17 avril 2009

Parfois, la vie, je tremble.

On a beau avoir rouspété pendant des mois contre l’hiver, il y a des printemps qui décoiffent et qui secouent. C’est le cas de celui-ci, dans ma vie, en tout cas. Il n’est pas encore minuit. La nuit est douce comme un câlin, même si le soleil n’est pas venu à bout du froid, au fond de l’air. Je ne sais pas si c’est le changement de médicaments, mais j’ai l’impression d’être un autre. Le projet du nouveau blogue fait son chemin dans les méandres de mon esprit. Ces dernières semaines, j’ai croisé plein de gens rencontrés par l’intermédiaire de ce blogue. Ces carnets ont définitivement été pour moi un cocon. Le cocon est confortable, mais il commence à être peu étroit. Ça fuse, ça bourdonne, ça laisse échapper des étincelles.

Mercredi soir, j’ai eu le privilège d’assister à la première de Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr. J’ai aussi eu le plaisir d’y rencontrer Bianka, Nicole et Coconut. C’est un spectacle débordant de lumière et de tendresse. Au départ, la pièce s’appelait Je voudrais (pas) crever, comme la chanson de Boris Vian. Suite à des démêlés avec la succession de Boris Vian, l’auteur a choisi de modifier le titre.

L’histoire est simple, Mateo (Hubert Lemire, lumineux) va mourir, entouré de quatre amis. Il se remémore ses plus beaux souvenirs, il les goûte, les contemple, comme dans un album. Il se questionne, s’amuse et s’émerveille une dernière fois de l’amour, du plaisir, de l’amitié. La disparition prochaine est plus douloureuse pour ceux qui restent et qui se trouvent confrontés à leur vide existentiel. Ces quatre amis, tous au bord de la trentaine, s’entrechoquent et s’entredéchirent en tentant d’être là, les uns pour les autres. Ils ont tous une peur immense : la vie.

fête sauvage

Photographie : David Ospina

La musique ponctue la pièce et donne à l’histoire des couleurs et de l’ampleur, sans jamais en briser le rythme. Les chansons sont magnifiquement interprétées par les comédiens. Dès les premières scènes, le quatrième mur s’est volatilisé et la complicité s’installe entre les acteurs et les spectateurs. On sort de la salle avec une envie de chanter, de se gaver de tarte aux cerises ou de prendre une bière avec des amies. On sort de là avec l’envie de crever, le plus tard possible, et d’ici là, de tout vivre à 100 miles à l’heure.

J’étais accompagné des yeux bleus. Il avait l’air pressé de partir : il voulait prendre l’air. On a marché autour du pâté de maisons. On a tenté de décortiquer l’étrange bonheur du personnage principal, sa tristesse joyeuse. Sa mélancolie est une façon d’apprécier et de célébrer la vie. Au fil de la discussion, on en est venu à se dire que la quarantaine c’était vraiment très bien. C’est seulement au moment où l’on commence à sentir l’usure du temps, au moment où l’on comprend qu’on ne durera pas toujours, que l’on goûte réellement la fabuleuse beauté de la vie.

Il m’a parlé de ses histoires de cœur qui ressemblent à celles d’un ado. J’avais un peu de mal à le suivre. Je lui ai dit que je le trouvais weird, mais en fait, je le trouve attendrissant quand il m’explique ces théories sur l’amour. Il y a d’abord l’élan du cœur. C’est un sentiment pur puisque sans attaches, sans désir de possession. Et puis apparaissent les constructions de l’esprit qui viennent tout embrouiller. Il ne veut surtout pas être esclave de ces constructions mentales. Dans sa vision de l’amour, il manque à mon avis un élément important : le libre arbitre, la volonté. C’est comme si l’être humain était secoué par des élans, des pulsions et des constructions de l’esprit. Et puis il ne fait aucun lien entre désir sexuel et amour. (Il n’a pourtant pas l’air de s’ennuyer de ce côté.)

Je lui ai parlé de mon inquiétude après l’entrevue. Je ne sais pas en fait ce qui me fait peur. Si la réponse est négative, je sais que je devrais me relever les manches et trouver une autre issue. Mais il y a tellement de routes qui s’ouvrent devant moi en ce moment. Le ciel est trop grand. Si la réponse est positive, il faudra que je quitte des collègues que j’aime. Je ne m’explique pas cet attachement féroce. C’est peut-être parce qu’on a traversé ensemble l’adversité. Je sais que même si je pars, on marchera dans la même direction.

