20 novembre 2006

Babil II : Lendemain de veille



Je suis seul au Parking, GP a choisi d’aller dormir. Il n’est pas minuit. Dans la section Night-club, les salles sont presque vides. Des rayons de lumières tranchent l’espace artificiellement enfumé. Une black Label, s’il te plaît. Je scrute l’obscurité en tétant le goulot. Un homme danse seul au milieu de la piste de danse, une casquette militaire sur la tête. Il est beau à voir. Les pulsations me secouent le corps, le bar se remplit peu à peu. J’entre dans la danse des regards, dans le jeu. Jeremy, Sébast, Andrew, Dan, Ben, Mike, Steeve, je connais les règles : positionner ses pions, prévoir les stratégies de l’adversaire, évaluer les occasions qui s’offrent, miser sans attendre. Il fait sombre, l’odeur de la bière se mêle à celle des parfums pour homme. Des sourires en coin, des coups d'œil échappés vers le bas, le frôlement des corps qui circulent. Les secousses de la musique qui s’enroule autour de la colonne. Le DJ marie les styles et les époques, j’accroche au refrain d’une chanson d’Anything but the girl, 1994, que je murmure du bout des lèvres. « And I miss you, like the desert miss the rain » On ne s’entend pas. J’ai la tête qui tourne un peu. J’en suis à la sixième bouteille.
— « Moi c’est Pierre-Yves. »
— « Pierre comment ? »
… Ta gueule, embrasse-moi.

Je descends dans la section garage, au sous-sol, plus rock, plus hard. Je regarde les danseurs, les regards voilés par la testostérone, les images pornographiques qui défilent. Il me lance un regard au fond des yeux. Des épaules larges, crâne rasé, une micro barbe, rousse comme dans le conte, yeux pers. Il a l’air doux. Je l’écoute en souriant. Je me dis que les compliments, c’est pas sa force. Ma main remonte sous son t-shirt.

J’entre chez lui. Je reconnais le bâtiment, l’appartement. —« Ton coloc s’appellerait pas Bernard ? » Bernard c’est le meilleur ami d’un ami. Ils sont effectivement colocataires. Je suis déjà venu ici quelquefois. Le monde est petit et Bernard arrive, justement. Je suis gêné d’être chez lui. Il me regarde et n’arrête pas de sourire. Demain matin, tous nos amis communs vont savoir que j’ai passé la nuit ici. Le rouquin a disparu dans sa chambre. Bernard me demande si je veux quelque chose à boire. Je décline : « non, ben, j’vais aller le rejoindre, hein ? » Il rit.
Je referme la porte derrière moi. Nous roulons sur le matelas. Plus tard je m’endors emmêlé dans sa chaleur. Le lendemain, je me sauve, j’ai rendez-vous au Réveil-matin à midi. Le ciel est gris et il fait vraiment très froid.

Dimanche après-midi, je suis étendu sur mon lit. J’ouvre les yeux. C’est le jour ou la nuit ? Je ne suis même pas abimé de la veille, je m’endurcis. Mais j’ai le vertige face au vide qui se déploie devant moi. Si j’étais un objet, j’aurais été fait en Chine. Je serais jetable après usage. J’aurais dans le dos un tableau de valeur nutritive : riche en fibre, excellente source de vitamine A, faible en gras saturé. Comme n’importe quelle pièce de viande, on devrait m’apposer une date d’expiration. Une mention : À consommer dans les six heures suivant la fermeture des bars. Ma valeur s’exprime en chiffres, se transige, se dévalue, inexorablement. Au suivant !

Je saute si facilement dans ce jeu où il y a peu d’élus. J’ai pas toujours les reins assez solides pour rester humain dans tout ça. Pas de cocaïne, de crystal ou d’ectasy pour me mettre en abîme. J’oublie que le jeu n’est qu’un jeu. Alors le vide, je le reçois en pleine figure. Je veux plus jouer. Je veux descendre.

Sur mon t-shirt les traces du parfum d’un autre, dans ma main gauche une odeur de sexe. (Je me renifle constamment la paume) Sur la table un reste de pizza, un numéro de téléphone griffonné au dos d’un flyer, une adresse hotmail. À des milliards d’années-lumière de mon corps fatigué, un rêve file comme une sonde. Sans savoir s’il y a de la vie quelque part ailleurs, sans savoir ce qu’il aura derrière les nébuleuses. J’imagine un témoin lumineux qui clignote dans le froid et le silence. Seul devant l’écran, j’écris cette note.

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07 août 2006

Non, je suis pas fâché.

J’ai dormi chez FX, l’autre soir. Dans son grand lit de plumes, son appartement climatisé. Un orage a traversé le ciel de la ville. La pluie tombait comme des cordes, avec violence. Il y avait comme une brume iridescente au-dessus de l’asphalte. Des rigoles serpentaient entre le trottoir et la rue, en se prenant pour l’Amazone. J’ai dormi d’un sommeil léger, entrecoupé d’éveils en sursaut, comme je dors depuis six mois. Au matin, il s’est levé pour aller travailler et pendant qu’il se préparait, je me suis enroulé dans les draps. Il est parti et je me suis laissé glisser dans un sommeil profond. J’avais la tête encombrée des problèmes du boulot et le cauchemar est entré par la porte entrouverte.

