25 juillet 2008
Souffle
« …Juste pour te dire
J’suis fatigué de mourir
Le songe valse aussi
Le songe valse ici
Ici dans mes nuits
Entre la pluie et la poésie… »
Je ne sais pas si je dors vraiment. Il me semble que l’avion vient tout juste de décoller. L’orage est une saison qui s’étire. La pluie lave les vitres des hublots. Les moteurs grondent et rechignent à chaque turbulence. Sale temps pour prendre l’avion. Je suis si fatigué que j’arrive quand même à somnoler, bien calé dans mon siège. J’ai levé une paupière. Je ne rêve pas : on descend. Mais qu’est-ce qui se passe ? On vient tout juste de quitter Dorval en direction de Paris. La seconde paupière remonte à reculons rejoindre l’autre. J’observe une hôtesse de l’air qui range son chariot. La voix du commandant se fait entendre. À cause du mauvais temps, le vol vers Paris est annulé, l’avion doit se poser, immédiatement. Nous sommes actuellement au-dessus de Châteauguay. À ma connaissance, il n’y a pas d’aéroport dans cette petite ville de banlieue. Je me retourne en m’enroulant dans les draps. Je déteste lorsque je fais un rêve stupide et que je suis suffisamment éveillé pour m’en apercevoir.
L’avion descend rapidement. La pluie grise est si dense qu’on pourrait se croire en sous-marins. Impossible de dormir dans la descente. Je me retourne et souris à ma voisine. C’est Chloé Sainte-Marie. On se met à parler de la pluie et… de la pluie, du goût de l’eau, de la beauté des tons de gris. Du froid humide qui vous saisit et du plaisir des couvertures de laine. Et c’est passionnant. On rit. Il y a de l’effervescence dans ses yeux verts. Et la conversation se poursuit longuement dans le bar d’un l’hôtel de l’immense aéroport international de Châteauguay. Nous y passons la nuit à boire des martinis, allongés sur des canapés de cuir vert devant un feu de foyer, pendant que le Québec entier est lentement inondé. Je me demande bien ce que je voulais aller faire à Paris.
Les rêves sont toujours foisonnants de significations. Celui-ci est à l’image de ma vie des derniers jours. Elle m’a amené où je n’aurais jamais pensé vouloir aller. Et, d’une certaine façon, je lui en suis reconnaissant. J’ai trouvé un boulot qui ne m’intéressait pas au départ et à mon étonnement, je m’y plais bien. Rien de prestigieux. Il fallait entendre le silence de ma mère lorsque je lui en ai parlé. Adieu espoirs de prix Nobel. Je fréquente un garçon qui n’a rien d’un prince charmant malgré ses yeux doux. Intense comme un tyrannosaure, susceptible comme une grenade et subtil comme un bulldozer. Il se fâche quand il ne peut pas dormir avec moi et il m’appelle son mari. Un quotidien presque banal où je peux écrire et profiter de toutes les pluies d’été, ennuyeux comme une comédie romantique mettant en vedette Meg Ryan. Un moment pour souffler.
Chloé Sainte-Marie, Simple souffle souple
Textes de Patrice Desbiens, musique de Gilles Bélanger, Je marche à toi, Octant Musique, 2002
00:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : 401e note, journal intime, travail, pluie, amour, avion, rêve




Commentaires
Tu te sens devenir une "desperate housewife" ?
C'est dans ces moments là qu'il faut se rappeler des innombrables journées de solitudes...
un mec qui se fâche quand on ne peut pas dormir avec lui, je trouve ça "mignon" !
Ecrit par : Lovedreamer | 25 juillet 2008
"pas vraiment méchant, jamais content!"... non, je plaisante ; profites-bien de ce(s) moment(s) pour souffler et retrouver un peu de paix. A toi de faire de ton quotidien un univers jamais ennuyeux ni banal. C'est souvent plus possible à deux (je le sais par expérience...) et avec un tyrannosaure/grenade/bulldozer et toi, pas de souci à se faire de se côté là! tous mes voeux de bonne continuation dans ta "comédie" romantique!
Ecrit par : Jérôme | 25 juillet 2008
J'ai récemment décrit à mon psy un rêve très précis, celui d'un cargo rouge qui s'échouait par la proue non loin d'une plage qui m'est particulièrement familière. Il a trouvé cette image très intéressante et a ajouté que c'était bien, que le cerveau travaillait dans le bon sens...
Tes déboires onirico-aéronautique seraient donc de très bonne augure ! ^^
Ecrit par : Kab-Aod | 25 juillet 2008
"Intense comme un tyrannosaure, susceptible comme une grenade et subtil comme un bulldozer." Les métaphores sont cruellement primitives, explosives et mécaniques.
Ecrit par : Eric | 25 juillet 2008
@ Éric : J'espère qu'il ne me lira pas. Mais je te jure, ça le décrit assez bien. ;-)
@ Kab-Aod : Je crois que les rêves sont essentiels.
@ Jérôme : :-)
@ Lovedreamer : Mignon ? C'est parfois craquant, mais parfois insupportable.
Ecrit par : Pierre-Yves | 25 juillet 2008
Joli billet, comme un clin d'oeil à ton ancienne vie. J'aime bien : ''intense comme un tyrannosaure, susceptible comme une grenade et subtil comme un bulldozer''. ''Il se fâche quand il ne peut pas dormir avec moi et il m'appelle mon mari ''. Il est un peu possessif comme mon tyrannosaure à moi. Juste un peu, juste ce qu'il faut. Par contre, mon tyrannosaure ne m'appelle pas du tout : sa femme (et je suis mariée). J'ai une allergie chronique au mot. Je ne sais pas pourquoi et je ne cherche pas à le savoir. En tout cas, tu m'a fait bien rire ! Profite bien de ton tyrannosaure bulldozer et un beau bonjour à ton mari ! Le prix Nobel, tu l'as trouvé. C'est ton bonheur, ton équilibre !
Bisous
Nicole
Ecrit par : nicole | 25 juillet 2008
une phrase que je ne comprends pas : "je me demande bien ce que je voulais aller faire à Paris." Voilà bien une question que personne ne songerait à se poser... Enfin je te rappelle que tu as cinq bonnes raisons d'aimer dormir avec "lui"...
Ecrit par : littleblue | 29 juillet 2008
@ littleblue : :-) Je ne l'oublie pas.
@ nicole : J'ai transmis le bonjour. Il ne veut pas lire mon blogue. (Je sais pas pourquoi ;-)
Ecrit par : Pierre-Yves | 29 juillet 2008
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