07 septembre 2008
Erratum
J’écris ce billet en état d’ébriété léger. C’est la fête du Grand qui a eu 34 ans. (le bel âge !) Et j’ai bu un peu trop de Sleeman Honey Brown. Je lui ai offert une brassée de glaïeuls. Tous ses amis se sont rassemblés, malgré leurs différences, pour souligner l’évènement. Les francophones ont fait l’effort de parler anglais. Les anglophones ont tenté de baragouiner le français. On est allé danser, tous ensemble. L’ambiance était sympathique. Il était content.
La veille, j’étais allé rejoindre M. Right sur la Main. Après avoir soupé dans un resto indien, on a marché jusque chez lui. C’était sur son balcon de bois, entre les branches d’un grand érable. L’air doux descendait la rue en caressant les corniches. Le ciel noir était tacheté par quelques nuages épars où se miraient les lumières de la ville. Il s’est penché vers moi en souriant, m’a mis la main sur le genou :
— J’ai trouvé ton blogue.
— De… quéssé ? Tu dis que… quoi ?
— J’ai trouvé ton blogue
— Mon… quel blogue ?
— Amours, vertiges et chlorophylle, J’ai lu la note « Cosmo ». J’ai lu « Les loups ». Tes dernières notes et la première aussi. J’ai mis du temps à comprendre comment ça fonctionnait, un blogue.
— (pour moi-même) Merde, merde, merde…
— C’est correct.
— … (Respirer, regarder dans sa direction, réaliser qu’il est là, qu’il me regarde en souriant, respirer.)
— Je comprends que ça ne soit pas facile à annoncer.
— … (Respirer, me forcer à lever les yeux, constater quelque chose qui ressemble à de la tendresse dans son regard, ne pas baisser les yeux.)
Ça ne lui suffit pas d’être beau, sexy et intelligent. Il faut en plus qu’il soit sensible, ouvert et tendre. Non, mais, c’est chiant les gens parfaits ! Oh. Je sais bien, les gens parfaits, ça n’existe pas. (Mais dans mon imperfection, je n’arrive pas à le voir autrement.)
— J’étais très nerveux en lisant tes billets et toute la journée qui a suivi. Je le lirai plus, ça t’appartient. J’aurais l’impression de violer ton intimité. Je veux que tu te sentes libre d’écrire.
— Je me sens un peu mal, c’est lâche de ma part. C’est pas comme ça que je voulais que tu l’apprennes. Ce n’est pas comme ça que j’avais… (soupir)
— C’est peut-être un acte manqué. Là, je fais de la psychologie à cinq cents. Mais, je trouve pas ça lâche.
La discussion s’est poursuivie longuement entre moi, lui et cette nuit de fin d’été.
À sa demande, voici un erratum pour la note Cosmo culpabilité :
1. Mister Wright, ça s’écrit plutôt Mister Right.
(Ce n’est pas son nom, mais un surnom qui lui va trop bien.)
2. Le comptoir de sa cuisine n’est pas en granit.
(C’est une liberté que j’ai prise sur la réalité. Au fait, je n’ai aucune idée de ce dont est fait son comptoir de cuisine.)
3. Son baiser n’était pas un baiser volé, sauf peut-être au début.
(Il tient à ce que je le précise, j’étais plutôt consentant, pour ne pas dire totalement complice. Je l’avoue. Encore une fois, il a raison.)
J’avais prévu une période de turbulence après l’annonce, même si je n’ai pas fait d’annonce, et c’est bien sûr ce qui se passe en moi. Comme prévu, dès que la question du VIH est liquidée, mes complexes se mettent en marche en ricanant pour reprendre la place de leur chef détrôné. Je suis inquiet de sa peur de l’engagement. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Je me demande si…
Ah, et puis non. Je m’arrête. C’est à lui que je dois dire tout ça. C’est comme ça que font les adultes, dans la vraie vie. Même si je connais la fidélité des lecteurs qui passent par ici. Même si certains ont appris à lire entre mes lignes et que parfois, vraiment, ça me renverse. Même si votre présence m’est devenue indispensable.
Mais bon, les choses avancent. Enfin, je crois. Je lui avais dit à notre première rencontre (ou à la seconde) que je n’avais plus rien à lire. Il m’a offert un exemplaire des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, en format poche, attaché avec une boucle de raphia. C’est fou comme je me sens bien quand je ferme les yeux et que sens son corps contre le mien. Je crois que je ferais mieux d’aller dormir.
« …Ne t’y trompe pas : je ne suis pas encore assez faible pour céder aux imaginations de la peur, presque aussi absurdes que celles de l’espérance, et assurément beaucoup plus pénibles. S’il fallait m’abuser, j’aimerais mieux que ce fût dans le sens de la confiance ; je n’y perdrai pas plus, et j’en souffrirai moins… »
Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien (page 12), Gallimard, 1974
12:05 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, amour, risque, peur, littérature, nuit




Commentaires
Tu devrais boire plus souvent. Comme ce billet est tellement plein de vie :)
Ecrit par : Olivier Autissier | 07 septembre 2008
Bravo!!! La vie qui va, la vie qui monte, la vie qui existe. Je bois aux actes manqués de la terre entière qui sont des reflets de nos désirs et des masques de nos peurs. Et puis il a vraiment l'air d'être M. RIGHT. Souffle...
Ecrit par : l'Elephant | 07 septembre 2008
@ Olivier : Pas trop quand même.
@ l'Elephant : Aux actes manqués, alors.
Ecrit par : Pierre-Yves | 07 septembre 2008
Ne t'inquiète pas : il ne peut être parfait s'il s'attache à toi ;-) Bienvenu dans la vraie vie mais garde aussi un peu de tes rêves. Bonne continuation et bonne(s) découverte(s) à l'un et l'autre.
Ecrit par : jérôme | 08 septembre 2008
"Garçon! Trois cocktails de fille! Vite! Oui, je bois cul sec et alors! Le bonheur, ça dérange qui d'abord? Bon... Alors Santé!"
Ecrit par : NightCrawler | 08 septembre 2008
@ NightCrawler : Santé ! :-D
@ jérôme : S'il était véritablement parfait, il serait vraisemblablement inintéressant. Je compte bien en profiter. (Désolé pour les parfaits qui pourraient passer par ici, s'il y en a.)
Ecrit par : Pierre-Yves | 08 septembre 2008
Magnifique billet. Il est mieux de faire attention à toi Mister Wright ou Right parce que souvent je trouve que ta vie n'est pas toujours facile et que tu mérites milles belles choses.
Et bien oui, on développe des sentiments de protection envers les gens qu'on lit et qu'on découvre même si je sais très bien que tu es une ''grande personne''. Dans le sens propre et figuré ! Bisous Nicole
Ecrit par : nicole | 12 septembre 2008
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