12 décembre 2007
Nuageux avec éclaircie
J’ai du travail par-dessus la tête alors pourquoi ne pas perdre mon temps à bricoler une note parlée ? Ça m’amuse. Ne vous moquez pas de mes talents de mixeur !
Une chute de 20 CD4, rien d’important, a dit le médecin, le ratio entre CD4 et CD8 s’est amélioré. Rien d’important pour lui, oui ! Pas pour moi. Et puis ces histoires de ratio, j’y comprends rien. Tout ce que je sais c’est que, si jamais la baisse perdure, je pourrais retomber très vite où j’étais il y a deux ans : en dessous de 50. J’avais trouvé une étude sur le Web qui disait qu’avec ce taux de CD4, le pronostic était de 50 % de chance de survie, dans les trois ans. Ces résultats proviennent d’un test que j’avais passé au mois de juin. À ce moment-là, j’étais totalement épuisé. C’est peut-être juste une mauvaise passe.
Et puis il y a les contrats qui ne se concrétisent pas. C’est fou le nombre de démarches qu’il faut faire pour si peu de résultats ! Il y a les remarques de ceux qui pensent que je suis en vacances parce que je ne fais pas du 9 à 5 dans un bureau. Qui me demande s’il me réveille quand il me téléphone à dix heures du matin. Je suis devant l’ordinateur depuis six heures ! J’accepte toutes les miettes de contrats qui s’offrent à moi. J’écris sur des sujets aussi passionnants que l’entretien des moteurs de tondeuses, les bordures à gazon en plastique et la moisissure du cyclamen. Il paraît qu’au printemps, un nouveau magazine horticole va être mis sur le marché au Québec. Alors que les deux magazines qui existent actuellement ont du mal à joindre les deux bouts. Ça, ça veut dire moins de revenus publicitaires et moins de ventes. Et pour moi, des piges moins fréquentes et moins payantes…
Toutes ces heures à geler sur les trottoirs, à attendre les autobus toujours en retard. Les chauffeurs antipathiques qui passent tout droit aux arrêts, qui conduisent comme s’ils étaient au volant d’un camion de bétail. Le service de métro interrompu une fois sur deux. Les décorations qui clignotent un peu partout pour nous rappeler de consommer. La musique de Noël me tombe sur les nerfs.
Puis, la sonnerie du téléphone… Il est deux heures. Qui ça peut bien être ? Je n’attends pas d’appel. Je fais tellement de demandes d’emploi que je les oublie, au fur et à mesure. C’est une voix de femme, je pense que je l’ai déjà entendu. Ça me revient, un CV que j’avais envoyé sans trop y croire. Elle me propose une entrevue, pour un poste de chargé de projet. Je serais responsable d’un programme pour reverdir les ruelles du Plateau Mont-Royal. La job de mes rêves. L’an passé, j’avais postulé pour un projet similaire, mais le poste était subventionné. Le fonctionnaire d’Emploi-Québec avait tranché : trop compétent, trop d’expérience : subvention refusée. Cette fois-ci, l’offre ne parlait pas d’admissibilité à un programme. Des fonds ont dû être débloqués quelque part. Qui sait ? C’est un contrat de six mois mais je suis habitué aux contrats de deux mois. Six mois, pour moi, c’est la stabilité !
Crédits :
Mésange à tête noire (Parus atricapillus) : Lang Elliot, NatureSound Studio
Musique : Cozy in the Rocket, Psapp
Téléphone : Sound Fishing.net
00:00 Publié dans Podcast | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, vih, résultats, musique, travail, stress
10 juillet 2007
L'imposteur
C'est complètement con mais ça m'amuse !
La brise du soir est douce quand elle glisse entre les branches des arbres, assommés de chaleur. Je marche. Je me concentre. Ouvre les épaules, bombe le torse, rentre le ventre, prend un air détendu, sûr de toi ! C’est essentiel. Laisse traîner ton regard dans tous les recoins. Sous les ceintures, surtout. Invente un regard brûlant, un désir carnassier, joueur. Souris ! Ne pas oublier de sourire, juste un peu.