Mon patron était absent. Il me laissait sous la garde d’un homme dans la cinquantaine qui n’avait pour fonction que de me surveiller. Il m’avait dit que si je m’en allais, il avait une carabine et il me tirerait dans les pieds, juste pour me faire peur. Suit une histoire de poursuite où l’homme me prend en chasse avec des complices armés de harpons. Ils sont partout dans la ville. Je fais le 911, les policiers trouvent mon histoire invraisemblable. Je fuis, en courant, en nageant, en glissant sur les rampes d’escalier. Je m’éveille au bout d’un moment, le souffle court. L’adrénaline qui cavale à fleur de peau. Je sais ; ce n’est qu’un cauchemar, probablement dû aux médicaments. Je sais que l’atmosphère d’horreur devrait de dissiper dans un moment. Le chat de FX me regarde et file se cacher sous la table. J’ai lu beaucoup sur les rêves et les cauchemars, Jung, Patricia Garfield, je sais qu’il faut les confronter, les prendre de front, ouvrir un dialogue. Je sens que l’angoisse s’estompe peu à peu. Je ne veux pas rentrer chez moi, pas tout de suite. Je bois un verre de jus d’orange, un bol de Mini-wheat; un côté givré, un côté nutritif. Ça va un peu mieux...

FX m'a donné un capteur de rêve. Il y a très longtemps, une grande araignée a enseigné à un jeune Amérindien comment tendre une toile sur un cercle de saule pour prendre au piège les cauchemars. Au centre de la toile, une bille de verre fait rebondir la lumière et attire le mauvais rêve. Ce dernier se prend dans la toile et tombe sur le sol, inanimé. Les rêves lumineux ne se laissent pas duper par la perle. Je l'ai installé au-dessus de mon lit.

Je ne revois pas FX, ce soir. Il voit quelqu’un d’autre. Et encore un autre, le lendemain. C’était l’entente. Fâché ? Non. Peut-être déçu. Pourquoi, j’aurais le droit d’être en colère. Fuckfriend, le mot est laid comme une insulte. Les choses sont dites, classées. Les sentiments soupesés. On est quitte. On peut passer aux choses sérieuses.


Moi qui pensais qu’en collant une étiquette sur un pot de confiture, les choses deviendraient simples et je serais moins perdu en ouvrant mes armoires. Les étiquettes ne tiennent pas sur la peau humaine, j’aurais dû le savoir. Pourtant, ça a l’air si facile, quand je regarde les gens dans la rue, quand je lis les blogues des autres. Chacun a son tag, chacun a son prix ; « Bonjour, je m’appelle… » Ami, amant, mari ou amoureux, métrosexuel, übersexuel ou allosexuel. Je l’ai lu dans Elle : Je suis coq de terre ascendant potiche ; tout est réglé. Dans un sex-shop, j’ai vu des étiquettes en métal que l’on porte dans le cou, au bout d’une chaîne : top, bottom, cub. (Ah oui, chéri, scanne-moi le code barre ! Passe-moi le lecteur optique, grr… han !) Tout le monde suit bien sagement sa voie sur l’autoroute qui mène au bonheur à l’américaine. De grands panneaux verts indiquent la direction : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Moi j’ai dérapé, j’ai pris le champ. Je regarde la route. Je renifle avec envie les vapeurs d’essence. J’ai beau marcher sur la voie de service, il n’y a pas de bretelle d’accès. Que des friches avec quelques vaches qui mâchouillent du vieux maïs en me fixant d’un œil méfiant. Je n’en veux pas de votre maïs. Je grogne et je montre les dents. Des baraques éventrées, oubliées par le progrès, tombent lentement en poussière en grinçant. Je vais jusqu’au prochain viaduc et je verrai. Rien à voir ? Au suivant.

J’ai le besoin maladif de séduire. Toujours ce besoin de sentir un pouvoir sur les hommes. J’en suis insatiable. Je joue les indifférents, mais je m’enflamme intérieurement à chaque regard qui balaie mon corps, à chaque coup d'œil qui tente de me crocheter le fond des yeux. Flattez-moi, je n’en ai jamais assez. Remarquez mes cheveux, mes épaules, mes mollets. La bière est bonne, surtout la cinquième et la sixième. Au Stud, il y a une odeur étrange. Je regarde la piste de danse et je le cherche, lui, le prochain El Magnifico. Il vient s’accouder au comptoir, à ma droite. Les bras noueux, de grands yeux et des lèvres affriolantes. Je me plante devant lui, me présente, l’élocution déjà chancelante. Je lui vole un baiser. J’ai la main droite dans son dos, la gauche serrée sur la bouteille. Il me dit son nom, me parle de son travail. Je ne me souviens plus.

