appris beaucoup en écrivant Amours, vertiges et chlorophylle. J’en suis arrivé à un compromis entre les deux options. Pour le nouveau blogue, je vais donc créer un personnage, mon double virtuel, avec une identité propre. J’écrirai toujours au « je ». (Le titre de ces carnets sera quelque chose dans le genre : La vie de ...) Et dans la section « à propos », je présenterai le concept et j’apparaîtrai en tant qu'auteur de ces carnet. Il y aura dans les billets une part de vérité et une part d’invention, difficile à départager. Parce que c’est le meilleur chemin que j’ai trouvé pour atteindre la sincérité. Le fait de créer un personnage va me libérer puisque je n’aurai de compte à rendre à personne. (Je pourrai écrire que mon patron est un parfait imbécile sans risques de poursuites judiciaires.) Et j’existerai moi-même, sous mon propre nom, de façon beaucoup plus concrète en tant qu’auteur. Dans ce jeu, les lecteurs seront mes complices. Il n’y aura pas de liens entre le prochain blogue et celui-ci. Je ne sais pas si cette solution fonctionnera, mais pour le moment, c’est vers quoi, je me dirige.

18 février 2009

Le vrai soleil

Quand j’ai commencé à écrire ce carnet, j’étais complètement emballé par le projet. J’étais enthousiaste devant toutes les possibilités d’échanges qui s’ouvraient à moi. J’étais également soulagé. Depuis des années, j’avais complètement cessé d’écrire. L’habitude du secret avait contaminé ma créativité. J’avais l’impression d’être tari.

Le début de ce blogue a coïncidé avec une période de renaissance dans ma vie. C’est, je crois, ce qui a donné beaucoup de souffle à mes premiers textes. Je m’étais donné comme défi d’écrire régulièrement pendant trois ans. Et j’avais fixé à avril 2009, la fin d’Amours, vertiges et chlorophylle. J’espérais avoir un dénouement à proposer aux lecteurs. Au cours des dernières années, j’ai souvent provoqué des évènements pour pouvoir les raconter ici. Le désir de ne pas décevoir mes quelques lecteurs m’a servi de motivation. C’est un peu pour eux que j’ai plongé dans certaines expériences et que j’ai dépassé quelques barrières.

Au fil du temps, l’écriture de ces carnets a pris beaucoup de place dans ma vie. Je n’ai pas pu résister à l’envie d’en parler autour de moi. Avec le bouche à oreille, de plus en plus de gens sont venus voir ce que j’écrivais ici, des amis, des ex, des membres de ma famille. Même à mon travail, des clients me font des remarques sur certains textes que j’ai écrits. Je fais désormais des contorsions pour dire ce que j’ai envie de dire, sans me mettre dans l’eau chaude. Je me censure constamment et c’est tout le contraire de ce que je voulais faire ici. Et puis ça donne parfois du grand n’importe quoi.

Mon ambition d’un dénouement : « Ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants » était franchement naïve. On ne contrôle pas tout dans la vie. Et je ne suis plus certain. Si cette finale m’intéresse réellement. La vie a plus à offrir que le paradis éternel assorti d’une famille nombreuse. Le meilleur des contes traditionnels, ce n’est pas la fin heureuse et stéréotypée, c’est le conte en lui-même. Ce blogue s’achèvera donc sur une fin ouverte, avec la possibilité d’un ailleurs.

Je continuerai d’écrire un journal qui sera réellement secret, du moins pour mon entourage. Ce blogue-ci prendra fin au printemps alors que je m’envolerai vers le soleil de l’Espagne. Et un nouveau blogue verra le jour au cours de l’été, après une période de repos. Je risque de perdre quelques lecteurs, mais c’est le prix à payer pour la liberté dont je veux disposer. Quand le nouveau blogue sera prêt, je me manifesterai sur la blogosphère. Je vais également établir une liste de personnes souhaitant recevoir par courriel l’adresse du nouveau site. Si vous désirez être informé des développements de ce projet, vous pouvez m’écrire ou simplement laisser un commentaire à l’une des dernières notes. Je me ferai un plaisir de vous tenir au courant, parce que vous avez joué un rôle essentiel dans ma vie.

Le titre de cette note fait référence à une chanson de Stéphane Venne qui a été utilisée comme thème musical pour la première mouture québécoise de Star Académie : Et c'est pas fini.

24 janvier 2009

Dire ou ne pas dire

La blogosphère a ces vagues. Et en écrivant ici, je m’y inscris, que je le veuille ou non. Même en me taisant, je prends partie : qui ne dit mot, consent. Depuis trois ans, certaines de ses vagues ont porté mon enthousiasme, d’autres m’ont secoué malgré mon indifférence. Quand j’ai été soulevé de plaisir, j’aurais aimé que ces instants s’éternisent. J’aurais voulu retenir des blogueurs qui ont choisi de se taire. Mais le Web se transforme perpétuellement. Il est vivant, c’est ce qui fait sa richesse et sa beauté. Et c’est une des raisons pour lesquelles je persiste.

Pourtant, je constate que sous le couvert de l’anonymat, l’être humain révèle ses côtés les plus noirs et les plus bas. Sous prétexte d’être intouchables, ou populaires certains blogueurs ne se gênent pas pour traîner des gens dans la boue. Et c’est cent fois pire dans les commentaires. Haine, hargne, envie, mesquinerie : caché derrière l’écran, l’internaute est prompt à la violence. Des mots publiés bombardent, poignardent, assassinent sans aucune retenue. Comme si les mots étaient innocents ! Par bonheur, il y a encore les livres.

Un procès se déroule actuellement à Montréal et fait saliver la blogosphère. Ce milliardaire (dont il ne faut pas dire le nom) est riche parce qu’il a réenchanté la vie de milliards de personnes. En les prenant sous son aile, il a permis à des artistes auparavant méprisés de faire rayonner la Belle province aux quatre coins du monde. Pendant des années, dans les gymnases, j’ai vu des étincelles enflammer les yeux des jeunes qu’il a inspirés. Il a ouvert la voie à des créateurs extraordinaires qui autrement auraient vécu dans la misère. Mais au Québec, on n’aime pas ceux qui réussissent. On les déteste ouvertement comme on déteste la culture en général et les intellectuels. Descendant de colons et de filles du Roy, on est né pour un petit pain et on crache sur les riches parce qu’ils sont riches. (En rêvant secrètement d’être riche soi-même, et instantanément de préférence.) Je regrette, mais la vie personnelle des gens riches et célèbres ne regarde qu’eux-même, peu importe leurs frasques. J’ai un vague mépris pour ceux qui surfent sur cette vague et qui nourrissent la haine pour ce faire du capital de sympathie.

09 janvier 2009

Le voisin IV

En me rendant au stade ce jour-là, je ne me doutais pas qu’un mystère allait partir en fumée. Un rhume court dans les parages et je me suis dit que de suer un bon coup allait faire sortir le méchant. Un peu de tapis roulant puis, les poids libres. Je suis seul, entre le miroir et le bench press poussiéreux, mais je me sens à ma place. Les Monsieurs Muscles ne m’impressionnent plus. J’en étais aux épaules quand le grand se pointe dans le miroir avec son outfit de sportif. Il a quelque chose à me raconter.

— T’sais ton voisin, là... (Devant son petit sourire satisfait, j’ai déjà un doute.) Je l’connais... (Dans la bouche du grand, « connaître » est un euphémisme, ce qu’il se fait un plaisir de me confirmer.)... J’ai déjà baisé avec.
Fuck ! Soufflé, d’un seul coup, le savant château de cartes que j’avais édifié. Évanoui, le mystère. La grosse réalité plate vient de s’effoirer dessus.
— Et puis, je peux te dire que...
— Too Much Information ! J’ai pas besoin des détails. (Je me concentre sur les développés cubains, l’alignement de l’épaule, le rythme.) Tu vas le revoir ?
— Non, i’ est un peu weirdo, pis en plus, i’ fume comme une cheminée. (Aux dernières nouvelles, le grand fumait lui aussi jusqu’à hier.) Mais tu sais-tu quoi ? T’étais là ce soir-là !
— Comment ça ?
— Tes lumières étaient allumées quand je suis arrivé, pis elles étaient fermées quand j’suis parti. (Je ne sais pas pourquoi, j’espère que j’étais sorti à ce moment-là. Il a un grand sourire, fier de son coup.)
— Pfff. En tout cas, vous avez été discret...

Je sais bien, Montréal n’est qu’un gros village. Si, sur la planète, tous les êtres humains ne sont séparés que par 6 degrés de séparation. Dans les environs, ça se limite à 2-3. J’ai un bon voisin, c’est ce qui compte. Discret et silencieux. Toutes mes hypothèses à son sujet se sont avérées rigoureusement exactes. (Que j’en voie pas un se moquer de mon flair ! Mitsou et Céline, ça ne trompe pas.) Maintenant que le mystère est levé, il me faudra trouver d’autres sources d’inspiration...


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