09 juillet 2008

Nouvelle vague

Je ne voulais pas l’écrire. Je préférais tout garder pour moi. Mais je le dois bien à ceux qui m’ont suivi jusqu’ici. Le beau Louis-Philippe est revenu rôder dans ma vie puis dans mes nuits. Encore une fois, j’ai choisi de ne pas trop réfléchir et je me suis laissé porter par la vague. La vie est trop courte pour tergiverser. C’est parfois bien utile un blogue pour retrouver le fil de l’histoire. Voici un collage des mots nés de notre rencontre.

Lui : Tu me bouleverses.
Moi : Je te quoi ?
Lui : Je choisis mal mes mots.
Moi : Ben non, oui, j’espère, enfin… tu choisis mal tes mots ?

(Pour Debbie, 15 avril 2007)

— « Ben voilà ! »
Jonas | 18 avril 2007
— « Toujours émouvantes l'amour que tu nous dis… Il a rappelé ? »
Jeanne | 16 avril 2007
— « Et ça arrive en même temps que l'été, les mecs en camisoles, musclés, bronzés. »
Nitram | 22 avril 2007

...En quelques nuits, un trop-plein de chaleur, de tendresse et de plaisir m’a ébranlé de l’intérieur. Les plaques tectoniques se remettent en mouvement sur mes vieilles blessures en fusion. Des failles qui remontent à l’enfance. Il m’a déclaré : « Je tiens à toi. » Tous les éclats de verre que j’avais balayés sous le tapis sont emportés et secoués dans tous les sens...
(Tsunami, 24 avril 2007)

...J’habite une toute petite île. Où il y a juste assez d’espace pour se dégourdir les jambes. Portées par les vagues, des noix de coco sont venues s’échouer sur la grève comme un souvenir du continent, un message dans une bouteille. Et les quelques cocotiers accrochés à la terre sont devenus mon paysage. Sur la plage, j’ai bâti des citadelles dans le sable avec des tours, des chemins de ronde et des canaux. Tout un monde de coquillages et de gravillons pour garder intacte l’image des villes que j’ai explorées, des pays que j’ai traversés... (Tsunami, 24 avril 2007)

...Chaque jour, j’ai harangué le ciel à coup de fumerolles fouettées par la brise. J’ai marqué par des traits sur la pierre chaque journée qui passait, pour ne pas me perdre dans le temps. Un matin, j’ai vu venir la vague. Un tsunami. J’étais fasciné par le mur d’eau bleue qui tremblait sur l’horizon. Je n’ai pas eu peur tout de suite. J’étais inconscient. Par bonheur, ma soif d’eau douce avait éteint ce qui me restait de crainte... (Tsunami, 24 avril 2007)

Bien sûr, il a rappelé. L’intensité c’est bien joli, mais ce n’est pas toujours facile à vivre. Deux grenades prêtes à exploser qui se croisent dans le ciel d'un champ de bataille. Rien ne serait simple.

...Quand j’ouvre les yeux le matin et que je suis seul, quand je devine le soleil à l’extérieur qui fait éclater les bourgeons, je suis habité par un drôle de sentiment... ...J’ai peur de la phrase de Gainsbourg : « L’amour physique est sans issue. » ou de celle de Ferré : « Il n’y a pas d’amour heureux. » Il y a toujours une faille, une face cachée... ...La peur de perdre demeure l’une des plus terrifiantes et personne ne pourra me rassurer. Bienvenue dans le monde réel...(Le côté obscur, 27 avril 2007)

— « Bienvenue en humanité, Pierre-Yves ! »
Shaggoo | 27 avril 2007

— « La grande victoire sur la vie, c'est peut-être cela : être lucide et parvenir à ne pas s'en rendre fou d'angoisse… »
Kitty78 | 29 avril 2007

Et puis un jour, ce fut trop : trop lourd, trop difficile à porter. Nous sommes partis chacun de notre côté. Rageusement, j’ai jeté sa brosse à dents à la poubelle.

...Je pourrais amasser tout l’argent que je peux et m’exiler dans un pays du Tiers-Monde. Un pays où la mer est transparente et où l’on se nourrit de fruits et de musique. Rien ne me retient ici sur cette île trop encrassée d’asphalte et de béton. Plus aucunes racines qui tiennent. Mais à quoi bon ? Je sais bien au fond que fuir ne me servirait à rien. On ne peut pas échapper à soi-même... (Lettre à Louis-Philippe, 26 mai 2007)

— « N'échappe-t-on pas un peu à soi-même quand on va vers l'autre ? »
Alcib | 26 mai 2007

Je me suis patiemment bâti des assises. De son côté, il a traversé des tempêtes. Puis un soir, la vie nous a fait tomber l’un sur l’autre. Et contre toute attente, les étincelles fusaient avec autant d’éclat quand nos regards se sont croisés. Même sentiment d’être transporté, un peu malgré moi. Même sentiment d’être extraordinaire dans son regard. Même douleur qui me tord le cœur quand il parle d’un autre. J’ai bien tenté de résister, il a fait de même. On était contrarié, et même terrorisé par moment. Mais je ne cherche plus le miroir turquoise d’un lagon des mers du sud. Je suis prêt pour les gros temps, les marées excessives, les longs jours gris qui succèdent aux heures de soleil.

Dimanche dernier, j’ai nagé dans l’eau fraîche de la rivière Ouareau à l’ombre de pins blancs immenses. J’ai joué tour à tour à lutter contre le courant puis à m’y abandonner. Puis j’ai laissé mon corps alourdi se gorger de soleil sur une pointe de sable. Le ciel était étincelant. Quand je tournais les yeux, j’apercevais sa tête sur mon épaule. Il souriait, les yeux fermés. Depuis, je me moque bien du paradis. La réalité s’obstine à ne pas cadrer dans mes histoires. Et au fond, je crois que c’est pour le mieux. Bien sûr, on est encore inquiets, on marche sur des œufs, la vie est toujours si fragile. Enfin, je dois laisser le clavier et sauter dans la douche. Dans quelques heures, il vient me retrouver...

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25 mars 2008

Sans un mot

Les premiers mots ont franchi tes lèvres
Dans une procession silencieuse
Des mots étouffés qui éclatent dans tes prunelles
Un jardin qui mûrit et qui fane
Dans une prison de verre, scintillante.

Mais rassure-toi, j’ai tout entendu
J’ai tâté chacune des faces de ton silence
Et la Terre qui tournoie a fait glisser les foules
Comme s’avancent les continents
Nos âmes en lambeaux, battus par le vent
Se croiseront bien un jour.

La pleine lune s’étalait, tache de crème entre les branches
Dans ce printemps glacé qui étreignait les promeneurs
Tu étais à portée de main, à portée de voix
J’ai posé la main sur ta paroi de verre
Ton sourire d’abord timide s’est étiré lentement
Comme pour répondre au silence de la lune.

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19 décembre 2007

La faute aux vagues

Je pars presque deux heures à l’avance. Ça vaut mieux. Depuis le matin, j’entends à la radio que la circulation est dans un état catastrophique. Et qu’il est préférable de prendre le métro. Too bad ! Il n’y a pas de stations de métro à proximité du bureau où se déroule l’entrevue. Il y a une piste cyclable, mais elle dort sous trois pieds de neige et je n’ai pas de skis, ni de raquettes.

9h35 : l’autobus devrait être là et il commence à faire froid. 10h00 : deux autobus auraient dû passer déjà et la rue est toujours déserte. Mais je respire, je garde le sourire, j’ai encore du temps devant moi. 10h30 : toujours rien. Si ça continue, je serai en retard. Un autobus s’approche sur l’autre coin de rue. Ce n’est pas la bonne ligne, mais elle est dans la bonne direction. Je m’élance en patinant sur la chaussée pour le rattraper.