Au Sky, la musique est bonne. Il contemple la foule des bellâtres qui s’agitent. Je regarde aussi, les yeux fixés sur une chute de rein. Environ 20 ans, châtain, petites lunettes, on voit l’élastique de son boxer noir. Il porte un polo, curieusement relevé sur son épaule, à demi nu, la peau parfaite. Je commande une autre bière. El Magnifico me dit qu’il revient dans 5 minutes. Moi, je me lance sur la piste de danse. Il y a un grand blond qui me fait un sourire en coin. Moi, je danse devant lui. Je l’agrippe par la ceinture. Et on se balance comme sur la Lambada, cuisses entre cuisses. Je le laisse s’éloigner au bout de mon bras, pour le contempler. Je glisse mes doigts sur son ventre. On bascule sur un divan. Il est saoul comme je suis saoul, il a un prénom italien, vient de Chicoutimi. Sur le coin de Sainte-Catherine, on s’empoigne et on s’embrasse sous une enseigne aux néons. On se fait dix mille promesses. Puis je le lance dans un taxi. Au Parking, il fait sombre.

Je marche pour rentrer chez moi, j’ai du mal à suivre le trottoir. Je m’arrête deux fois pour souffler, le front appuyé sur un poteau de téléphone. Je croise un grand latino sur Bordeaux. Il s’immobilise, fais demi-tour. Je me retourne, l’attends contre un arbre. De près, il est un peu moche. Les cheveux aux épaules, il a l’air d’un pirate. Sous son jean, il a des sous-vêtements rayés. Je dis : « J’ai pas l’air de t’énerver ben ben. » Il répond : « bah c’est la fatigue… puis c’est trop vite, y’a pas de sentiments. » Il s’éloigne. Je l’accroche par le bras : « t’sais c’est pas grave, prends soin de toi. » Qu’est-ce que je suis idiot ! Le soleil se lève, il ne reste rien de la nuit.

J’écris d’il en il, je vogue du coq à l’âne. Je ne peux me laver de cette langueur, de cette envie de chaleur sans fin, d’odeur épicée ou corsée. Sentir sous mes doigts, le brûlant de la soie, le rêche et le velours, le mouillé du plaisir. J’ai toujours le besoin de me perdre dans la peau d’un autre. Les sillons, les vallées, les versants. Disparaître, ne plus exister et tout oublier. Chaque seconde contre la peau d’un autre est une seconde gagnée. Resteras-tu ? … un peu ? Partiras-tu ? … déjà ? Oh, et puis merde. Je retourne sur mon accotement. Ça deviendra une habitude. Retrouver fidèlement les anges noirs de la route. Je mâcherai du maïs dur avec les vaches. Non, je suis pas fâché… Tabarnak.

20:45 Publié dans Carnets du corps | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, amour, fuckfriend

18 juillet 2006

Le Puceau

Je rentre du travail. Je marche dans la poussière. Des sauterelles aux cuisses fauves rebondissent devant moi en me fixant d’un œil torve. J’ai perdu le fil de mon histoire. Je crois qu’il a fondu. Quand les portes du métro se sont ouvertes ce soir, je suis resté collé au fond. J’essaie de ne pas trop penser pour ne pas provoquer de surchauffe. Je regarde les visages rouges et trempés et j’ai juste envie de déconner. Dehors, l’horizon s’est liquéfié.

C’est la nuit. Je pédale, au-dessus de l’asphalte brûlant. Au bout du boulevard, le mont Royal frissonne de fièvre. Je brûle les feux. Les rouges m’allument. les verts me narguent. Je sens la chaleur de l’acier des pare-chocs qui me frôlent la sandale. J’ai la carcasse qui plaît semble-t-il. La viande, sans plus. Mais ce soir, elle se fait secouer, la carcasse, par tous les nids de poules que je n’ai pas le temps d’éviter. Qui sait si je ne cours pas vers un crash ? Mais le vent me grise. La ville respire. J’ai balayé les bleus sous le tapis. Une goutte de sueur se balance au bout de mes cils. Je chauffe sa bécane. Je m’en vais le retrouver.

