31 décembre 2008

Dernières heures

Comment lui dire ce que j’ai en tête ? En lui racontant, peut-être. Tout passe mieux par une histoire. C’était il y a deux semaines. Je ne sortais pas ce soir-là pour faire des rencontres. Juste pour clore en beauté ce long trimestre de travail avec des collègues. Et assommer la fatigue de bière cheap. Quand je l’ai aperçu, j’ai chuchoté au grand « regarde le t-shirt rouge, là-bas, tu devrais aller le voir. » « Pantoute ! C’est toi qu’il regarde ! » Effectivement, le gars en rouge ne m’a pas lâché des yeux de la soirée. C’est finalement moi qui suis allé lui parler. Je lui ai proposé une bière : il ne buvait pas. Je lui ai proposé de venir danser avec nous dans un autre club : il travaillait tôt le lendemain matin. Je lui ai proposé mon numéro de téléphone : il a accepté en souriant. Pas beaucoup d’initiatives, que je me suis dit ! Mais j’avais l’avantage de la bière, ça lui donne une excuse. Il m’a appelé dès le lendemain pour m’inviter à souper.

Quand on se voit, il parle beaucoup. De son ex, principalement, et des efforts qu’il a faits pour s’en remettre. Il ne me pose pas vraiment de question. Il fume cigarette sur cigarette. Lorsque le silence tombe entre nous, il sourit en disant que je l’intimide. Alors, c’est toujours moi qui fais les premiers pas. Je me penche au-dessus de lui et je l’embrasse. En quelque part, ça me convient, moi qui suis toujours le plus sauvage des deux. J’ai plus de facilité à entrer dans l’univers d’un autre que de le faire entrer dans le mien. Et les défis (impossible ?) m’ouvrent l’appétit, au risque de me brûler les ailes. Péché d’orgueil sûrement.

Dans la chambre à coucher, c’est une bombe. Et l’on pétarade de bonheur. Il y a eu un seul accroc lorsqu’il m’a sorti les arguments classiques du gars pour repousser le moment du condom. « je ne ferais pas ça avec n’importe qui... T’as pas à t’inquiéter, j’suis négatif puis je veux le rester... Laisse-toi aller... » (Là, j’avoue, il a perdu des points. Et moi ? Négatif ou positif, ça n’a pas d’importance ? Ça t’a pas traversé l’esprit ? Pour mon laisser-aller, on repassera !) Cette fois-là, il a frappé un mur : Avec ou rien ! Il a fait le bon choix et l’accroc a vite été oublié. Après l’amour, on a dormi toute la nuit en cuillère, la fenêtre ouverte, agrippés l’un à l’autre, malgré les rugissements des déneigeuses et le battement du techno du voisin.

Hier soir, on devait peut-être se voir, je suis rentré plus tard du gym et je ne l’ai pas appelé tout de suite. J’avais besoin d’un moment de solitude. Il l’a mal pris, a bu tout seul la bouteille qu’il avait achetée pour le souper. Je lui ai téléphoné dans la soirée. Il était triste et un peu ivre. Le temps des fêtes, il trouve ça difficile. Il a peur de tomber sur son ex le 31. Il n’a pas envie d’aller dans sa famille. Il s’attendait à ce que je l’appelle dans la journée. Comme je ne l’ai pas fait, il a eu peur que je le niaise.

«...de n'être pour toi qu'un jeu », « t-shirt rouge », « histoires d’ex... » : les impressions de déjà vu se démultiplient et forment un kaléidoscope.

J’aurais pu avoir un accident. Être aux soins intensifs ! Il ne s’est pas inquiété de moi. Il a peur que je le niaise, tout simplement ! Et il ne m’a pas appelé parce qu’il ne voulait pas me déranger. Et il m’a raconté encore une fois sa solitude. Les méchancetés que son ex lui a dit la dernière fois qu’ils se sont vus : « T’es un cave, tu feras jamais rien de bon dans la vie. » Je l’ai écouté, vaguement coupable de ne pas l’avoir appelé plus tôt, un peu avec pitié. Je suis une cruche que l’on remplit.

Le grand : Il se sert d’un toi comme rebound. Christ-moi ça là, tu suite !
Moi : Oui mais... la baise est vraiment bonne.

Il n’y a pas que le sexe dans la vie, je sais bien. Le sexe c’est overated. (C’est Une fille de shop qui l’a dit.) Mais, bon. Peut-être que pour lui, ce n’est qu’une relation de transition, il en faut. Je ne vois pas de mal à ça. Tant que les choses sont dites et que les échanges sont honnêtes. Mais pour être honnête, il faut être clair avec soi-même et je sais bien qu’il est confus. Je suis moi-même déboussolé dès je mords dans son épaule. Je dois laisser la chance au coureur. On ne se connaît pas encore vraiment. Peut-être que j’interprète tout ça tout croche. Peut-être que je ferais mieux de ne pas le revoir. Même si pour l’instant, je suis un prix de consolation, je pourrais aussi être la révélation de l’année. Non ! Ça fait un peu prétentieux. Avant la fin de 2008, on aura une bonne discussion. Et il ne reste que quelques heures.

Ce 468e billet, bourré de liens et de points d'exclamation, était le dernier de 2008. À l'année prochaine. Bonne année !

Commentaires

D'un autre point de vue, étant donné justement que l'année prochaine n'est que dans quelques heures, c'est donc fort heureusement très bientôt que nous aurons, pour notre part, le plaisir de vous lire à nouveau.

De tout coeur, je ne vous souhaite que le meilleur.

Ecrit par : Sylvia | 31 décembre 2008

A l'année prochaine donc et bonne année .

Ecrit par : Marc | 01 janvier 2009

Bonne année à toi.
Il a l'air très occupé à penser à son ex, ça ne lui donne peut-être pas beaucoup l'occasion de s'inquiéter de toi ...

Ecrit par : Lovedreamer | 01 janvier 2009

@ Lovedreamer : Je peux le comprendre. C'est compliqué parfois la vie. Je nous souhaites de la simplicité pour 2009.
@ Marc : À bientôt, j'espère. Et mes meilleurs voeux à toute la famille.
@ Sylvia : Le meilleur pour vous également. Santé, paix et amour. À très bientôt, alors.

Ecrit par : Pierre-Yves | 01 janvier 2009

C'est vrai que ça peut désespérer d'attendre un coup de fil qui ne vient pas. Syndrome du renard et du Petit Prince. Je suis aussi, dans ces situations-là, du genre à boire la bouteille.
En tout cas tu ne chômes pas : si j'étais célibataire aujourd'hui je n'attirerais certainement pas autant les regards ;)

Ecrit par : Kab-Aod | 02 janvier 2009

C'est toujours ce qui me surprend avec toi : cette idée de te considérer comme... un prix de consolation ! Alors que tu as tout pour être une récompense !

Meilleurs vœux pour cette année nouvelle :)

Ecrit par : Nicolas Bleusher | 02 janvier 2009

@ Nicolas : Chat échaudé... je m'améliore là-dessus, quand même. Que le nouvel an soit pour toi fertile en écriture.
@ Kab-Aod : Il faut bien que le célibat ait quelques avantages ! (et puis, les regards, je suis certain que tu les attires déjà bien assez !) Je me suis excusé pour le téléphone en retard.

Ecrit par : Pierre-Yves | 02 janvier 2009

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