La veille, le garçon du Gymnase m’a téléphoné, en fin de soirée, pour me souhaiter bonne nuit. Comme on ne pourra pas se voir avant Noël, il m’a envoyé des photos de lui devant la mer, à Percé, pour que je n’oublie pas son visage. Le sourire dans les yeux et les vagues en fond de scène. Mignon. Et j’ai l’imagination qui s’emballe. Il habite pas loin du bureau où je travaillerais. Ça serait plus facile de se voir. Il aime les voyages. Je nous imagine déjà quitter la ville. En campagne, sur une plage, dans un bed & breakfast du vieux-Québec ou à San Francisco. Les années qui passent, les anniversaires, les saisons. Et pourquoi pas deux vieillards qui prennent le soleil sur un sentier du parc Lafontaine, en promenant le chien…

J’ai une quinzaine de coins de rue à marcher et j’ai les pieds gelés. Le rez-de-chaussée de l’immeuble est occupé par un café. Je m’y arrête, pour remplacer mes vieux souliers de marche mouillés par des souliers propres. Je compose le numéro du poste sur le téléphone de l’entrée. C’est une femme avec un accent espagnol qui me répond : — « Je vais vous rejoindre. » Quelques minutes plus tard, une femme dans la quarantaine aux cheveux acajou entre dans le café. — « Vous n’avez pas eu mon message ? L’entrevue est annulée. Je vous ai pris un autre rendez-vous demain à quinze heures. C’est possible pour vous ? »

Peut-être que je souffre d’une forme de maniaco-dépression ultra rapide. En tout cas, mes fantasmes se dégonflent déjà. Retour brutal sur le plancher des vaches. Dans le fond, j’ai beau rêver, il n’y a rien de concret ni de réel entre lui et moi. On ne s’est parlé que quelques minutes au téléphone. Bien sûr, il est drôle, brillant, curieux, gentil. C’est sûrement un séducteur d’expérience. Je ne dois pas être le premier à qui il fait son numéro. Je ne le connais pas et je mange déjà dans sa main, quel con je suis. Et quand il apprendra peu à peu qui je suis, qui me dit qu’il ne déchantera pas ? J’entends déjà les mots : « je t’aime, bien. » ou « Tu sais, on pourrait rester des amis. » La madone se mettrait à hurler « I've heard it all before, I've seen it all before and I can't take it anymore » pourquoi cette histoire tournerait-elle mieux que les autres. Les histoires d’amour finissent mal, en général. Surtout les miennes.

J’étends mon manteau et mon pantalon au-dessus du bain pour qu’il sèche. J’allume l’ordinateur et je fais la tournée des sites d’emploi habituels. Et puis l’hiver ne fait que commencer. On est tous prisonniers d’un décembre qui va bien durer six mois.

« Adieu veau, vache, cochon, couvée… » Demain matin, je repasserai à nouveau ma chemise et mon pantalon. Et je repartirai peut-être sur un nouveau High. Je suis en amour avec l’amour. Et jusqu’à ce jour, la réalité ne fait pas le poids.

Emprunts :
La laitière et le pot au lait, Jean de la Fontaine
Les histoires d’A, Les Rita Mitsouko
Sorry, Madonna
Dans les yeux d’Émilie, Joe Dassin


Le titre de cette note est tiré d’un poème d’Isabelle Hurteau, une collègue talentueuse d’un cours de création littéraire au CÉGEP «…C’est la faute aux vagues, l’image est floue…»

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26 mai 2007

Lettre à Louis-Philippe

20h30 : Le ciel a le blues et il y a dans l’air comme une odeur de pluie. Je glisse ma main dans ma poche. J’y trouve des clés et un couteau. J’y serre quelques feuilles froissées où j’ai consigné ces mots.

Certaines des choses que tu m’as dites me restent en tête et font leur chemin. Contrairement à ce que tu crois, j’ai aimé ton dynamisme et tes excès. Ils m’ont fait un bien fou. Je t’ai trouvé à la fois drôle et touchant. J’ai aimé intensément les moments que nous avons passés ensemble. Je les ai aimés au point d’en avoir mal. J’ai aimé rencontrer les tiens, tes amis, ta famille. J’ai deviné à travers leurs yeux que tu étais quelqu’un de bien. Ta sœur a, dans le regard, le même côté frondeur et fragile. J’aurais voulu être à la hauteur de tous ces moments. Être souriant, fort, d’un optimisme à toute épreuve. Que tu sois fier de moi…

21h42 : Le tonnerre a grondé, mais l’orage est passé en vent. La chaleur lourde se dissipe. Je roule sur Sherbrooke. La grève des transports en commun est terminée, mais pour le moment, le vélo est plus fiable. Une sirène derrière moi me vrille soudain les tympans. En une seconde, l’adrénaline parcourt tout mon corps. Une ambulance me dépasse sur la gauche et s’éloigne devant moi. Je suis agrippé aux guidons et je ressens chaque défaut de la chaussée. Mentalement, j’aligne les mots pour ne pas perdre une seconde. La piste cyclable disparaît enfin dans le parc Maisonneuve. Et je passe de l’agitation de la circulation à une obscurité presque totale. J’ai dû mal à distinguer la piste sur le sol. Je file entre la masse sombre des bosquets. Je pédale d’un bon rythme. Il y a déjà eu plusieurs cas de gay bashing dans ce parc. Encore quelques coins de rue, et j’arriverai chez moi.

J’ai gardé le silence pour me protéger et pour te protéger. C’était maladroit et stupide. J’écris sur les sentiments, mais je ne sais ni les dire, ni les vivre. À travers les moments que nous avons vécus ensemble, j’ai découvert que j’étais un autre. Tu m’as ouvert la porte, c’est vrai. Mais c’était d’abord la porte de moi-même. Je t’en serai toujours reconnaissant. Nous venons de deux univers parallèles, c’est ce qui rendait notre rencontre unique et difficile. Tu as peut-être raison quand tu dis que j’ai encore bien des choses à régler avec moi-même avant de pouvoir être près de quelqu’un. Je me laisse porter par la vague, sans trop réfléchir…

13h30 : Le temps est plus frais et le soleil brille. Je garde dans ma poche ce carnet que je noircis méticuleusement à chaque seconde de liberté. J’ai eu un pincement au cœur quand j’ai servi un couple d’hommes qui préparaient un potager. Ils ont acheté trois plants de tomates, des Supersweets. Ils étaient deux, et moi je suis seul. Il me manque. Sa chaleur me manque. Son regard admiratif me manque. Sa confiance même chancelante me manque. Mais je passerai outre parce que je ne veux pas lui faire de mal. Je ne suis qu’un égaré. En ce moment, à chaque instant je me répète que tout ira mieux demain. Je n’ai qu’une obsession, c’est de passer au travers. Franchir la ligne qui me sépare du prochain jour.

Tu es dans le vrai quand tu dis que je vis dans une bulle. Cette bulle, je l’ai bâti pour traverser des moments horribles au cours des dernières années. J’en ai encore besoin aujourd’hui. Peut-être qu’elle me coupe du monde et m’enferme dans ma solitude. Mais pour le moment, elle est essentielle à ma survie et à mon équilibre. Je m’agrippe à elle pour ne pas couler. Et je sais que je dois le faire de toutes mes forces.