Je vois (non) Je fréquente (non) Je baise (...?) (les mots sont dangereux) un gars qui a une peur panique de faire naître chez moi des faux espoirs. Heureusement que les chemises de soie, ça glisse bien. Il m’a dit que je baise comme un puceau (!). Les mauvaises langues comprendront que je baise comme un pied. Mais je préfère le prendre comme un compliment. Ma libido était partie sur un nowhere sans donner de nouvelles pendant presque une année. Son retour même bancal est un phénomène festif. Je suis maladroit comme un ado, les angoisses de la puberté en moins. paqueté à exploser, hautement inflammable, incontrôlé. J’ai pourtant du vécu. Même si, paraît-il, ça ne se voit pas trop. Merci l’Oréal Men expert. Je vais sortir mes cartes d’identité, la prochaine fois que je croise un portier. Juste au cas. Je te jure, mon homme, je suis majeur! Bon, ok, je rêve. La foule court d’un climatiseur à un autre en se pressant pour ne pas trop cuire en chemin. Je roule mes manches puis je roule des épaules, la peau blanche comme la neige. À mon tour de défier le soleil. Un coureur aux allures de boxeur vient dans ma direction. Je révise mes notions de bouche-à-bouche au cas où il ferait un infarctus. Insolation. Coup de chaleur? Faut pas courir par un tel temps. Il me dépasse en plissant les yeux et fronçant les sourcils comme s’il retenait un orgasme.

J’aime bien la canicule, finalement. Ça me dilate les pores et ça me fait taire la cervelle. Il y a un fuzz dans l’air de la ville qui distord la réalité. L’été s’ouvre comme une fleur, psychédélique.

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06 juin 2006

Y. aux yeux pers

Retour au Stud. Les chaleurs des derniers jours se sont calmées quelque peu et c’est le premier vendredi où la cigarette est interdite dans les bars de la ville. Un attroupement de fumeurs s’est formé devant l’entrée. La clientèle du bar est assez bigarrée. Sans la fumée, les odeurs se révèlent. Observer la piste de danse me donne toujours le fou rire après un moment. Je remarque un latino, frisé, barbe de deux jours et regard sombre. Mais à l’évidence, Ricky Martin ne me porte aucun intérêt.

Une armoire à glace passe derrière moi et s’arrête net. je lui jette un œil, il me regarde et souris de ses yeux pers. Je m’avance vers lui et lance la conversation. Il est grand et idiot. C’est ce qui me charme tout de suite. Au premier baiser, je le mords à la joue. Il fallait le voir se tenir la joue en pleurnichant : « Mais tu m’as fait mal! ». Il a pris sa revanche. Il m’a soulevé au-dessus de lui. Je me sentais complètement ridicule au milieu du bar, les pieds dans le vide:« tu veux bien me poser, s’il te plaît? ». Plus tard dans la soirée, on est sorti prendre l’air enfumé devant le bar.
Sur le trottoir on discute, M. Muscle et moi, assis sur un banc, nos jambes emmêlées. Une voiture s’arrête au feu rouge. Pendant que madame à la crinière tricolore tient le volant, Monsieur Gino de service nous lance :« C’est beau l’amour! » Y. se met à aboyer : « Va-t-en chez vous ostie de 450! » puis me sourit en grognant virilement. Pourquoi suis-je charmé par la vulgarité. Est-ce l’effet des quatre minuscules Corona que j’ai bues? Où l’effet des vieilles limes périmées que le barman a enfoncées dans le goulot ?

(Aparté documentaire : 450 est l’indicatif régional de la banlieue de Montréal, un terme péjoratif pour décrire les petits couples standards qui habitent dans des bungalows. Les 450 se perdent fréquemment la nuit dans le village gai en essayant de prendre le pont Jacques-Cartier pour regagner la rive sud. La corona est une bière mexicaine contenant un fort pourcentage en eau. Servie avec de vieux quartiers de lime, elle confère à son buveur une odeur de favelas.)

Il est, il faut l’avouer, carrément moqueur. Il adore mes yeux et mon ventre. Mon ventre?!. Quel ventre? Soyons clair, je n’ai pas de ventre. Il adore encore plus ma réaction. Il doit rencontrer un ami à deux heure, pour un emploi de videur au Stéréo, un afterhours. Il a le physique de l’emploi. Le téléphone me réveille le lendemain matin. Il a travaillé toute la nuit. Il vient de terminer et s’en va se coucher. Avant de se mettre au lit, il fume une cigarette, avec moi, qu’il ajoute. Il n’est pas prêt à arrêter de fumer. Il me demande si je vais m’en accommoder. M’en accommoder…? Je ne l’ai pas demandé en mariage. Je lui ai juste donné mon numéro de téléphone un soir de beuverie.

Il tenait absolument à ce qu’on soupe ensemble ce soir. Je lui avais dit peut-être. Pourquoi donc ai-je l’envie d’y aller ? Juste parce que j’ai faim ? Qu’est-ce qui peut bien m’attirer chez lui ? Le fait qu’il s’accroche à moi aussi vite ? Son air de délinquant, d’adolescent attardé ? Je dois reconnaître qu’il est décapant d’honnêteté, drôle, à la limite séduisant. Son côté bum au cœur tendre ne me laisse pas indifférent. Et ça voix fêlée me donne des frissons. Peut-être une impression de protection, la vraie vie me fait si peur. Jusqu’ici, tout va bien : il est célibataire, hors du placard, il ne vit plus chez maman et il a plus de 30 ans. Il doit avoir un vice caché : stupidité véritable, toxicomanie ou trips sexuels bizarres. C’est peut-être un tueur en série. J’aime le trouble.

