12 janvier 2009

Guide de survie à la STM

Ayant beaucoup utilisé les transports en commun montréalais pendant la période des fêtes, j’ai pensé concocter un petit guide de survie à l’intention des néophytes.

Plus de service : le slogan de la STM
Toutes les informations nécessaires pour planifier votre trajet avec la STM (Société de Transport de Montréal) sont disponibles sur le Web. Depuis quelque temps, il est même possible d’obtenir les horaires et les itinéraires sur Google Map. Mais vous devez savoir qu’il y a une marge entre le réel et le virtuel. En dehors des heures de pointe, ne vous fiez pas à l’horaire et prévoyez une bonne demi-heure supplémentaire d’attente. Pendant les heures de pointe, attendez-vous à ce que les trois premiers autobus qui se pointent soient pleins. Il vous sera alors impossible d’y entrer. Si vous êtes pressés, la marche demeure une option à envisager. Le numéro de la ligne est généralement affiché en haut, à l’avant du véhicule. Pendant la saison du hockey, ce numéro est parfois remplacé par un tendre mot d’encouragement pour l’équipe de Montréal : « Go Canadiens Go » ou « Go Habs Go ». Mais le plus souvent, les autobus sont couronnés d’un message défilant : « Désolé : Hors services ». En effet, une armada d’autobus « Désolé : Hors service » sillonne constamment la ville pour narguer les usagers qui attendent des heures aux coins des rues.

Lorsque l’autobus approche de l’arrêt, méfiez-vous du grand rétroviseur carré. Il est positionné précisément pour assommer la première personne qui attend en ligne. Pour faciliter la circulation à l’intérieur du véhicule, des flèches demandent aux usagers de se déplacer vers les portes de sortie, à l’arrière. Mais le message ne passe pas. Et pour entrer dans l’autobus, il vous faudra généralement traverser un bouchon de vieilles grincheuses et de poussettes géantes. Une fois à l’intérieur, oubliez les bactéries et les virus qui pullulent sur le chrome des poteaux et accrochez-vous solidement. Plusieurs chauffeurs de la STM ont le pied pesant sur l’accélérateur et sur le frein. Certains ont l’air de prendre un malin plaisir aux dérapages contrôlés.

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Verrière de Marcelle Ferron, Station Champ-de-Mars


Dou, dou, dou : le chant du métro
Si vous arrivez jusqu’à une station de métro, vous n’êtes pas au bout de vos peines. Préparez-vous mentalement à affronter un vent de force 9 sur l’échelle de Beaufort en poussant la porte d’entrée. Les vêtements amples et les parapluies sont à proscrire. Des souliers à crampons peuvent être utiles pour ne pas être déportés, particulièrement si le sol est glacé. Il est fortement déconseillé de raconter des blagues aux employés du guichet. Il s’agit généralement d’individus qui ont une constitution fragile et leurs visages pourraient craquer s’ils sourient. Une fois sur le quai, vous pourrez profiter d’un climat subtropical. Si le paréo et le bikini conviennent, les lunettes de soleil ne sont pas nécessaires. Lors de vos périples dans le métro montréalais, vous pourrez, si vous êtes attentif, admirer quelques œuvres d’art. Elles passent souvent inaperçues puisqu’elles sont littéralement noyées par la publicité. Celle-ci est partout : sur le plancher, les tourniquets, l’extérieur, l’intérieur et le plafond des wagons, les marches d’escaliers, les rampes. À la STM, chaque centimètre d’espace de béton ou d’acier est rentabilisé. À intervalle régulier, la voix de la femme bionique annonce les retards : « un incident nous oblige à interrompre le service sur la ligne (elle ménage toujours quelques secondes de suspense) verte... » Si vous vous ennuyez, des montagnes de journaux gratuits sont mises à votre disposition pour vous divertir. Vous y trouverez les mêmes publicités qu’au plafond ainsi que de savoureux articles sur tous les faits et gestes de Britney Spears ou de Paris Hilton : "Britney affirme qu’elle ne pétera plus." "Paris a perdu son tampon" et "son chihuahua a commencé un régime amaigrissant". Ayez toujours avec vous un peu de monnaie. Pendant que le musicien vous dira merci dans le couloir, vous aurez un répit de quelques secondes entre deux pièces de yodle péruvien ou de folklore mongol.