Tu m’as manqué dès la première seconde où tu es disparu dans la nuit. Je pleure, mais au même moment, je suis soulagé. Je n’en pouvais plus de porter ma vie à bout de bras et de faire constamment bonne figure. Même si, selon toi, je n’y arrivais pas vraiment. Tu as eu le courage de partir. Tu resteras quelqu’un d’important pour moi. Si on ne se revoit pas, je penserai souvent à toi, et je te souhaiterai du bonheur, de la tendresse et des rires…


17h55 : Le soleil bas allume la poussière. Je remonte la rue Beaubien. C’est un quartier que je ne connais pas. Des cafés italiens avec des hommes à l’air louche attablés devant des espressos. Ils fixent les passants d’un regard noir. Deux africaines en boubous noirs et dorés marchent lentement en riant. Ici, je suis un étranger. Rosemont n’a rien d’une montagne, mais je sens tout de même la pente dans mes mollets. Je pourrais amasser tout l’argent que je peux et m’exiler dans un pays du Tiers-Monde. Un pays où la mer est transparente et où l’on se nourrit de fruits et de musique. Rien ne me retient ici sur cette île trop encrassée d’asphalte et de béton. Plus aucunes racines qui tiennent. Mais à quoi bon ? Je sais bien au fond que fuir ne me servirait à rien. On ne peut pas échapper à soi-même.

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20 avril 2007

Entre le gris et le bleu

medium_elodie_Lachaud.jpg


« I love you + or – », Élodie Lachaud
Tirage photographique sur papier métal, diasec, aluminium et chassis, acrylique.
De l’exposition en ligne Artists4life, l'un des projets de l'organisme Dessine l'espoir.


Je sors de la douche. J’hésite entre le chandail bleu et le gris. Ça a son importance. Je vais le rencontrer pour qu’il m’annonce que c’est terminé entre nous, mais je ne ferai rien pour lui rendre la tâche plus facile. Parfum. Pommade pour les cheveux, mais pas trop. J’opte pour le gris, plus austère.

Il est calme. Trop calme. Je me dis qu’il doit être soulagé parce qu’il a pris une décision. Les derniers jours ont été houleux. Pendant que la neige, la grêle, la pluie et les vents violents se succédaient au-dessus de nos têtes. J’ai dû encaisser son ambivalence, ses replis, ses emportements. Je veux bien que les choses soient intenses. Mais trop, c’est comme pas assez. Dans la vie, j’aime être au-dessus de mes affaires, avoir du recul. Être celui qui contrôle la situation, qui voit venir les dénouements. La colère, je connais. Je m’y complais peut-être.

Je ne comprends pas ce qui se passe. Assis face à moi dans le canapé, il me sourit. Il a l'air heureux. — « Tu te rends compte, j’ai menti à mon meilleur ami. J’ai dit mot pour mot que c’était terminé que j’allais t’oublier, que j’allais passer à autre chose. Mais intérieurement, je vis tout le contraire. » J’ai cru son sourire. Il aurait pu dire n’importe quoi. « Toute la journée, j’ai pensé à toi, j’étais de bonne humeur. C’est fou, tu me fais du bien. »

Lui : — « C’est peut-être l’attrait de l’interdit. T’es comme un fruit défendu. »
Moi : — « Un fruit défendu ? »
Lui : — « J’ai l’impression que je ne peux plus m’en passer. Je me dis un jour de plus, puis un autre, puis encore un autre... Tu vas m’avoir à l’usure. »
Moi : — « J’ai rien contre l’idée… »

Il m’a eu à l’usure. L’ambivalence, c’est usant. Je l’ai cru, après un bain trop petit et une nuit enlacés. Je suis stressé en ce moment, j’ai accepté une jobine en attendant parce qu’il faut bien manger. Je n’ai plus un sou. Je trouve sa voix sur le répondeur. Il dit qu’il voudrait me parler ou me laisser un message sur cette page. J’ai eu l’idée lumineuse de lui montrer le blogue. Je ne comprends pas vite. Je suis d’une stupidité à toute épreuve. Tout ce qui est publié ici sera retenu contre moi. Je tisse la corde qui me pendra.

Lui : — « Comment tu te sentais quand tu es parti ce matin ? »
Moi : — « J’ai pensé à toi toute la journée, je te cherchais. »
Lui : — « Il m’est jamais arrivé quelque chose comme ça... ...Je suis terrorisé. Mon meilleur ami m’a dit : si ça t’arrivait tu virerais fou... ...T’es quelqu’un d’extraordinaire, tu mérites mieux que moi. Je suis pas assez fort. Je ne suis pas capable. Tu sais, c’est pas facile de faire ce que je fais... »

Je ne dis pas que je m’en fous que ce soit pas facile. De toute façon, il parle sans arrêt. Je ne peux pas placer un mot. Je ne sens pas de peine. Elle est masquée par la colère. J’ai déjà pleuré plus qu’il ne le faut. Des paysages d’hiver qui durent jusqu’au mois d’avril c’est un peu trop. Il n’y a plus rien de beau dans la neige. C’est froid, sale et humide. Son poids a provoqué des pannes d’électricité un peu partout. Il y a eu un moment de bleu entre les moments gris, rien de plus. Rien qu’un peu de bleu. Moi je suis gris. Gris de colère. C’est de la tempête que j’ai dans le sang. Je regarde au loin. Lire vos mots, vos histoires, me fait du bien...

Puis, le lendemain, il me rappelle, le vent a tourné à nouveau. J’ai du mal à le suivre. J’ai du mal, tout court. Je lui dis. Je comprends que ce n’est pas facile de recevoir une telle nouvelle, mais moi, je suis un peu assommé, étourdi. Il n’y a pas d’urgences et je voudrais juste un peu de douceur. Je lui propose de prendre quelques jours de répit pour y voir plus clair.

Le téléphone sonne à nouveau quelques minutes plus tard. « Salut, c’est encore moi. Je voulais te dire que j’ai pris une décision. Je changerai plus d’idée. Je vais sûrement avoir des downs, avoir peur parfois, mais je vais vivre avec. Je suis certain, la vie c’est trop court. Je peux pas passer à côté de toi comme ça. Je suis prêt à franchir une nouvelle étape. » Je lève un sourcil avec un peu d’appréhension. « J’ai encore jamais dormi chez toi... Tu m’invites ? » — « Pas ce soir, J’ai besoin d’être seul. Mais demain, je veux bien. »

Au diable le printemps, on bascule tout de suite dans l’été. La neige épuisée s’est éclipsée pendant la nuit. Le vent s’est tiédi et le soleil est impérieux. Dans l’autobus, une étudiante aux longs cheveux bruns s’appuie à la barre au-dessus de moi. Elle serre un livre de physique entre son décolleté et son nombril. Mon premier nombril de l’été. Il y a trop de bleu dans le ciel. Après une overdose de soleil et d’oxygène, la ville se prend pour Hollywood. J’aime bien le bleu, mais aujourd’hui, je lui trouve un petit air louche. J'ai peur. Et juste entre nous, j'ai pas mal plus peur du bleu que du gris...

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30 mars 2007

Sois prêt

Baden-Powell, le fondateur du scoutisme, avait choisi ces mots comme devise des éclaireurs. Lui qui voulait apprendre aux enfants à voir la vie comme une aventure. J’ai été scout pendant plusieurs années. J’y ai nourri ma curiosité pour la nature. J’ai bien aimé dormir sur une plate-forme dans les arbres, apprendre à nommer les constellations, bâtir un igloo, juste pour le plaisir de l’expérience, la beauté de l’effort. J’essaie de voir ce qui s’en vient comme une expérience de plus. Dans quelques heures, j’ouvrirai la bouche et ce sera irréversible. J’ai imaginé toutes les éventualités, tous les possibles. Ses réactions, mais surtout les miennes. J’ai prévu le pire et le meilleur. Un peu plus le pire, je dois l’avouer. Si le meilleur survient, ce sera comme un présent et j’aime les surprises. Mon côté tragique vieillit mal. Et face au retour perpétuel du printemps, il ne tient pas la route. Il y a 10 ans, j’avais annoncé la même nouvelle en pleurant comme un veau, la tête enfoncée dans l’oreiller. Je n’ai plus trop envie de déclamer. Aujourd’hui, je suis vivant et plus en forme que jamais. J’ai bien peur de vivre jusqu’à 90 ans et je ferai un petit vieux exécrable. Je vais faire les choses comme il le faut. Je ne vais pas bafouiller. Le VIH fait partie de moi et je ne peux rien y faire. Je fais tout ce qu’il est possible de faire pour lui clouer le bec et lui mettre des bâtons dans les roues et ça fonctionne plutôt bien. Le virus est assommé, cloîtré dans de misérables réservoirs dans les coins les plus reculés de mon corps.