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26 mai 2006

Love and devotion II

Un coin de rue plus bas, dans un Bed & Breakfast. Une vaste chambre avec deux lits. Dave tombe dans le 2ieme. Je me lance sur lui en me mordant la lèvre. Mark vient nous rejoindre. Le poids des corps s’additionne. Les mains se baladent. Ma ceinture se détache. C’est à ce moment que je commets la première erreur. Je lance : — « I have to take a shower. »
Je sors de la douche vitrée, prend l’une des deux serviettes en me demandant à qui elle appartient. Puis j’ai un moment d’hésitation avant d’ouvrir la porte de la salle de bain. Qu’est-ce qui m’attend dans la chambre ? Devrais-je sortir rhabillé ? en serviette ? Sans ? Je ramasse mes vêtements, mets la serviette trop grande autour de ma taille. Dave est endormi sur le côté. Marc est assis sur l’autre lit. En camisole blanche immaculée, un slip signé, blanc et rouge. Il me dit quelque chose, son mari dort. Je m’assois à ses cotés, l’embrasse, la serviette s’enroule dans les draps. Ma langue s’accroche au coin de ses lèvres. Mes mains s’agrippent aux fesses.
Ma bouche descend vers le nombril. Une sensation de velcro me révèle un rasage récent. Il me retient. Je lève les yeux vers son visage :— « No ? » Il dit à voix basse — « Safe sex only. » Je souris. — « It’s perfect for me. » Je l’étreins, prend du recul pour mieux le voir — « Where’s your condoms? » Deuxième bourde : Ne pas avoir de condoms sur moi. Les préservatifs sont dans la voiture. Je lui demande de courir les chercher. Il rechigne. J’insiste. Il se lève. Troisième erreur qui allait tout gâcher. Je borde Dave qui dort toujours, et je m’étends tout contre lui. Ma main glisse de son bras jusqu’à son épaule. Mark trouve son trousseau de clefs. Dave s’éveille brusquement, me regarde en plissant les yeux, regarde Mark — « Where do you go? » Avec une voix où se mêlent la panique et le reproche, Dave s’adresse à son mari comme si je n’étais pas là. Il parle vite et je n’arrive pas à suivre. Il dit qu’il a un terrible mal de tête. Il reproche à Marc « to have sex with someone else » pendant qu’il dormait. Le ton que prend la discussion me donne envie de changer de lit. Mark répond par la négative avec un rire pas trop convaincant. À cet instant, il me rappelle mon ex quand il s’embrouillait dans ses mensonges. Je m’installe dans le lit d’à côté en soupirant. Je sens poindre une certaine colère. Mark s’est assis sur le bord du matelas, la tête dans les mains. Dave se retourne contre l’oreiller. Je n’ai pas saisi littéralement ce qu’il marmonne, mais c’est quelque chose comme « dis-lui de partir. » Il doit être 5h. Toutes mes envies se sont envolées depuis longtemps. Ne reste qu’un ardent désir de dormir. Mark : — « I’m really sorry ». J’ai un caractère bonasse qui est comme une maladie. Je dis que je comprends, que je vais partir, que c’est OK pour moi. Je me rhabille prestement devant Mark, l’air catastrophé. Je m’avance jusqu’à Dave le visage dans l’oreiller. Je l’embrasse dans le cou — « good nigt. » — « Sorry » qu’il me répond, sans se retourner. Mark vient me reconduire à la porte du B&B. Une certaine frustration sourd en moi quand j’essaie d’attacher mes souliers. Je lui donne un baiser rapide du bout des lèvres.

Je sors. Le ciel commence à pâlir et s’élève au-dessus de la ville. Mon portefeuille est vide. Pas question de prendre un taxi. J’ai assez dépensé cette nuit. De toute façon, marcher un peu va me faire du bien. Le fond de l’air est frais. Quelques hommes saouls errent sur le trottoir. Je traverse le quartier Hochelaga, toujours inquiétant à cette heure. Puis je marche sur Sherbrooke. Quand j’arrive chez moi, il est près de 5h30, le soleil est debout derrière le voile des nuages et les oiseaux pépient à pleine voix.

Épilogue
Le lendemain, au téléphone, M. me raille : « Je le savais que t’étais une briseuse de ménage ! » Je l’ai bien ri celle-là. Bon, ceux qui me lisent régulièrement doivent se dire. Y’aura-t-il une histoire qui aboutira un jour ? C’est aussi ce que je me dis. I’m really sorry. Ça arrivera bien en son temps. J’ai revu les deux Néo-brunswickois sur la rue le lendemain qui prenaient le soleil pendant une courte éclaircie. Ils avaient l’air réconcilié si il y en a que ça inquiète.

