28 février 2009

Changer de blogue II

Quand je me suis mis à penser à un nouveau blogue, je me suis rapidement retrouvé devant un dilemme. Est-ce que je veux un carnet totalement anonyme, où je pourrai écrire sans aucune censure ? Ou est-ce que je veux me mettre de l’avant en tant qu’auteur, en signant les textes de mon propre nom ? Je voudrais que l’écriture prenne plus de place dans ma vie. Je sais désormais que le blogging me permet d’avancer dans cette direction. J’aurais tout avantage à signer mes textes et même à me servir du blogue comme d’une carte de visite. Mais en même temps, toute vérité n’est pas bonne à dire. Et l’écriture de ces carnets m’a causé quelques problèmes au cours des dernières années.

Lorsque j’écris ici, je raconte des faits réels. Mais il m’arrive d’exagérer pour mieux illustrer mes réactions, ou de changer l’ordre des évènements pour améliorer la montée dramatique, ou encore de choisir ce que je raconte. Bref, je fais du montage sur ma propre vie pour la rendre plus intéressante. On ne peut faire autrement dès que l’on raconte quoi que ce soit. Je transforme la réalité pour aller vers plus de sincérité. Parce que la sincérité, c’est ce qui me fait complètement accrocher quand je lis d’autres blogues. C’est la qualité primordiale d’un journal intime virtuel.

J’ai appris beaucoup en écrivant Amours, vertiges et chlorophylle. J’en suis arrivé à un compromis entre les deux options. Pour le nouveau blogue, je vais donc créer un personnage, mon double virtuel, avec une identité propre. J’écrirai toujours au « je ». (Le titre de ces carnets sera quelque chose dans le genre : La vie de ...) Et dans la section « à propos », je présenterai le concept et j’apparaîtrai en tant qu'auteur de ces carnet. Il y aura dans les billets une part de vérité et une part d’invention, difficile à départager. Parce que c’est le meilleur chemin que j’ai trouvé pour atteindre la sincérité. Le fait de créer un personnage va me libérer puisque je n’aurai de compte à rendre à personne. (Je pourrai écrire que mon patron est un parfait imbécile sans risques de poursuites judiciaires.) Et j’existerai moi-même, sous mon propre nom, de façon beaucoup plus concrète en tant qu’auteur. Dans ce jeu, les lecteurs seront mes complices. Il n’y aura pas de liens entre le prochain blogue et celui-ci. Je ne sais pas si cette solution fonctionnera, mais pour le moment, c’est vers quoi, je me dirige.

Commentaires

Le problème sera de commenter. Comme tu l'écris, le rôle de la sincérité (de la vérité) dans un blog intimiste est primordiale. Je conçois très bien qu'on choisisse un point de vue pour orienter le message d'un récit, mais annoncer qu'une part d'invention (de fiction ?) s'immiscera me dérange un peu en tant que commentateur, car je n'aurais pas envie de réagir sincèrement à une note en partie mensongère ou faussée. Tu pourrais peut-être, sur ton prochain blog, distinguer des catégories, et ainsi annoncer que telle note serait du journal intime "pur jus" et que dans telle autre tu t'accordes des libertés littéraires. Je ne sais pas. Et puis se servir du blog comme d'une carte de visite galvaudera, à mon sens, et ton honnêteté et ton écriture. Changer simplement de pseudo, je crois, aurait pu suffire : tenir un journal intime authentique peut satisfaire la soif d'écrire et devenir un vrai projet littéraire. Je ne crois pas qu'en tant que blogueur/auteur tu aies fini de relater ton quotidien et encore moins les aléas de ta pensée. Écrire, c'est creuser un puits sans fond. Sinon, quelles que soient tes ruses, tu écriras toujours la même chose, tournant en rond et aboutissant au même ennui.

Ecrit par : Kab-Aod | 28 février 2009

@ Kab-Aod : Dans ce blogue-ci, il y avait deux projets : écrire et m'inventer une vie. Depuis quelques années, ces deux projets cohabitaient bien. Mais aujourd'hui, j'ai besoin d'établir une distinction entre les deux. J'ai envie d'avoir une vie qui m'appartienne, à moi d'abord, et aux gens qui me sont proches. Le besoin d'intimité est légitime. Peut-être l'idée d'utiliser le blogue comme une carte de visite n'est pas la meilleure, j'y réfléchirai. Mais je connais d'autres blogueurs qui arrivent à le faire avec succès. Je suis accroc à leur humour, à leur spontanéité, à leurs univers.

Je ne pense pas que la fiction soit incompatible avec la vérité. (Qu'est-ce que la vérité, de toute façon ?). Et je glisse déjà vers ça, de temps à autre, parce que je veux exprimer ma vérité, ma perception des choses, plus que les faits concrets. Il ne s'agit pas d'une ruse, mais d'un jeu, assumé. (J'enlèverai le mot naïf dans la bannière.) Qui ne risque rien, n'a rien. La façon de faire que j'ai utilisée ici ne m'apporte plus rien, je cherche donc autre chose. On dit que la réalité dépasse la fiction. Alors, elle me rattrapera bien !

Ecrit par : Pierre-Yves | 28 février 2009

Fanny Ardant dont j'aime la voix rauque et perdue, a dit un jour une phrase qui m'a laissé perplexe: "Un homme qui dit toujours la vérité, est un meurtrier".

Ecrit par : Eric | 28 février 2009

Le meilleur, selon moi, de ceux qui tiennent un journal intime dans la blogosphère a écrit sous le pseudonyme de Huckleberry Finn le 6 juillet 2005 déjà ces quelques phrases qui rejoignent ta démarche et tes doutes :
"Un blog, c'est un peu un piège, j'en ai pris conscience. Et pourtant je continue.
Exposer sa vie ou ses pensées participe probablement d'un désir de reconnaissance
; certains veulent se faire plaindre, d'autres se faire aimer ou seulement se faire
comprendre. J'imagine qu'il existe à l'origine une part d'insatisfaction et suis
conscient de ne pas y échapper ; sinon je me contenterais d'un journal intime que
personne ne lirait.
Le piège, c'est que, petit à petit, on devient prisonnier de ses lecteurs ; on s'attache
à eux, ils sont comme des confidents qui, pour la plupart, vous témoignent sympathie
et intérêt ; on s'est juré de montrer son vrai
moi
, celui qu'on aimerait que les autres sachent voir, mais progressivement, sans s'en
rendre compte, on se met à « coller » de plus en plus à l'image que ces lecteurs
se sont faite de vous : on ne ment pas mais, inconsciemment, on met l'accent sur
ce qui s'accorde à cette image et, inversement, on tend à occulter ce qui n'y correspond
pas. Peut-être est-ce cette distorsion qui finit par provoquer un malaise. Voilà
pourquoi il peut être salutaire de repartir de neuf."
Il s'est senti obligé de rajouter le 20 juillet 2005 :
"Je n'écris pas pour raconter ma vie à d'autres, dire où je vis, comment je me nomme
ou à quoi je ressemble. Ce sont là des choses que moi je sais, qu'il ne me sert à
rien d'écrire, et ce n'est d'ailleurs qu'en les taisant que je m'affranchis du sentiment
d'exhibitionnisme. Je ne suis même pas là pour dire la vérité, car l'absence de mensonge
n'est pas vérité.
Et je ne devrais pas m'étonner d'être parfois jugé irréel
. Car, bien que je ne vise qu'à être comme tout le monde, cela fait des années que
je suis le mec étrange ; même mes meilleurs amis m'ont toujours considéré comme tel.
Cela ne les a jamais empêchés, dieu merci, d'être des amis."
Ces phrases sonnent justes mais je me dois de dire que comme les tiennes elles sont dures à encaisser pour un lecteur fidèle plus en quete de vérités que de fictions même bien écrites.

Ecrit par : Stéphane | 01 mars 2009

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