18 août 2008
Diane sous le soleil
Diane a 63 ans. Récemment, elle a été interviewée par une journaliste de la Presse, dans le cadre d’un dossier spécial sur la conférence de Mexico sur le Sida. Elle était heureuse de pouvoir enfin témoigner, de raconter ses longues années de silence. Diane a appris qu’elle était séropositive, en 1986. Elle a vécu dix ans, dans le secret le plus total, sans en parler à personne de son entourage. Dix longues années à se taire. Elle a gardé son secret pour elle jusqu’à sa retraite. La veille de l’entrevue, elle était fébrile. La journaliste lui avait demandé la permission de la photographier. Dynamique, grisonnante et souriante, Diane ne cadre pas avec l’image qu’on se fait généralement des personnes séropositives. Elle a réfléchi toute une nuit. Au matin de l’entrevue, elle m’a annoncé avec beaucoup d’émotion, qu’elle allait le faire. Elle allait témoigner à visage découvert. Il fallait qu’elle le fasse pour toutes ces femmes qui vivent dans la honte et le silence. Un appel de son fils a modifié ses plans. Il habite dans une petite ville de la Rive-Sud, une petite ville où tout le monde se connaît. Et il est hors de question pour lui que des gens apprennent que sa mère est séropositive. Elle était déçue, mais elle a choisi de respecter sa demande. Il n’y aurait pas de photos.
Hier, c’était le défilé de la fierté gaie et lesbienne dans les rues de Montréal. Diane est hétérosexuelle, mais elle s’est fabriqué un masque tout en plume et en dentelle. Elle a enfilé un costume loufoque de ballerine dans lequel même son fils n’aurait pu la reconnaître. Elle s’est jointe au groupe de Maison Plein Cœur, un organisme communautaire qui offre service et soutien aux personnes séropositives. Sans un sou de budget, une dizaine d’hommes et de femmes ont bricolé un char allégorique impressionnant. Ils ont peint à la gouache un vieux pick-up sur lequel ils ont monté un chapiteau. Au centre du chapiteau se balançait un virus souriant, encagé dans une prison sphérique, fabriquée avec les bouteilles de leurs propres médicaments. Diane a dansé avec fougue pendant les deux ou trois heures du défilé. Parmi les milliers de personnes qui l’ont aperçu, bien peu ont dû deviner l’importance de ce geste pour elle. Mais il fallait voir la fierté dans ses yeux après le défilé, lorsqu’on est allé prendre une bière pour célébrer l’évènement. Elle était fatiguée et complètement trempée sous son costume, mais c’était sans importance. Ce jour-là, le soleil ne brillait pas pour rien. Diane était heureuse.

L’article d’Ariane Lacoursière sur Cyberpresse
Je cherche toujours des commanditaires pour financer Maison Plein Cœur, pour que cet organisme puisse continuer à offrir des services et du soutien, pour Diane et des centaines d’autres personnes atteintes. Les dons peuvent être faits par carte de crédit sur la page qui suit : commanditez-moi !
00:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vih, sida, prévention, solidarité, témoignage, femme




Commentaires
Quel magnifique texte, touchant, sincère. J'ai ai eu le petit motton dans la gorge. Je n'ai malheureusement pas pu être a cette parade, mais je suis contente que des gens comme Diane y participe.
Je comprend que son fils préfère que le secret soit gardé. C'est beaucoup plus facile de se voiler la face et de faire comme si de rien n'était. De garder le silence. Malgré tout, selon moi, il aurait du comprendre l'importance de parler, de se dévoiler, pour Diane, même si ce n'est pas une réalité facile a assumer et même si ce n'est pas complètement la sienne.
Il faut briser le silence. Je t'admire beaucoup pour le faire sur ce blogue, la ou tu pourrais tout de même subir de nombreux jugements.
Ecrit par : roxie | 19 août 2008
@ roxie : Cette femme m'émeut chaque fois que je la vois arriver avec son sourire contagieux. Elle me redonne confiance dans la vie. Il y a des gens comme ça.
Ecrit par : Pierre-Yves | 19 août 2008
Juste un commentaire pour montrer que tout le monde n'est pas en vacances;-)
Très joli texte en effet, émouvant aussi parce que c'est dur d'avoir "honte" de sa mère et de faire passer le qu'en dira-t-on des voisins avant ses désirs. La maladie est déjà assez moche comme cela sans devoir en plus, aujourd'hui dans nos pays occidentaux y ajouter la honte...
Elle a beaucoup de courage et les gens comme elle, qui ont le sourire contagieux (je me souviens d'une collègue comme cela, que la vie également n'avait pas épargné), c'est simplement merveilleux, un vrai cadeau...
Ecrit par : Jérôme | 20 août 2008
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