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25 mai 2006

Love and devotion

Le Stud. Un bar pour hommes, exclusivement. Des bears, des gars de cuir ; pilosité et virilité exacerbée sont à l’honneur. C’est un week-end de party à Montréal. Les bars gais de la ville débordent de touristes, en majorité des Américains. L’endroit est petit, sombre, mais chaleureux. L’ambiance, bon-enfant. Le deuxième étage plus funky est ouvert. Je ne peux pas m’empêcher de sourire quand j’entends des échos de mon adolescence. Mylène Farmer chante désenchantée. « Tout est chao-o-os… » Les rires fusent. Le parfum du houblon se mêle à celui du cuir. Il y a un homme qui danse, en jeans taille basse, avec une espèce de g-string qui dépasse. Pas le moment de me moquer. La testostérone est palpable dans l’air. Les regards volent bas. C’est l’endroit tout désigné pour mettre en pratique les conseils d’A. Personne dans un bar ne se positionne aux hasards, surveiller les œillades, et surtout, agir bien avant le last-call. Bien que tout ça soit vraiment peu subtil, il me suffit d’un taux d’alcoolémie relativement faible pour passer tout droit quand une occasion se présente. Un homme, sur la piste de danse, sort du lot. La trentaine. Demi-sourire, épaules larges qui roulent et se balancent. Des yeux rieurs, chevelure sombre. Un t-shirt noir et un derrière à tout casser. Il est avec un ami, un chum qui sait ? Plutôt joli, lui aussi. De toute façon, le beau Brummell est trop parfait. Il a l’air de s’amuser. Juste à le regarder s’agiter sur le rythme, je me mets à taper du pied.

D’abord, ouvrir les yeux. Radar : ouvert. Je garde les yeux accrochés à midi. Sur ma droite à 1h, un visage me fixe ; sans intérêt. À 10h, un grand maigre, l’air idiot. Quelque chose apparaît aux limites de mon champ visuel. Positionné à 7h. Il a mis sa bière sur le bout de comptoir devant moi. Il ne me regarde pas. Il tourne la tête dans la direction opposée, son bras frôle le mien. Se décolle, revient, le contact dure 1, 2 secondes. Je lui jette un œil, inquisiteur. Assez costaud. Cheveux très courts grisonnants. Un regard bleu sous de petites lunettes. Le visage un peu rond. La lèvre inférieure pleine et rebondie. Il bouge au rythme des violons disco. C’est lui qui dansait il y a quelques minutes avec le beau brun. Il me lance un regard d’une microseconde, une esquisse de sourire, plein d’assurance. Je fais un pas juste pour être tout près de lui. Je me répète mentalement : « C’est le moment : C’est dans le sac, j’ai avalé assez de bières pour obnubiler ma timidité. » Paraît que ce que l’on dit la première fois n’a pas d’importance, autant y aller simplement. – « Je m’appelle Pierre-Yves. » Il me regarde, l’air ahuri : —« …speak english? » Pourquoi faut-il que je tombe toujours sur des anglophones ? Peu m’importe. Je suis tout près, la main posée dans le bas de son dos. Je renonce à lui faire prononcer mon prénom et je bredouille en sortant mon anglais du dimanche. Juste assez pour lui faire comprendre que je me présente et que je lui demande s’il a un nom. Il sourit. Il s’appelle Mark. He comes from St-Johns, New-Brunswick. L’odeur de la mer. Question de ne pas trop perdre de temps, je lui demande si le gars avec lui est son Boyfriend. Il répond que non. — « He’s not my boyfriend…He’s my husband » Il me montre sa main avec l’alliance. Il lève le doigt indiquant la musique. Il récite les mots du refrain : —« …For love and devotion. » Je savais que le mariage entre conjoints de même sexe a été légalisé il y a quelques années au Canada, mais je n’avais jamais rencontré de maris. Une partie de moi me dit de ne pas aller plus loin. De ne pas expressément chercher les problèmes. Un couple. Marié en plus ! Ils se rejoignent, descendent l’escalier. Il a tout de même piqué ma curiosité, ou peut-être autre chose. Un threesome est un fantasme qui en vaut bien un autre. Je m’engage à mon tour dans l’escalier…

Je les trouve au premier. Lui appuyé sur le bar, lui dodelinant de la tête, juste à côté. Je souris en m’approchant — « Tu me présentes ton mari ? » Mark se place entre nous. Poignée de main vive. Dave est toujours secoué par la musique. Je le regarde. Il sourit. Je crois que de nous trois, c’est lui qui a bu le plus. Les enjeux sont clairs, c’est vers lui que je dois mettre les efforts, si je veux provoquer les évènements. Pas difficile, il est vraiment craquant, juste à laisser le bon temps rouler. Ma main est déjà sur son épaule. Lui ne cesse de danser mais sans aucunement s’éloigner. La méthode est primitive, mais a fait ses preuves. Il ne fait rien pour manifester son intérêt ni pour me faciliter la tâche. Un peu plus loin, Mark nous regarde l’air de dire « À toi de jouer. »