Le lendemain, j’ai mis ma barbe de trois jours, mon t-shirt trop petit. J’ai enfilé mes vieux New Balance et je suis allé courir à l’extérieur pour la première fois cette année. On aurait dit que le parc n’avait pas vu venir le printemps. Le beau temps se devinait davantage dans le sourire des cyclistes, des patineurs et des coureurs. C’était bon, tout cet espace autour de soi. La piste se perdait entre les étendues grises et rousses. Mon t-shirt trop petit m’a valu un signe de tête, un sourire appuyé et un clin d’œil quétaine. J’ai couru 5 km (l’an dernier, j’étais épuisé après 3) et je suis rentré sur un énorme buzz d’endorphine. J’ai ouvert le frigo en quête de quelque chose de comestible. Du coin de l’œil, j’ai aperçu le clignotement du petit rectangle orange, sur le côté du téléphone. En trois enjambées, j’avais le combiné dans la main et je composais le code. La voix de Brenda, mon répondeur, m’a dit : vous avez UN nouveau message. PREMIER message... ... ...

C’était l’appel que j’attendais depuis des jours : ils veulent me voir, pour une seconde entrevue !

Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr
Jusqu’au 2 mai 2009, Aux Zécuries

Commentaires

oh super! stp, te prends pas trop la tête pour cette 2ème entrevue. Et tes collègues, s'ils t'aiment bien, seront content pour toi.
Profites du printemps. Ici, les premières roses sont écloses.

Écrit par : Jérôme | 18 avril 2009

Putain, tu as déjà un retour quasi favorable (au sujet de ton postulat) alors que je dois attendre le 6 mai pour savoir si on me jette ou non ! ^^
La quarantaine, bien que je l'ai passée, je n'en connais toujours pas les fruits. Je ne vois toujours pas les rides venir, ni à l'intérieur ni à l'extérieur (à part sur mon bidon)(alors chez toi, j'imagine que cette jeunesse est multipliée par dix !)
Ps : malgré ton invitation je doute que j'écrirais une nouvelle érotique pour continuer la chaîne. Tout d'abord parce que je rechigne à mettre de la fiction sur mon blog, et ensuite parce que je n'aime pas "jouer" avec l'écriture (puis le cul, c'est pas ce qui me bouge en ce moment...)

Écrit par : Kab-Aod | 18 avril 2009

@ Jérôme : Je pense que cette deuxième rencontre est pour négocier le salaire. (Ils veulent me revoir même si je partirai en voyage un mois après mon entrée en poste. C'est plutôt bon signe.) Ici les roses sont encore sous leur cônes. Les feuilles commencent à peine à se pointer. Il n'y a eu que des crocus et des tulipes hâtives.
@ Kab-Aod : Je crois qu'ils ont plusieurs postes à combler, et qu'ils ont du mal à trouver. Le ventre, c'est le point faible des hommes passé trente ans. J'ai beau lutter, il en reste tous le temps...

Écrit par : Pierre-Yves | 18 avril 2009

Je suis très touché par ce billet. J'étais supposé aller voir cette pièce de théâtre avec un ami et je regrette de ne pas avoir pu y aller...
Hommage et salutations, Pierre-Yves.

Écrit par : Bastalicious | 18 avril 2009

"La nuit est douce comme un câlin..." et le reste de ce billet, au risque de t'agacer, ce dont je prends le risque, m'autorise à penser que je n'avais pas complètement tort peut-être.

Écrit par : Olivier Autissier | 18 avril 2009

Un post comme ça, moi, ça me donne la pêche!!

Écrit par : kitty | 18 avril 2009

@ Kitty : C'est une de vos expression bizarre. Avoir la pêche, si je comprends bien, c'est avoir de l'énergie (?)
@ Olivier : L'avenir nous le dira.
@ Bastalicious : Ça se poursuit jusqu'au 2 mai. Une pièce parfaite pour un printemps à Montréal.

Écrit par : Pierre-Yves | 19 avril 2009

> "Ça donne la pêche", oui c'est ça : ça met en forme… C'est vrai que c'est un peu débile comme expression. J'ignore d'où elle vient, à vrai dire.

Écrit par : kitty | 19 avril 2009

Félicitations pour la seconde entrevue !

Écrit par : Eric | 20 avril 2009

C'est drôle. Quand tu parles de ton ami qui vit ses amours comme un adolescent, ça me fait penser à moi. Souvent, quand je parle d'amour avec mes amis, je les vois lever les yeux au ciel et je me sens tellement immature. Je ne pense pas que je le sois réellement, je pense que je suis juste un peu plus rêveur, un peu moins terre à terre qu'eux. J'ai du mal à gérer mes pulsions amoureuses.

Écrit par : -A | 21 avril 2009

@ Alex : Cet ami n'est pas si différent de moi, je suis aussi pas mal impulsif en amour. En quelque part, c'est plus drôle comme ça.
@ Éric : Merci. :-)

Écrit par : Pierre-Yves | 21 avril 2009

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