Mais je ne veux pas non plus occulter cette tristesse lancinante. J’ai relu les mots très justes de Fabien, la première note qui m’a touché alors que je découvrais la blogosphère. Il y relatait une expérience similaire. J’étais tombé sur ce texte, il y a près d’un an. Les fleurs discrètes des érables rougeoyaient alors sur les branches comme aujourd’hui.

Nous avons mangé au Wakamoto. L’ambiance était agréable, les plats délicieux. Il était drôle, attentif, curieux. Je voulais lui annoncer que j’étais séropositif à la fin du repas. Nous avons marché jusqu’à sa voiture, l’air était froid. Il allait démarrer. J’ai mis la main sur son bras. Dès que j’ai prononcé les premiers mots, j’ai senti la cassure. Toute la chaleur, toute la tendresse évanouie en une fraction de seconde. Un changement subtil, mais indéniable dans son visage. Nous avons remonté la rue vers le nord et on a continué à discuter en roulant. C’était clair que pour lui, une relation avec quelqu’un de séropositif n’était pas envisageable. C’était hors de question. On ne négocie pas avec la peur. J’ai raconté d’autres histoires que j’ai vécu avec des séronégatifs puis nous avons réalisé que nous étions rendus trop loin dans le nord de la ville. Nous n’avions pas regardé ni un ni l’autre où nous allions. Nous avons rebroussé chemin. Il m’a posé des questions. Il y avait comme une colère blanche dans sa voix, dans son attitude. J’avais mal et je ne voulais pas pleurer. J’ai fait le récit de cette soirée où j’ai été contaminé.

C’est au milieu de ce récit que nous sommes arrivés chez moi, juste à temps parce que l’eau me montait au bord des paupières. Je lui ai demandé s’il voulait quand même monter prendre un café et parler encore un peu. Nous sommes entrés. Il s’est installé sur le lit, m’a fait signe de le rejoindre. Il m’a serré dans ses bras, je lui ai dit merci. Je lui ai raconté comment j’avais vécu notre rencontre : — « T’étais beau… » — « J’étais ? » — « T’es beau, mais dans les circonstances, j’aime mieux dire t’étais. Mais… non, T’es beau… » Il m’a embrassé, j’ai poursuivi le récit de ma vie. Il m’a écouté, il m’embrassait. Puis j’ai eu l’impression que je devais me taire et laisser les choses aller. Pour être certain d’avoir bien mal, J’ai continué à croire jusqu’à la dernière seconde qu’il pourrait changer d’avis. Nous avons fait l’amour. (si je peux utiliser ce terme)

Je suis allé lui chercher une serviette. Il s’est rhabillé. J’ai remis mon chandail, à l’envers. Je me débattais pour le remettre à l’endroit. Il a dit quelque chose du genre : — « Là, on n’a rien fait à risque, mais dans une relation, ça pourrait arriver… De toute façon, je suis bottom, ça serait trop dangereux. » Il a enfilé son manteau, je l’ai suivi en caleçon et en chandail. Il m’a donné une accolade rapide. J’ai dit : — « Tu me rappelles ? » il a dit avec un demi-sourire : — « Toi, tu peux me rappeler. » — « Non, je serai pas à l’aise. »

Ce n’est qu’après avoir fermé la porte que j’ai ouvert les vannes. Je n’avais pas pleuré comme ça depuis longtemps. Jamais la solitude ne m’était apparue de façon aussi aiguë. Je me sentais mal comme si j’avais été battu. Une douleur enragée. J’avais le ventre qui voulait hurler, qui voulait vomir tout ce qui lui restait de vie. Je voulais mourir. Je n’en voulais plus de cette vie. J’ai fait alors ce que je sais le mieux faire ; survivre. Chasser les idées qui me venaient en tête : les couteaux, le verre brisé, les lames de rasoir, les médicaments. J’ai pris un somnifère en me disant que tout irait mieux demain. Je projetais de m’emmurer chez moi. Séropositif ou séronégatif, ça devient un pattern, les gars se vident sur moi puis s’en vont. La nuit me fait peur.


La note de Fabien : Un jour parfait, Au fil des jours (31 mars 2006)

Café Robinson, paroles et musique : Marie-Jo Thério

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25 mars 2007

Pandore

Je sais, je sais : « no zob @ blog », mais là, je suis perdu. C’est la panique. En plus, je suis superstitieux. Je suis sûr que si je fais le moindre mouvement, le monde va irrémédiablement s’écrouler. Et je vais m’enfoncer comme dans du sable mouvant. J’entends les crécerelles des serpents à sonnettes cachés dans les herbes hautes et les cris de guerre qui résonnent de l’autre côté de l’horizon. Les flammes de l’enfer frôlent ma peau. J’ai chaud.

Quand Brutus et GP m’ont abandonné dans le Village, je ne pensais pas être en danger. Je suis un cruiser de crapets. Un tombeur de pacotille. Habituellement lorsque j’entre dans un bar, j’attire les deux de pique comme un aimant. (On a le magnétisme que l’on peut ! ) Je portais une chemise blanche, des souliers de cuir noir. Je me suis dit qu’au Sky Pub, j’allais me fondre dans le décor. Pendant que je sirotais une rousse, J’observais la faune de l’endroit. Deux ou trois crapets resserraient déjà leurs cercles autour de moi. Sur la petite scène une drag-queen horriblement laide chantait « I’m a barbie girl ». Rien de spécial à signaler. Je me sentais parfaitement dans mon élément. Mais c’était sans compter ma dernière note où j’ai voulu jouer à l’apprenti sorcier. La visualisation, ce n’est pas un jeu, c’est dangereux. Confier ces prières à l’univers, c’est jouer avec le feu

Le gars que j’ai tenté de définir dans la note précédente s’est planté devant moi et m’a souri. Mais, en version effroyablement sexy, armé d’un regard hallucinant et d’abdos à la Andrew Stetson. J’étais sûr que la vie me faisait une mauvaise blague et j’ai détourné les yeux. Une première vague de panique m’a traversé le corps, mais je me suis trouvé ridicule. Je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner à nouveau vers lui. Il me regardait toujours avec quelque chose de moqueur dans le regard. J’ai frondé. Je me suis avancé vers lui, arrogant, et je lui ai demandé ce qu’il voulait boire. Malheureux !

On s’est présenté, on a discuté penché l’un vers l’autre. Et à mesure que je tombais sous le charme, le piège se refermait au-dessus de moi. Il était drôle, allumé, brillant. J’ai réussi à m’extirper de la douceur de ses bras avec milles prétextes et je me suis sauvé en courant avant les douze coups de minuit. Mais le poison se distillait dans mon corps. Et depuis, il a occupé mes pensées à chaque seconde du jour ou de la nuit. Je me suis levé le lendemain comme un ressort pour laver les draps, ouvrir les fenêtres, battre les carpettes et astiquer chaque recoin de mon appartement. Je suis devenu fou. La compulsion est le seul moyen dont je dispose pour calmer la panique. « …Non, n’allumez pas dans la pièce, il ne faut pas qu’on me connaisse… »

Depuis un certain temps, j’étais paisible. J’errais dans les rues, sur les trottoirs enneigés. J’ai toujours eu un ouragan bien caché à l’intérieur, mais j’arrivais à le maîtriser, à le pousser derrière une lourde porte de bois et à colmater toutes les fissures. Lorsqu’il m’a dit quelques mots dans l’oreille, la porte s’est ouverte avec fracas. Quand il m’a embrassé près de mon col, les failles ont couru de bas en haut de ma charpente. Lorsqu’il m’a appelé mon beau, des vents furieux ont arraché tous les filages de mon néocortex. J’aurai beau hurler au secours, il est trop tard, je suis damné.