Je ne sais plus trop comment les échanges ont déboulé. À un certain moment, je suis même allé danser sur du mauvais techno. Sur la piste de danse, la sensualité de Dave attirait l’attention. Un grand gars lui tournait autour. Trois c’est OK, quatre c’est trop. Je le fusille du regard et je m’interpose sans subtilité. Une bière ou deux plus tard les dés sont jetés. Avec pudeur, j’embrasse l’oreille de Dave. Avec confiance, je caresse les reins de Mark. Avec appétit, j’empoigne la nuque de Dave. Avec ferveur, je serre Mark contre moi. Ils s’embrassent l’un l’autre, serais-je de trop ? Mark m’attrape par la taille et m’attire vers eux. Comme au milieu d’un caucus de football, trois fronts se posent l’un sur l’autre, les langues se cherchent. À la fermeture, dans la file pour le vestiaire, Dave est derrière moi. La tête appuyée dans le creux de mon épaule, sa main dans ma main, ses deux bras accrochés à ma taille. Quelques pas derrière, Mark nous regarde en souriant. Je crois que c’est gagné…

(À suivre)

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07 mai 2006

Sept fois Marc-Éric

Marc-Éric est un homme-enfant qui s’est perdu dans la ville. Un sourire désarmant lorsqu’il lève la tête au-dessus de l’eau du bain. La mousse dans ses cheveux qui fleurent la vanille. Des yeux verts qui vous transpercent comme une flèche dès que l’on s’intéresse à lui. Le jour, il travaille sur la construction. Marc-Éric est un vrai homme. Ses mains portent les cals de la perceuse et du marteau. Il fume du hasch en travaillant. Son boss le sait, il en rit, Marc-Éric est un employé plus performant quand il a fumé. Il affiche un sourire immuable et n’est pas trop à cheval sur la sécurité.

La nuit, il est escorte. Prostitué de luxe. Il se sent beau. Il connaît son pouvoir, autant sur les hommes que sur les femmes. Il est polyvalent et s’adapte à tous les désirs de ses clients. Tout a un prix chez Marc-Éric; il a toujours besoin d’argent. Il profite du faste, des plaisirs de la décadence, pour oublier les moments dégoûtants. Pour oublier la vie en général. Marc-Éric est inquiet. À trente ans, on lui a dit qu’il était trop vieux.

Les hommes défilent au-dessus de son corps à cœur de jour et de nuit. Abusant de son délirant besoin d’amour et de reconnaissance. Tous ces hommes ne regardent jamais au bord de ses yeux. Ils auraient le vertige. Ils verraient ce vide qui le torture à chaque instant. Marc-Éric prend sa revanche sur ce corps qui les attise. Des virées sur la cocaïne. Ses yeux sont alors désertés, son âme partie voir ailleurs où le monde est moins dur.

Marc-Éric habite à quelques rues de chez moi. Il ne porte pas ce nom. C’est l’ami d’un ami. Deux degrés de séparation. Il est passé devant moi sur le trottoir. Sa beauté est criante. Son regard vert a croisé le mien, comme une étoile filante. Je ne le connais pas, mais je l’aime bien. À l’entrée de la ruelle, des enfants crient en jouant une partie de hockey. L’un d’eux compte un but et élève les bras vers le ciel en riant.

13:30 Publié dans Carnets du corps | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne

28 avril 2006

Ange gardien

Dans l’entrée du Splash, au cœur de Chelsea. C’est une soirée spéciale. 10 $US de cover charge pour amasser des fonds pour la recherche sur le sida. L’entrée est encombrée, plusieurs hommes discutent sur le trottoir. Dans le hall sombre du bar, un gogo-boy se déhanche, les dollars accrochés à l’élastique de son slip. J’enchaîne les Corona, l'une après l’autre. Les vapeurs d’alcool me montent à la tête. Posté près d’une colonne de son, j’observe les danseurs. Devant moi, un groupe de filles sautillent en riant.

Un gars entre dans mon champ de vision, en jeans, torse nu. C’est d’abord un dos. Des omoplates qui se balancent. Les épaules qui se rapprochent. Quelques fines tâches de rousseur. Il me frôle. Il a trop bu, c’est peut-être involontaire. Il me frôle encore, plus lourdement. C’est volontaire! Je regarde le dos qui se cambre sur les premiers temps du techno. Les reflets de bronze qui courent sur sa peau. Je risque une main sur la taille. Remonte sur le ventre. La peau est douce. Il tourne la tête, fronce les sourcils, m’embrasse.

Des taches de lumières tournoient sur le sol. Je l’attrape par la ceinture, le tourne vers moi. La main dans le bas de son dos, je le serre contre moi pendant que mes lèvres s’accrochent aux siennes. On vire l’un sur l’autre, s’appuie sur la colonne de son. Les danseurs s’agitent sur la piste de danse. Le désir déferle avec violence sur nos deux corps emmêlés. Ma joue dérape sur sa tempe humide, ma langue roule derrière l’oreille et je le mords à la nuque. Il murmure quelques choses en anglais avec un accent nasillard, je ne comprends rien, je m’en fous. Je le presse contre la colonne de son. Je le soulève, les yeux fixés sur son ventre. L’encoche du nombril, la courbe du pectoral. J’effleure du nez le sternum en remontant vers l’épaule, mords à nouveau, le trapèze. Mes doigts glissent sous les jeans à la naissance des fesses.