J’ajuste ma ceinture. Je descends la taille. (Non, mais, faut bien que le travail paraisse.) Toutes ces heures passées à me faire escalader par des fourmis, dans le gazon jaune, en espérant que le soleil daigne bien me colorer un peu. Et toutes ces contorsions devant le miroir pour me clipper le poil bien égal. Juste une petite ligne en dessous du nombril, le chemin du bonheur, qu’on appelle. La jungle amazonienne, c’est complètement « out ». Et tous ce chocolat, ces desserts, ces gâteaux que je me suis empêché de manger pour pouvoir être à l’aise dans ces tailles basses. Et ces dix-neuf mille séries de « développés cubains » pour m’arrondir les épaules et voir la petite veine qui ressort. Et chaque midi, ce V8 à saveur de vomi que j’ingurgite en grimaçant. Mmm ! Oui des bons légumes !
Le voilà qui passe. Le reconnaître, le saisir puis le fusiller du regard. Imaginer les flammes qui me dévorent de l’intérieur. Le déshabiller des yeux de façon… brutale. Les coutures qui craquent, les boutons propulsés dans les coins du plafond, la peau chauffée par le passage trop rapide du coton. Le culbuter en esprit. Sentir le sang qui palpite au bout de mes doigts, enfin, entrouvrir la bouche en aspirant. Eh non, je ne dis pas tout. Imposteur un jour, imposteur toujours. Qui m'aime me suive, mais préférablement, sans être dupe.
Puis dès que la porte se referme derrière nous. Dès que je sais la chaleur de son cou, le goût de sa peau, celui de sa langue et même un peu plus. J’ai la gueule qui part. J’ai beau me retenir, c’est plus fort que moi ! Je souris, un peu gêné. — « C’est… c’est quoi ton nom ? Tu viens d’où ? Depuis quand ? Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Pourquoi ? Comment ? Tu lis quoi ? Pourquoi ? Mais encore ?… » J’ai bien quelques secondes de culpabilité. Je me dis que ce n’est pas correct de draguer les gars en leur laissant l’impression que je suis une bombe sexuelle et ensuite m’asseoir à leurs côtés et me mettre à jacasser, sans arrêt. Je ne peux pas m’empêcher de dire : — « Je suis vraiment désolé. » quand je les vois froncer les sourcils. Un jour, il y en a un qui va me lancer : — « T’sais, si c’est juste pour parler, il existe des salons de thé pour ça. » Bla bla bla.
Crédits :
- Musique : Time to get your lovin’, Éric Serra et Vanessa Paradis, Atlantis (1991)
- Bruitage : Sound-Fishing.net et original V8 de Campbell’s
00:02 Publié dans Podcast | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, musique, son, ville, séduction, imposteur
03 juin 2007
Épuisé
(oui, oui, Jonas, il faut cliquer !)
Les heures cascadent, des premières lueurs du jour jusqu’à tard dans la nuit. Balises grises, respirations rêches. Toujours cette peur qui m’accompagne. Elle est la seule à être toujours auprès de moi. La seule sur qui je peux toujours compter. Bien que je m’entraîne à sourire. Que je lance constamment mon imagination à l’assaut d’un bonheur éventuel. J’ai parfois le souffle lourd et le regard flou. Plus tard, je sais, je pourrais être fier. Maintenant, je ne suis qu’épuisé.
Je les cherche des yeux, parmi la foule. Les anges qui croiseront ma route pour un instant toujours trop court. Trop court comme cette route. Trop court comme cette nuit passée à tourner dans mon lit. Avant qu’un nouveau jour n’apparaisse, les derniers noctambules rentrent enfin dormir. Les arbres portent encore les frissons de la nuit. Dans l’aube bleue, la flûte du merle d’Amérique résonne comme sous les voûtes d’une cathédrale.
Crédits :
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