11:05 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, foudre, ouragan, désir, instant

12 janvier 2007

Les Galères

Tous les fiascos sont dans la nature, mais les plus éclatants sont ceux qui vont traîner près de la réussite. En fait, ce sont les seuls qui devraient mériter cette appellation.

C’est curieux, en début de semaine, j’avais un fond de déprime qui me poursuivait sans que je la comprenne. J’étais lentement submergé, emporté par une vague. Une inquiétude qui enflait avec le temps. Il a fallu que je me soigne, que je porte attention aux détails et aux jours qui allongent. Et j’ai repris pied, j’ai remonté vers la plage. J’ai attendu d’être plus en forme pour rappeler mon bel anglo, qui ne donnait plus signe de vie. J’avais plein de choses à lui raconter. Tous ces trucs que j’ai compris sur ma vie actuelle. Les nœuds qui s’étaient dénoués d’eux-mêmes, les fruits qui avaient mûri. Il m’a écouté, comme à son habitude, avec intérêt, avec attention, avec gentillesse. Puis il m’a dit qu’il avait réfléchi. Il se sentait mal à l’aise. On ne pouvait pas être un couple. il fallait que je sache que… etc. Ma réaction a été impeccable. Il fallait m’entendre m’affirmer dans ma déception. Être empathique et tout le bataclan. Me contrôler pour ne pas que trop d’émotion passe dans ma voix. Non, je n’ai pas fait de scène. Pourquoi je ferais une scène après tout ? Je n’ai même pas pleuré. Même après avoir raccroché. Je vais l’oublier tout simplement. À l’heure qu’il est, il se sent sûrement soulagé, il a fait le sale ouvrage. Avec honnêteté.

Je n’ai pas noté cette complicité qui était là, même au téléphone, même en se séparant. Ces émotions qui passaient de chez moi à chez lui comme de vieilles connaissances. Il y avait derrière moi une autre vague qui venait. Je préférais l’ignorer. La colère. Je devais aller dans un party dans quelques jours où il sera présent. Je vais lui montrer que je n’ai pas besoin de lui, que je suis plus fort qu’il croit, que je suis plus fort que lui. Je vais le tirer par le bras et le présenter à Max ou à Axel, il pourrait former le club des déserteurs. Ils pourraient se baiser et se déserter entre eux. J’ai besoin de cette colère, je vais surfer dessus jusqu’à ce que je retrouve des épaves de foi en quelque chose. J’ai pensé à Krishna. Je me vois en robe orange chanter Hare Krishna, Hare, Hare à tue-tête dans la rue. Hurler Hare Krishna à la tête des passants.

Mais attention, je suis de retour sur le marché avec de bonnes références. Je suis très beau, très intelligent, très intéressant. Quelqu’un de bien, en fait. C’est lui qui l’affirme. Et j’ajouterais : intuitif, parce que je ne me trompais pas quand je sentais la complicité qui coulait de source entre nous. Et cette inquiétude des derniers jours, si ça, c’est pas de l’intuition ! c’est juste que ça ne suffisait pas. Ça ne suffit pas. Pas assez pour franchir ses barrières à lui. Je reste coincé dans les barbelés. Il n’est pas capable. Ce n’est pas pour lui les sentiments. La vie de couple. Mais, on peut être des amis.

Je ne peux faire autrement que de me demander pourquoi je ne rencontre que des déserteurs. Pourquoi c’est les écorchés qui me touchent par leur pudeur, les brûlés vifs, ceux qui ne pourront jamais plus aimer. Y’a juste les grands brûlés qui m’allument vraiment. Pourtant, les oiseaux c’est con. Ça crie tout le temps, c’est salaud. C’est assez étourdi pour se faire attraper par le premier minet du coin. C’est trop stupide pour qu’on les aime. Oublié les mouettes, les linottes et les grosses dindes. C’est même pas bon à manger; c’est plein d’os. Et les vieilles pies sont coriaces, en plus. Allez. Un de perdu, dix de retrouvés. Pis de toute façon, ça devait être une lesbienne. Next.

...
Le pire dans tout ça, c’est qu’au fond, malgré tout le cinéma que je me fais. Malgré toutes les conneries que j’écris ici. Je ne suis même pas capable de lui en vouloir vraiment. J’aurais envie de le déposer dans son nid avec infiniment de précaution. L’embrasser sur le front. Lui murmurer une berceuse… Ça y est, je pleure.

15:50 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour, gay et lesbienne, pleurer, déserteur, diam's, jeune demoiselle

01 janvier 2007

Un peu de paix

Des flocons minuscules tombent doucement comme de la farine tamisée. La neige estompe les stridences de la ville et distribue partout son silence. Sa lumière blanche comble chaque recoin. Pour la première fois, depuis très longtemps, j’ai du temps devant moi. Le temps de revenir au calme. Et je retrouve peu à peu le sommeil. Le plaisir de dormir, de m’abandonner à des rêves débridés et de sentir mon corps qui tressaille, puis se recharge. Quand je dors suffisamment, je me réveille avec les idées claires. J’ouvre les yeux, habités par des projets ensoleillés. Dans la chaleur des draps, je me retourne et je cherche quelqu’un. Il me manque, pour deux raisons distinctes, une bonne raison et une très mauvaise.

La mauvaise d’abord : la peur, une espèce de frayeur floue, d’inquiétudes généralisées face à l’avenir, et au présent. J’ai peur de me fourvoyer, d’oublier, de tout rater. Ce sentiment me tient par le ventre et me pousse à m’accrocher à ce qui passe, désespérément et sans réfléchir. En ce moment, ça se cristallise autour de mon idée de donner ma démission au début de janvier et de trouver autre chose. Ces derniers jours, ça prenait forme autour d’un homme dans ma vie.

Cette mauvaise raison est intimement liée à une bonne : l’envie de partager le bien-être physique qui m’habite et colore ma pensée. Le désir de l’autre pour échanger, voir, dire, toucher, bref communier. C’est comme un dérivé de l’envie de vivre. Je suis passablement sauvage, écorché, solitaire. J’ai même déjà pensé que j’étais misanthrope, mais toute mon existence est dirigée vers l’autre. Les échanges, c’est mon oxygène. C’est l’endroit où je déniche le sens à ma vie.

Il faut que je maîtrise cette peur et que je cultive ce désir. C’est ce que je veux faire pour l’année qui vient. Les calorifères craquent et répandent une odeur de poussière brûlée, mais ils parviennent à chauffer mon minuscule appartement. Plus tard, j’irai chercher des bagels ou des chocolatines. Je suis privilégié. Je le sais. Mais privilégié seul, ça ne compte pas. Ça n’a pas de sens, ni de valeur.

C’est, ce que je vous souhaite pour l’année 2007 qui arrive; le temps de s’arrêter pour retrouver son âme, le temps de laisser les vagues s’essouffler sur la plage. Le temps de dormir et de trouver vos propres bonnes raisons.

Bonne année !

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17 décembre 2006

El pájaro



En un abismo yo te esperé.
Con el abismo yo me enamoré.


Moment de bonheur dans une salle de cinéma, j’ai rejoint mon cowboy à l’Ex-centris pour aller voir Volver. J’ai goûté l’humour tendre et la beauté des personnages féminins. Ça me rassure sur la nature masculine qu’un homme ait réalisé un tel film. Je côtoie chaque jour tant de misogynie. Des quelques oeuvres d’Aldomovar que j’ai vues, celle-ci est ma préférée. Une partie de l’assistance était hispanophone et ne pouvait s’empêcher de pépier pendant les génériques. Je me suis donc senti immergé dans cet univers, mon épaule contre celle d’un homme superbe. Je me suis dit que j’étais particulièrement gâté. Son accent métissé a du charme. Il est gentil, curieux, toujours attentif. Plus je l’apprécie, plus j’ai peur de tomber.