De l’autre côté de la piste de danse, J. et D. s’ennuient. D’un commun accord, elles décident de rentrer à l’hôtel et se mettent à ma recherche dans l’obscurité du bar. Elles font le tour des deux étages sans me voir, elles traversent la salle. Quelques couples de gars s’embrassent. En passant près de l’un d’eux, elles me reconnaissent. S’arrêtent en souriant, se regardent. Plus tard, J. me racontera qu’elle attendait que je me calme, qu’elle n’osait pas me taper sur l’épaule. Elles s’éloignent en rigolant puis me voient arriver avec un grand sourire. — « Attendez-moi pas, je vais aller vous rejoindre un peu plus tard… »

Il doit être près de quatre heures, l’heure de la fermeture. Je monte l’escalier en revenant du vestiaire, le manteau sur le bras. Il est là, l’air concentré devant le guichet automatique ATM à l’entrée du bar. Il essaie sans grand succès de glisser sa carte bancaire dans la fente où elle doit entrer. L’alcool brouille sa vue. Ses gestes sont saccadés. Je guide sa main, reste près de lui, observe les gens qui quittent le bar. Avec méfiance, ceux qui passent trop près. Le t-shirt qui était accroché à sa ceinture a disparu, sûrement quelque part sur le plancher sombre. Pas envie de chercher. Il enfonce les billets verts dans sa poche. Je sais qu’il fait froid à l’extérieur. Mon chandail est assez chaud. Je lui mets mon coupe-vent bleu clair sur les épaules. Il enfile les manches en me souriant, attendrissant. Les taxis jaunes attendent en ligne à la sortie du bar. J’ouvre la portière arrière du premier. On se jette à l’intérieur. Le taxi lance son compteur et démarre. Le chauffeur nous regarde par le rétroviseur et demande la direction à prendre. Lui se prend le front, l’air de faire un grand effort : — « … give me time ». Il sort péniblement la carte magnétique de l’hôtel pour en lire le nom. — « Ritz Carlton » Il se met à houspiller le chauffeur qui aurait dû savoir où l’on allait. Je l’attrape par la nuque, lui serre le visage contre mon cou. Je souris au chauffeur.

En entrant dans la chambre dans la pénombre, il balance ses souliers d’un côté et de l’autre et se jette à plat ventre sur le lit, immense. J’arrache mes vêtements et les lance un à un sur un fauteuil. Je m’avance, lui saisit les pieds, tire sur les quelques vêtements qui lui restent. Il se tortille pour me faciliter la tâche. Les jeans tombent sur le tapis, je saute sur son corps et on roule sur l’édredon de coton blanc. Il murmure quelque chose toujours avec son accent singulier. Je ne comprends pas la plus grande partie du message sauf deux mots — « fuck me ». Le nez dans ses cheveux, je lui demande s’il a des condoms. Il grogne. Je demande à nouveau. J’insiste. Je regarde sur les tables de chevets, ouvre les tiroirs il marmonne — « you have to get it ». Je n’en ai pas, pas prévu le coup. Je ne saurais pas où trouver des condoms dans New York tard dans la nuit. Étreintes, caresses, french kiss ; pas de condoms ; pas question de pénétration. Pour moi, un peu ; pour lui, surtout. Il est là, offert, à ma merci. Il parle de façon incompréhensible. Il est fragile.

(Fragile, comme je l'étais le soir où j'ai contracté ce virus. Dès que je l'ai rencontré, je me suis transformé en pit-bull. J'aurais été prêt à tuer pour le protéger. Personne n'allait lui faire de mal...)

Peut-être à cause de la fatigue, ou de son état de veille qui semble s’altérer de plus en plus. J’enlève ses mains posées sur ma taille, le tourne sur le côté. Je prends ma voix la plus autoritaire. — « you have to sleep now. » Je l’embrasse sur la nuque, le maintient immobile en le serrant dans mes bras. Il soupire profondément puis, après quelques instants, se met à ronfler doucement. Je m’assois sur le lit à ses côtés. Je me demande ce qu’il a pris comme drogue. Sûrement quelque chose de fort, peut-être du Crystal Meth ou de l’Ecstasy douteuse. J’imagine ce qui arriverait s’il faisait une crise cardiaque. Je place ma main près de sa bouche, il respire régulièrement. Quelques heures de sommeil et il aura dégrisé. Le lit est vraiment grand et particulièrement confortable. Je le borde. Good night Johnny.

09:10 Publié dans Carnets du corps | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne