27 décembre 2008
La troisième nuit
« ... »
En cette nuit, leur première nuit, dans le petit salon qu’elle avait voulu lui montrer, debout devant la fenêtre ouverte sur le jardin, ils respiraient la nuit diamantée d’étoiles, écoutaient les remuements ténus des feuilles dans les arbres, murmures de leur amour. Mains jointes, et un sang de velours dans leurs veines, ils contemplaient le ciel sublime et leur amour dans les palpitantes étoiles, bénissantes là-haut. Toujours, dit-elle tout bas, intimidée d’être chez elle avec lui. Alors, de son bonheur complice, invisible dans son arbre, un rossignol entonna sa supplique éperdue, et elle serra la main de Solal pour partager le petit anonyme qui s’évertuait, s’exténuait à clamer leur amour. Soudain, il se tut, et ce fut le silence nombreux de la nuit avec, parfois, la sonnerie tremblée d’un grillon.
« ... »
Albert Cohen, Belle du Seigneur, Gallimard, 1968
J’aime ces phrases longues. Illisibles, aurait tranché la correctrice, celle qui a charcuté mes premiers textes commerciaux. Et elle se serait défoulée, la bougresse, en raturant rageusement les mots en rouge. J’aime les excès et l’humour de l’auteur, sa façon d’assommer le lecteur de thème répétitif pour l’amener ailleurs. J’ai posé la brique sur le plancher près de mon lit. Enfin une longue nuit de sommeil devant moi, une nuit de sommeil amplement méritée, dans la tiédeur de la flanelle.
J’ai été exaucé. Les pères Noël ne sont pas tous des ordures, même ceux qui traînent au coin des rues ont parfois des ressources insoupçonnées, même ceux que j’aime à inventer. Il y aura donc une troisième nuit. J’en imagine les détails et ils m’obsèdent. C’est une torture absolument délicieuse. Imprégné de pensées érotiques, je me suis endormi. En rêve, j’ai retrouvé les gens qui me côtoyaient dans mon ancienne vie, il y a de cela si longtemps, avant le diagnostic, avant la sentence. J’étais assis avec eux et je leur racontais tout ce qui s’est passé depuis, tout ce que je vis maintenant. Ils étaient curieux, étonnés. Ils ont connu un autre homme, un homme que j’ai nié, rejeté, détesté, abhorré. Un homme jeune qui était pourtant vibrant et qui aimait les autres. C'est lui que je devrai apprendre à pardonner pour réussir à vivre, au moins un peu, aujourd’hui.
11:03 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, homme, écriture, lecture, livre, roman, nuit




Commentaires
Il est un peu tard pour les voeux de Noël et un peu tôt pour ceux du nouvel an, alors je te souhaite une très agréable troisième nuit, en espérant qu'elle apaise celui que tu fus... et que tu es sans doute encore...
Ecrit par : Jérôme | 27 décembre 2008
Se pardonner soi-même, voilà une excellente résolution pour le nouvel an.
Je te souhaite le meilleur :)
Biz
Ecrit par : kitty | 28 décembre 2008
@ Kitty : C'est le travail d'une vie plus que d'une année, dans mon cas, du moins. Le meilleur pour toi aussi ! (et beaucoup de temps pour écrire)
@ Jérôme : Apaisante, je sais pas. Mais ce fut bien ! :-) Joyeuses fêtes.
Ecrit par : Pierre-Yves | 28 décembre 2008
Tant mieux si ce fut bien, je t'en souhaite d'autres et bonne(s) fête(s) de fin d'année alors!
Ecrit par : Jérôme | 28 décembre 2008
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