J’ai l’impression de m’approcher d’un oiseau. Il a du ciel plein les yeux. Si je fais un geste brusque, il va s’envoler. Je suis particulièrement gauche et lourdaud. Le genre à dire : qu’on baise et qu’on en finisse ! Je devine chez lui plus d’envergure. De toute façon, il m’oblige à escalader les branches. Moi qui aie peur des hauteurs, ça ne peut pas me faire de tort. Un oiseau, c’est inoffensif ? Quand il m’a proposé, après un café, de me raccompagner chez moi, j’étais vaguement déçu. En tout cas, c’est un oiseau qui a du talent pour embrasser. Ce que je me suis empressé de lui dire avec mes gros sabots. Non, non, non, je n’ai pas hâte de le revoir. Absolument pas…

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10 décembre 2006

Le péril venu de l’Ouest

(Cher As, cette note t’est dédiée. Tu te reconnaîtras, les initiales, c’était trop impersonnel. J’ai voulu passer au deuxième niveau, mais c’est moi qui suis tombé dans le panneau)

Ces derniers mois, j’ai mis en pratique les conseils d’As en matière de drague. D’abord timidement, puis avec plus d’assurance. Je l’ai fait de façon ludique en tentant, vainement parfois, de ne pas y accorder trop d’importance. J’avais envie qu’il se passe des choses dans ma vie. Je voulais tout expérimenter, même le rejet le plus bête. Je l’ai vécu à quelques reprises, le temps de voir que je n’en mourrais pas et que le risque attisait ma détermination. Un besoin impérieux du contact de la peau, des regards et une soif de moments tendres m’ont amené dans de drôles de directions.

Vendredi soir, Le grand avait acheté un six pack de bière. Comme on l’avait prévu, l’alcool disparaissait en un rien de temps. De mon côté, j’avais bien des choses à noyer. Cette colère que je prétends vouloir apprivoiser. Mon manque de confiance dans l’avenir proche. Et cette kyrielle de lumières multicolores qui me rappellent à chaque seconde que « Noël c’est l’Amour » : Cauchemar. Les bouteilles vides se sont accumulées sur le comptoir pendant qu’il me montrait les rénovations qu’il a faites sur sa maison (il a plein de talents) et ses photos d’un voyage où il a exploré Amsterdam, Paris et Barcelone. Puis, nous sommes sortis dans le froid mordant, déjà un peu éméché.

Je retrouve GP de très bonne humeur, exubérant. Il m’attendait, semble-t-il, impatiemment. Il y avait peu de monde dans le bar, C’était un soir de grands froids. Brutus était là avec deux amis à lui. Plusieurs visages connus nous environnaient. Et toujours cet écran géant qui prend toute la place. Juste à côté, un homme m’a salué par mon prénom. On s’était présenté dans un 5 à 7, il y a deux semaines. Cheveux noirs, yeux clairs, visage racé. J’espérais secrètement le revoir.

On a entamé la conversation, entre coups d’œil et gorgées de bières. Il vient d’Edmonton. J’ai dû lui avouer que je ne savais pas trop où était l’Alberta. Il m’a dit en riant que j’étais un vrai Québécois. Je savais que c’était une des provinces plates (ennuyeuses et sans relief) entre les Rocheuses et l’Ontario. J’ai appris au fil de la discussion qu’il n’avait jamais fait de rodéo, mais qu’il avait assisté à plusieurs compétitions : Concours de lasso où il faut attacher un veau, chevaucher un boeuf ou enfiler des petites culottes à une chèvre (J’ignorais l’existence de cette dernière épreuve !). Il aime le country. Je lui ai dit que cette musique me faisait rire. Il trouve que la chanson québécoise fait trop de place aux mots, pas assez à la musique. J’ai aimé son sourire. Il a cité en exemple Gilles Vigneault : Je me suis dit qu’il faudrait que je fasse son éducation en matière de musique. Il habite à l’autre bout de l’Île. Un anglo de l’Ouest.

Le grand s’est éclipsé avec un colosse qui semblait tout droit sorti d’un film porno. Comme le bar commençait à se vider, on a marché quelques coins de rue pour se retrouver dans un endroit plus bondé. Brutus et GP se sont lancés sur la piste de danse. Le colosse s’y trouvait, sans t-shirt paraît-il, mais sans Le grand. Je ne l’ai même pas remarqué tout absorbé, que j’étais.

On a bavardé une partie de la soirée. La discussion devenant de plus en plus exclusive à mesure que l’on se rapprochait pour arriver à se comprendre dans le tohu-bohu du bar. Il m’a dit toutes les banalités que je rêvais d’entendre avec un curieux accent d’Albertain québécisé. À la fin de la soirée, j’avais le corps parfaitement saturé d’alcool, le cerveau à off et les hormones à spin. Il s’est penché pour que je lui parle à l’oreille et j’ai troqué les mots pour un baiser. J’avais peur d’être déplacé. Il a balayé mes inquiétudes du revers de la main, s’est amusé de mes excuses. On s’est embrassé. Il devait partir. Après s’être assuré que j’avais un lift pour rentrer chez moi. Il a glissé dans la poche arrière de mon jean une carte avec son numéro de téléphone. Je suis resté avec un sourire béat, accoudé au comptoir dans ce bar glauque. Le cerveau comme de la gélatine.

J’ai senti un retour de pudeur en écrivant cette note. Sa carte posée à côté du clavier. Peut-être est-ce un bon signe. Peut-être est-ce le signe que je m’en vais vers une catastrophe effroyable. Peu m’importe, je n’ai plus peur des catastrophes. J’en suis même venu à les désirer. Je devine mes vieux démons qui se bousculent devant la porte. Moi qui jouais les Casanova de pacotille, je crois avoir rencontré un tombeur à ma mesure. Un adversaire de taille. Les jeux sont faits, rien ne va plus.

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30 novembre 2006

Vestige

…Le vent est si tendre sur midi
Tu es septembre sur Paris
Je pense à toi ça me fait du bien
Toi dans ta ville et moi Transsibérien
Qui t'aime et qui t'adore
Puis qui se hait d'aimer si fort
L'amour est comme je le redoutais
Imparfait…




podcast


Seize mois après son passage de moi à F. Seize mois de célibat. Que reste-t-il de notre amour ? Sur le blogue de Joss, je lis ces mots de Daniel Bélanger.

Dans le désert des amours passés, j’avance. Les souvenirs s’érodent au passage du vent et s’éteignent un peu plus chaque jour. De nouveau m’assaillent constamment, embusqués dans les objets, les parfums et les photos. Ils m’envahissent violemment. Puis ils faiblissent à leur tour même ceux que je voudrais retenir. Ils s’en vont, sans dire adieu, comme du sable entre les doigts.

Ne reste que le désir dénudé, révélé dans toute sa sauvagerie et sa rudesse. Sans histoires et sans chairs. Où est l’amour, celui que l’on chante ? celui qui a la réputation d’être torride et dévastateur ? Celui qui rime avec toujours ? Celui-là reste insaisissable. Il n’existe que par la foi.

J’ai vécu ces derniers mois à trois cents à l’heure. J’ai débordé d’émotion sans personne pour étancher le trop-plein. Que votre tendresse toute cathodique. Tout seul comme un grand.

Pressé par le désir, j’ai connu des hommes. Ils m’ont aimé moins. Le cœur parfois barricadé, parfois voleur. Quand je me retourne, celui que j’ai aimé n’est plus derrière moi. J’ai lâché le morceau, j’ai décroché : victoire ! Mais est-ce vraiment une victoire ? Vaut-il mieux être accroché à un os qu’être… vide ? Vide, il faut bien l’avouer. Et devant : le désert. Vents secs, vents durs, vents chauds. Parcouru de tempête, volée de sable où tous les yeux se ferment. L’amour est comme je le redoutais. Imparfait.

