23 décembre 2008
Noël, l'avant-veille
Noël, c’est censé être joyeux.
— « Hum. Pas trop, rien de spécial. » Ça, c’est la formule du grand lorsqu’il file un mauvais coton. Il n’a pas de famille, alors la veille de Noël, c’est toujours un peu lourd. On va sûrement se faire une soirée DVD, bière et pizza. Le jour même, il sort dans les bars. Je l’ai accompagné, l’an dernier. Ça ne m’a pas laissé un souvenir mémorable. Une drôle d’ambiance. Un amoncellement de solitudes urgentes, prêtes à avaler le premier comprimé venu, pour voir la nuit en couleur et oublier la vie. Quand je l’ai appelé, il dérivait sur un site de rencontre : « Je vais finir mes jours tout seul, qu’il m’a dit, avec plein de chats. »
J’ai ajouté : « ...et des amis, c’est pas si mal ! Tu sais que c’est le cas de beaucoup de monde : les couples se défont ou bien l’un des deux finit par mourir... »
— « ...Ouins. »
— « Moi de mon côté, je me prépare à me péter la gueule, ben comme faut, encore une fois. »
— « Comment ça ? »
Noël, ça devrait être doux. Le vent d’hiver est cinglant et fouette les visages. La poudreuse est un piège qui cache la glace noire. Les jours de tempête, il faut rester chez soi. Moi, bien sûr, j’ai mis un pied dehors. « Qui ne risque rien, n’a rien. » ou « qui n’a rien, risque tout. »* Je ne me suis pas méfié de la neige. J’ai rencontré quelqu’un, par un hasard improbable. Il ne devait pas être là, dans cette soirée. Je n’aurais pas dû y être. On s’est terré deux nuits dans son demi-sous-sol. Deux nuits de tendresse brûlante, les regards et la peau humide. Et me voilà dehors. Le ciel n’est plus que noir. Et la poudrerie, de la soie blanche qui hurle en se tordant. Il ressemble à tous les autres. Ben oui, quoi ? C’est mon genre, les grands bruns aux yeux éclatants ! Ça s’appelle un « pattern ». Son nom, c’est Stef. À quoi bon me creuser les méninges pour lui trouver un pseudo. Il ne lit pas, ni les livres, ni les blogues. Et de toute façon, il passera dans ma vie comme la blancheur de la neige.
Noël, ça devrait être lumineux. Partout, c’est la course folle pour faire embrayer l’économie. Partout, le cliquetis des cartes. Ça se pousse devant les caisses. Achetez aujourd’hui et ne payez rien avant 2010. Consommez vert, bio, équitable ou local, mais consommez ! Il le faut ! Même la blogosphère s’égosille, à trop vouloir briller. Elle se met belle, prête à toutes les bassesses pour avoir un plus vaste auditoire : provocation, sexe et scandale, nivellement par le bas. Mes stats sont plus grosses que les tiennes ! Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Le désir de briller prend souvent le pas sur celui de dire. Mais en cette avant-veille, j’ai plus envie de me taire. Je vais rêver tout seul à une troisième nuit, juste une de plus. C’est ce que j’ai demandé au père Noël, celui qui mendiait près du métro Berri.
* Une réplique du film C'est pas moi je le jure
23:54 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, noël, homme, amour, famille, amis, nuit




Commentaires
Suis passé te souhaiter un "Joyeux Noël". Simplement.
Et qu'une troisième nuit te soit accordée !
Ecrit par : Nicolas Bleusher | 24 décembre 2008
On dit "jamais deux sans trois". Joyeux Noël !!!
Ecrit par : Laurent | 24 décembre 2008
@ Nicolas : Ça s'enligne vers ça. Il est gentil le père Noël.
Joyeux Noël Nicolas.
@ Laurent : Meilleurs vœux. Profite-bien de la neige. :-)
Ecrit par : Pierre-Yves | 24 décembre 2008
"C’est ce que j’ai demandé au père Noël, celui qui mendiait près du métro Berri."
J'adore cette phrase :)
Bises
Ecrit par : Lovedreamer | 24 décembre 2008
@ Lovedreamer : C'est drôle, c'est un ajout de dernière minute. Le bout inventé du billet. Je ne suis pas passé par le métro Berri. Je t'embrasse. Joyeux Noël.
Ecrit par : Pierre-Yves | 24 décembre 2008
un peu triste aussi ce novel...
c'est la vie
pas troujours paillettes
ni drôle
ni même cruelle
juste parfois une vie sans couleur
une tranche seulement
ces jours
..
bon allez, joyeux noel à tous....
Ecrit par : jeanne_01 | 25 décembre 2008
@ jeanne : Paix, santé, amour pour toi. Bises.
Ecrit par : Pierre-Yves | 25 décembre 2008
Un très heureux Noël, Pierre-Yves, beaucoup d'amour, à l'avenir, dès à présent. Je tiens à te congratuler pour le travail que tu accomplis tous les jours, à partir de ce que tu possèdes : le talent d'écrire. N'arrête jamais. Bien à toi.
Ecrit par : Cédric | 26 décembre 2008
@ Cédric : C'est un des plaisir du blogue que de recevoir des éloges d'un bel inconnu. Joyeuses fêtes !
Ecrit par : Pierre-Yves | 27 décembre 2008
Avec du retard, je te souhaite un joyeux Noël Pierre et une douce troisième nuit (ou quatrième...). J'aime bien ton dernier texte, je ne te connais pas mais je me dis qu'il te ressemble : des affections, des rêves, une touche de passé, des autres qui raturent, ... C'est curieux un blog, je me suis rendu compte en te lisant là qu'on attend la suite, qu'on espère, qu'on vit un peu avec l'auteur, toi, en somme.
Bises
Ecrit par : Lovedreamer | 28 décembre 2008
Ce que je dis est un peu stupide ...
Ecrit par : Lovedreamer | 28 décembre 2008
@ Lovedreamer : pas stupide, ça décrit à peu près ce que je cherche à faire ici.
Ecrit par : Pierre-Yves | 29 décembre 2008
Justement ... C'est en ça que c'est stupide.
:)
Ecrit par : Lovedreamer | 29 décembre 2008
Ecrire un commentaire