Si vous devez descendre à la station Berri, préparez-vous à affronter une foule hostile qui refusera de vous laisser sortir. Complètement obnubilés par le désir de poser leurs fesses sur un banc en plastique dur, la plupart des gens de l’extérieur se jettent dans l’ouverture béante des portes. Et si vous ne savez pas jouer du coude, vous serez violemment refoulé vers l’intérieur. Dans les escaliers roulants, souvent immobiles, il faut respecter le code de la circulation. Les gens pressés de quitter l’air vicié de la ville souterraine ou ceux qui désirent se muscler les fessiers prendront la voie de gauche. Les gens fatigués et ceux qui veulent faire durer le plaisir s’arrêtent dans la voie de droite pour regarder défiler les publicités avec un air bovin. Ce système fonctionne généralement bien sauf lorsqu’un individu s’immobilise et bloque la voie de gauche. Vous pourrez alors surprendre les confidences pittoresques d’une ado à son minuscule téléphone rose : « J’suis comme... euh... comme dans l’escalier du métro genre qui monte, là. C’est comme, j’m’en viens, comme genre là, là.»

Un bref passage dans le métro vous fera apprécier le grand air, même par temps froid, et la lumière du soleil. Habillez-vous par couche pour affronter les températures extrêmes, hydratez-vous suffisamment et munissez-vous de musique et de livre pour meubler les temps morts. N’oubliez pas les papiers-mouchoirs, l’antisudorifique et des vivres de secours. Avisez toujours vos proches de ne pas s’inquiéter si vous êtes en retard.

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Révolutions, Sculpture de Michel de Broin, Station Papineau


Oui, je sais. Je suis un frustré...

Plan du métro de Montréal

Commentaires

Tout n'est pas si noir. J'ai déjà eu au moins un bus à l'heure (ou bien était-ce celui d'avant qui était très en retard ?). Et il est de mon devoir de préciser qu'il y a des chauffeurs de la STM très sexy et des qui disent bonjour avec un grand sourire… parfois les deux à la foi (failli défaillir dans le bus 100).

Écrit par : Laurent | 12 janvier 2009

Et ce billet ne saurait être complet sans ce célèbre message : http://www.youtube.com/watch?v=DcC31r1BxBY

Écrit par : Laurent | 12 janvier 2009

très drôle! tu as toujours autant d'humour quand tu es frustré ? ;-)

Écrit par : Jérôme | 12 janvier 2009

@ Laurent : Il faut des exceptions pour confirmer la règle. (Je suis de mauvaise foi.) ;-)
@ Jérôme : J'exagère à peine. Ça dépend du type de frustration.

Écrit par : Pierre-Yves | 12 janvier 2009

Ah ah ! J'adore ce billet :)
Ça représente tellement bien la réalité...

Écrit par : Dom | 12 janvier 2009

On m'a parlépour la première fois de l'abréviation STM il y a de ça peu de temps. Crois-le ou non, mais je ne savais même pas ce que ces lettres signifiaient... comme quoi on ne voit pas dans le même monde.

Écrit par : Fred | 15 janvier 2009

Quel sculpture...

Écrit par : unevilleunpoeme | 17 janvier 2009

@ unevilleunpoeme : Je l'aime beaucoup. En été, elle est mise en valeur par les lignes des graminées, des pins et des ginkgo biloba.
@ Fred : Ils changent si souvent d'acronyme.
@ Dom : On dirait que tout ça est pire en hiver...

Écrit par : Pierre-Yves | 17 janvier 2009

Et en plus, ils ont augmenté en douce leurs tarifs, depuis janvier !!

Écrit par : Pierre-Yves | 18 janvier 2009

Hahahahah! Étant une intense utilisatrice des transports en commun, je peux confirmer tout ce que tu viens de décrire. Mais la différence entre toi et moi, c'est que moi je l'aurais écrit sur un ton hargneux alors que toi tu fais rire tout le monde avec cela! Excellent billet ou le sarcasme a toute sa place! :D

Écrit par : onirique | 22 janvier 2009

@ onirique : L'humour est parfois une forme de hargne. :-)

Écrit par : Pierre-Yves | 22 janvier 2009

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