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25 novembre 2006

Le tunnel

Plaie d’argent : peur de l’avenir. J’avance entre les murs qui se lézardent. J’entends le bruit de l’eau qui ronge le béton. Je ne vois pas la lumière, celle que l’on annonce tout au bout. Celle qui a le devoir d’y être. Je laisse ma main glisser le long du mur. J’ai besoin de sentir quelque chose, n’importe quoi. Les aspérités m’éraflent la peau et le froid me glace. Mon cœur se débat, il en fait toujours trop.

J’abandonne le contrôle à la raison. Manger parce qu’il le faut. Sortir voir le soleil : J’ai besoin de sa lumière. Parler et entendre des êtres humains, question de santé mentale. Dormir ou au moins, prendre du repos. Ça ira mieux demain. Me défoncer au gym, faire du ménage de façon obsessive, puisque ces compulsions n’ont rien de dommageable.

Le travail n’ordonne plus ma vie. Je passe de longues heures à être ailleurs. L’imagination a toujours été mon refuge. Je me berce d’illusions, de projets saugrenus, j’écris n’importe quoi, je dessine. Je regarde les gens. Les éclats de tendresse que je rencontre parfois me blessent comme du verre, quelques mots d’une chanson, des mains serrées l’une dans l’autre. Un enfant qui court dans les feuilles.

Je me souviens de Forillon, cette pointe de falaise qui s’étire vers l’est, où les baleines jouent dans les courants croisés du fleuve et de l’Atlantique. Les déferlantes, trop larges pour être embrassées du regard. Les têtes curieuses des phoques qui flottent comme des bouées. Les galets qui crissent sous nos pas. Le bois de grève qui brille au soleil et qui rivalise avec son sourire. Notre émerveillement devant les cailloux qui brillent au fond des flaques. le parfum salé du vent et de la mer, la vie qui grouille au fond de l’eau prisonnière des rochers. Des étoiles de mer roses qui remuent, des crevettes miniatures qui font les cent pas.

Je me souviens de lui, penché au-dessus des flaques, ému. Puis, s’affairant à remettre à l’eau les échinodermes et les crustacés. Quand je ne crois plus aux matins, quand j’ai froid, quand l’écho de ma respiration devient oppressant sur les murs du tunnel, je pense que je suis celui qui a aimé un homme enfant qui voulait sauver les étoiles.

12:23 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, mer, souvenirs, travail, amour, forillon

18 octobre 2006

Blue

La pluie froide et l’humidité percaient le cœur de chacun et toute la journée, au bureau, on se jetait des regards complices en frissonnant — « D’ici une semaine ou deux, ça va être Noël puis après ben, c’est le printemps ! » Et nous sourions comme des enfants. — « Qui veut du café ?... C’est ma tournée ! »

Quand est venu le temps de partir, je me suis rendu compte que je n’avais pas mon parapluie. L’averse ne semblait pas près de se calmer. J’ai attendu dos au vent en sentant l’eau qui imbibait progressivement mon manteau et mes souliers. Le lever de soleil d’un rouge grave m’avait fait mettre en doute les prévisions des météorologues. Je croyais prophètes de malheur ceux qui annonçaient plusieurs jours de pluie. L’autobus toujours surchauffé devenait tout d’un coup, le paradis auquel on aspire. Le lainage sec des sièges défoncés, un nid douillet. J’ai étendu mon manteau sur le dossier devant moi, démarré le lecteur CD et fermé les yeux.

En arrivant en ville, j’allais rejoindre Axel. On avait besoin de se parler, une fois de plus. Je voulais aller l’attendre dans un café, histoire de jouer les indépendants, derrière un journal. Mais l’autobus s’est fait prendre dans un embouteillage et comme j’étais à la dernière minute, je me suis rendu directement à son travail. En ruminant ma gomme menthe glacée. J’avais en tête de déballer ma fin de semaine houleuse, de démêler espoirs et sentiments, de demander des réponses.

Déjà, d’être clair avec moi-même faisait que j’étais plus léger. Un soupçon de détachement qui me permettait de me laisser aller aux vagues et aux courants, de m’abandonner à ce qui allait se passer. Je l’ai laissé commencer à me dire ce que j’attendais qu’il me dise. Je lui ai posé les questions. Je me suis raconté, je l’ai écouté. Et comme le parfum des allongés qui imprégnait l’espace entre nous, un soulagement s’est répandu en moi. Nous étions sur la même longueur d’onde. Nous ne sommes pas en amour l’un avec l’autre. Il y a simplement une confiance, des valeurs que l’on partage, un respect mutuel. Et il vaudrait mieux en rester là, avant de risquer de se blesser. Étant tout deux passablement écorché par la vie.

Depuis un certain temps, j’étais renfrogné en sa présence, toujours sur la défensive. Mais surtout, constamment torturé quand il n’était pas là.

Et, à mesure que les amarres se défaisaient entre nous, je me suis mis à le trouver beau comme lorsque je l’ai aperçu pour la première fois dans la pénombre du bar. Mais cette fois-ci, j’ai senti dans ces yeux, une chaleur et une bienveillance. Libérés du poids des noces annoncées, on pouvait se permettre l’un et l’autre, un moment de complicité. Comme si je marchais depuis des semaines avec des flèches fichées dans le dos et que les armes se détachaient tout d’un coup, comme une peau de serpent. J’ai souri en le voyant reluquer ma galvaude. Il dit que l’huile de friture est parfumée à la vanille : bullshit !

C’est étrange à dire, mais c’est la plus douce séparation que j’ai vécue, pleine d’égards et de confiance. Je me sens infiniment mieux. Je ne l’aime pas, je peux donc l’aimer librement. (Il faut dire qu’on l’avait facile ; comme on ne se connaît que depuis un mois et demi.) J’aligne les mots, avec comme un rire dans les doigts, habité par la musique de Bowie que Jonas a mise dans son film, « … Planet Earth is blue and there's nothing I can do… »


David Bowie, Space Oddity, 1969

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10 septembre 2006

Le soleil

La lumière de fin d’été était particulièrement belle cet après-midi. Elle dorait les corniches des vieilles maisons qui bordent le parc Lafontaine. Sur l’étang, une dizaine de canards colverts semblaient faire un concours de nage papillon sous l’œil ravi d’un photographe. Une enfant, à quatre pattes sur la margelle de pierre, tentait d’attirer les poissons rouges en agitant une feuille morte à la surface de l’eau. Un grand oiseau a survolé l’étang. Ce n’était pas un pigeon, ni un goéland. Il s’est perché sur la cime d’un arbre déjà rougissant. Un balbuzard, un aigle pêcheur qui, paraît il, traîne dans le parc depuis plusieurs semaines en terrorisant les canards. On le reconnaît à sa tête blanche et au trait noir qui va de son bec crochu jusqu’à ses épaules. Le balbuzard passe l’été près des lacs du Canada et des États-Unis et hiverne de la Floride jusqu’en Amérique centrale.

Nous nous assoyons sur un banc, tout près de la rive. La chaleur du soleil devient plus douce, au fur et à mesure qu’elle devient plus rare. L’eau est claire. Les poissons glissent au-dessus des galets. Je me perds dans les reflets du soleil qui font briller le sillage d’un canard. Le vent dans les arbres nous laisse imaginer que nous sommes à la campagne. J’ai mon bras autour de ses épaules. Un couple nous fait bonjour de la tête puis va rejoindre l’attroupement qui s’est formé au pied de l’arbre où le balbuzard s’est perché. Je suis bien et mal à la fois. En fait, je souffre d’être bien. Ou le bien-être réveille de vieilles blessures. Je ne sais plus.

