20 novembre 2008
Minutes
Cinq minutes. C’est le temps que je peux consacrer à un billet. Mes temps libres ont rétréci comme une peau de chagrin. Comment je vais ? Bien. Trop, peut-être. On dirait que plus rien ne m’atteint gravement. Je viens d’obtenir une promotion. Plus de responsabilités, un salaire plus décent. Je suis en forme alors que tout le monde à Montréal est enrhumé. Mon blogue en horticulture marche trop bien. Je n’arrive pas à répondre à toutes les demandes. Cet hiver, je vais enseigner à des professionnels. Il y a quelques années, c’était un rêve. Maintenant, ce n’est qu’une montagne de travail qui s’étend devant moi. Je n’en voit pas le bout. J’ai le trac, même si je sais que je serai à la hauteur.
Et l’amour, alors ? Il ne fallait pas le mettre dans le titre si c’était pour ne plus en parler. Le vertige ? Je ne me souviens plus trop ce que c’est ! Non, rien. J’ai beau chercher, creuser, rien à raconter. Samedi soir, j’ai dormi avec un garçon. Je ne suis pas amoureux. Il est simplement joli. Sa façon de m’ouvrir les portes et d’être constamment gentil m’agace un peu, en fait. Et de toute façon, il ne rappellera pas. J’ai désormais un radar infaillible pour détecter les déserteurs.
...
Dix minutes supplémentaires. Je suis vraiment fatigué. Heureusement, j’ai trouvé quelqu’un qui me remplacera quelques jours à mon emploi régulier. J’aurais donc un long week-end. Je vais m’arrêter juste ce qu’il faut pour ne pas me brûler les ailes puis je vais repartir pour travailler sur des piges. Lecteurs-blogueurs si vous saviez à quel point vous m’êtes utiles ! Je grappille dans vos vies pour avoir l’impression d’avoir une histoire à suivre. Pourquoi travailler autant ? Pourquoi pas ? Pour ramasser de l’argent et le flamber à une vitesse folle dans une rage de matérialisme. Pour avoir un toit et du beurre sur mon pain, aujourd’hui et demain. Je participe ainsi à l’effort de ralentissement de la crise. Parce que j’ai peur de l’avenir. Je croise chaque jour un homme qui a renoncé aux refuges pour l’héroïne. On a le même âge, presque le même prénom. Il ne ferait pas de mal à une mouche, mais ne laissera personne lui enlever une parcelle de liberté. Je le vois parfois le soir, allongé dans un parc au pied d’un arbre alors que le mercure descend sous zéro. Je me défonce au gym pour gagner quelques kilos, m’élargir les épaules, prendre de la masse musculaire. Pour ressembler à qui ? À quoi ? Un corps plus découpé, plus de chiffres sur la balance comme sur mon relevé bancaire, plus de marge de crédit. Ma vie reste vide comme le sont mes bras et mes yeux à la fin de mes journées. En sortant du métro, j’ai eu l’idée de m’acheter un chat pour ajouter quelques miettes de sens à mon existence sans queue ni tête. Puis j’ai changé d’idée en passant les tourniquets. Le poil sur les vêtements, la litière, l’odeur des croquettes au poisson. Mon temps est écoulé. Je l’ai volé au sommeil. Je voudrais m’abandonner dans les bras de Morphée, pour toujours.
00:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, quotidien, jours, nuits, travail, absence de sens, fatigue




Commentaires
"Pour toujours"...? Chacun, comme il paraît, voit midi à sa porte, mais dormir pour toujours me semble très lourd à la fois de sens et de désespoir.
Sinon, curieux parallèle entre "avoir un toit et mettre du beurre sur son pain pour aujourd'hui et pour demain" et flamber.
Mais ces avis n'engagent que moi.
Ecrit par : Olivier Autissier | 20 novembre 2008
C'est les montagnes russes, ce texte. En lisant le début, je me suis dit "chic il va bien (comme si j'utilisais "chic" dans la réalité.) Putain il va bien, c'est cool et puis non, finalement. Ou si, avec le temps on ne sait plus trop ce que c'est, aller bien. J'aime bien ces petits flashs de ta vie, ce garçon énervant notamment. Je m'y reconnais, j'ai aussi développé un radar pour détecter les belles paroles et dormi avec des "jolis corps", etc.
"mais ne laissera personne lui enlever une parcelle de liberté"
Ce qui est paradoxal, c'est qu'il laisse l'héro lui enlever presque toute celle disponible...
Bises.
Ecrit par : Lovedreamer | 20 novembre 2008
@ Olivier : J'ai toujours le don d'exagérer. La fatigue doit renforcer cette tendance. Ce n'est pas un texte réfléchi. Quand je flambe, c'est toujours un dérapage contrôlé, mais dérapage tout de même. Je voudrais tellement dormir.
@ Lovedreamer : Les montagnes russes, c'est ce qui me fatigue... Il a des périodes où il rejette la drogue, où il ne consomme pas. Ces pendant ces semaines qu'on a quelques échanges. Je sais que sa vie est un enfer et que sa liberté est encore plus illusoire que la mienne.
Ecrit par : Pierre-Yves | 20 novembre 2008
"Ma vie reste vide comme le sont mes bras et mes yeux à la fin de mes journées."
La fatigue ne vous enlève pas le sens de l'image...
Reposez-vous bien.
Ecrit par : Dom | 20 novembre 2008
"Lecteurs-blogueurs si vous saviez à quel point vous m’êtes utiles ! Je grappille dans vos vies pour avoir l’impression d’avoir une histoire à suivre." Je suis lecteur seulement et moi aussi en te lisant j'ai l’impression d’avoir une histoire à suivre.
Accessoirement mon radar est très bien aussi.
Alas ?
Ecrit par : Eric | 20 novembre 2008
@ Eric : C'est la beauté des blogues. Si ma vie sans queue ni tête est une histoire à suivre pour quelqu'un, quelque part, ça lui donne un peu plus de sens.
@ Dom : J'adore le vouvoiement. Je me reposerai.
Ecrit par : Pierre-Yves | 20 novembre 2008
je passe
amicalment
te dire que je t'aime
que je trouve que tu es un " homme bien"
faute de biens
te lire me fait du bien quelque part
ça te consolera peut être pas
je t'embrasse
Ecrit par : jeanne | 21 novembre 2008
je viens de regader "il y longtemps que je t'aime"
superbe
ces deux actrices sont magnifiques
bon we
Ecrit par : jeanne | 21 novembre 2008
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