Dans ces moments-là, je sens monter une urgence, une panique, je voudrais arrêter le cours des événements, je voudrais m’endormir, figer le temps à jamais. En finir avec la solitude et le doute. Je respire, j’essaie de freiner mon emballement intérieur.

Je sais que ma peur de l’avenir empoisonne mon présent que cette insécurité rayonne de moi, pollue ma vision, bloque l’énergie qui circule. Alors, je parle, alors j’écris pour ne pas que la noirceur obstrue le fil de la vie et j’apprends à accepter la peur et à apprécier l’instant présent pour ce qu’il est, un moment de bonheur qui ne sera jamais éternel. Je sais que je me pose trop de questions. Je ne sais plus à quels saints me vouer, quels esprits invoquer. Comment soutenir le regard du temps qui passe.

J’ai beaucoup de talent pour le drame et la souffrance. Je suis un pro de la torture et j’ai de l’expérience dans la misère. Je suis capable de me défendre, de subir sans broncher le rejet, le mépris, l’indifférence. Je supporte avec brio la solitude. Mais face à de l’affection sincère, à la tendresse du soleil de fin d’été, je me retrouve complètement dépourvu, désarmé. J’ai peur que ma cuirasse et mon arsenal de guerre viennent tout gâcher. J’ai peur et j’ai mal parce que je suis bien, tellement bien que j’ai le goût de fondre en larmes.

Je sais que le balbuzard déploiera ses immenses ailes un matin pour regagner le Sud. Je sais que le week-end s’achève et que l’hiver viendra. Il faut que je pense à m’habiller chaudement quand je partirai demain à l’aube.

22:52 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, amour

04 septembre 2006

L’île au trésor

C’était le dernier vendredi du mois d’août. Son regard rougeoyait dans la pénombre. Par chance, je me suis approché. Il s’est présenté. On a discuté. On a dansé. Je lui ai dit : « J’ai trop bu. » (Traduction : écoute pas ce que je dis, c’est juste des conneries, abuse de moi, tant que tu veux, je dirai pas non… ) Il a compris juste : « j’ai trop bu. » Il est parti au bar, est revenu avec une bouteille d’eau. Il est venu me reconduire chez moi, m’a embrassé dans la voiture, a dit : « encore un peu. » On s’est embrassé de nouveau. Encore un peu. Puis il m’a dit fait de beaux rêves.

C’était samedi dernier. M. m’a demandé : « Tu lui as dit?... Tu vas voir quand tu vas lui dire que t’es séropositif, i’ va se sauver en courant. Sont tout’ comme ça les latinos. » Je suis allé souper chez lui. Au moins, il ne pourrait pas se sauver en courant. La mamma et le jeune frère ont débarqué et ont décidé qu’ils s’occupaient de la cuisine. Il m’avait averti que ça risquait d’arriver. Elle parlait français et espagnol, le frérot ne parlait qu’espagnol et anglais. Au début de la soirée, elle ne disait pas un mot de français. Quand elle a vu que je faisais des efforts pour m’adresser au petit frère en espagnol (je lui ai dit, avec de l’aide, que la cuisson des steaks était parfaite.) elle a commencé à parler en français.

Il y avait de l’électricité dans l’air. Il avait allumé des bougies partout. Sa mère n’était pas contente. Elle disait qu’elle ne voyait rien et que ça lui rappelait les coupures de courant quotidiennes à Cuba. Ils ont fini par nous laisser seuls. Dans l’immense divan. Je savais qu’il fallait le dire. J’étais de plus en plus empêtré dans ma peur. Lui il souriait en disant : « oui ? je t’écoute. » J’ai baissé les yeux et j’ai plongé. Et j’ai tout déballé d’un coup en prenant soin d’ajouter que je comprendrais s’il voulait en rester là et que… et que… Le masque de Casanova est tombé et a éclaté sur le plancher de bois. et je me suis retrouvé nu et fragile. J’avais perdu tous mes moyens. J’ai bien senti l’élan qui s’était brisé sur un récif. Mais il était là, tout près. Et j’étais là, tout vrai.

Il est né sur une île des mers du Sud. Sous sa peau dorée, je devine un cœur qui étincelle. Je me suis senti comme un milliardaire quand je me suis réveillé contre lui, dimanche matin. Il faut que je me défasse de ma rigidité et que j’apprenne à danser la salsa !

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27 juillet 2006

27 juillet

Quand je voudrais que ça soit important, ça sort pompeux. Quand je voudrais être vrai, j’ai le réflexe des phrases toutes faites, des recettes. Il me faut constamment désécrire mot par mot.

C’est aujourd’hui un anniversaire qui n’en est pas un. Ni triste, ni joyeux. Il y a un an, une histoire d’amour s’est éteinte comme naissent et disparaissent à l’infini les étoiles dans l’univers. Comme sont emportées les feuilles mortes de la chanson de Prévert. Le sol a cédé sous mon propre poids et j’ai glissé vers l’abîme. J’ai marché pendant de longs mois en serrant dans mon poing des miettes de vie, des souvenirs heureux. J’arpentais les couloirs d’un labyrinthe, les paupières soigneusement closes pour ne pas voir la bête. Le choc n’en fut que plus violent. Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais seul, désarmé, honteux de ma léthargie. Les notes que j’ai publiées sur ce blogue sont l’un des appels que j’ai lancés à la chance. J’ai eu mal de lui, mais je ne suis pas mort de chagrin. Je ne suis pas mort, tout court.

Il a été le « il », quelquefois le « tu », de ces textes. Puis, petit à petit, il a cédé cette place aux gens qui sont apparus dans mon quotidien. Parfois, des vents de colère se lèvent quand je pense à ma vie actuelle et à la sienne. J’entends encore les pointes de son mépris. Et le silence étroit de son indifférence. Pendant presque une décennie, j’ai attendu qu’il lève ses yeux vers moi, qu’il me remarque. Je le voyais comme un bonheur qui pouvait tout guérir, qui pouvait consoler l’inconsolable. Il s’en va vivre à Toronto pour être gérant d’une épicerie fine. Il part avec F. qu’il a rencontré quelques semaines avant de me quitter. F. a 17 ans de moins que moi. Je pourrais être son père. Ils vont se refaire une vie là-bas, avec mon vieux chien et quelques-unes de mes affaires. Je me suis accroché à ma colère avec obstination, comme à une dernière relique. Mais malgré moi, elle s’est usée tranquillement sur le fil des jours, comme l’avaient fait avant elle, la douleur et la panique.

Je me tiens debout, face à l’avenir. Les pieds ancrés dans la terre. Le front droit, bien à l’aplomb des vents. Il y a une certaine solidarité entre les noctambules de l’aube. Des regards bienveillants passent au-dessus des épaules et des têtes que je croise chaque matin et chaque soir. Je regarde la lune voilée et inaccessible en murmurant des questions. Qui m’a aimé au matin de la vie, quand l’or des champs roulait en vagues blanches ? Quand le ciel n’était qu’un absolu ? Et je rêve toujours. D’où vient cette avidité ? Ce désir de voir des signes, d’interpréter et de maîtriser le monde avant qu’il ne glisse entre nos doigts ? Ouvrir la bouche pour goûter la pluie, s’abandonner à la brûlure du soleil, embrasser les larmes. Je voudrais dire, et dire encore. Dire à la foule, dire à moi-même et dire à Dieu.

Je suis l’infidèle, l’homme de personne. Un de plus parmi la multitude, ou un de moins, c’est selon. À la fois, libre et souverain, mais sans papiers, ni trésors. Comme la face du fleuve, je prends les couleurs du jour ou du soir. Comme les grandes eaux, je roule dans mon lit en érodant les pierres. Sans savoir vers quel golfe ou quel fjord, j’avance, sans faire de bruit.

21:20 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, infidèle, libre et souverain, anniversaire