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18 juillet 2008
Rock and roll
« Create memories, go camping » disait la brochure qu’une blonde ontarienne nous a tendue en baragouinant un français approximatif. Nous avons repris la 401 qui allait nous mener jusque sur les rives des Grands Lacs. Louis-Philippe tenait absolument à m’emmener camper. On manquait de temps pour gagner les plages de la Nouvelle-Angleterre. On a donc opté pour l’Ontario, sur les recommandations de ma sœur. Nous nous sommes émerveillés devant l’eau cristalline des bras du fleuve qui étreignent les mille huit cents îles de la région de Thousand Islands . Nous avons doré sous le ciel immense qui se déploie au-dessus du lac Ontario. Quatre jours sans anicroche, malgré nos deux caractères volcaniques. L’eau froide ne m’a pas empêché de patauger dans les vagues. Une tente qui prenait l’eau et une journée complète d’averses ne sont pas arrivés à assombrir ces vacances, amplement méritées. Ma tête s’est complètement vidée après une soirée à observer les lucioles clignoter au pied des arbres, les constellations estivales et la braise qui rougeoyait sous le feu de bois.
Une fois de plus, je me retrouvais chômeur. J’avais prévu m’arrêter quelques semaines et profiter de l’été. Au cours des derniers mois, j’avais proposé mes services à différents organismes de prévention du VIH/Sida. Un concours de circonstances a fait que mon curriculum vitae est tombée entre les mains du directeur général de l’un de ces centres, au moment où trois membres du personnel annonçaient leur intention de partir. Deux jours après mon retour d’Ontario, j’avais une entrevue et dès le lendemain, je commençais ma formation. Je me retrouve donc à nouveau intervenant psychosocial, après une parenthèse de presque 10 ans. Je suis responsable de l’accueil et du service de massothérapie. Par moment, je trouve ça pas mal rock ’n' roll. Je me rends compte à quel point je suis privilégié. Je côtoie désormais les pauvres parmi les pauvres. Isolement, toxicomanie, problème de santé mentale, violence, pauvreté : Je croise souvent des hommes pour qui le virus semble dérisoire en comparaison des montagnes de difficultés qui encombrent leurs vies. Et je renoue avec l’impuissance.
Ça m’inquiète un peu. Est-ce que je serai à la hauteur ? Aurai-je le temps et surtout l’énergie d’écrire les textes qu’on m’a commandés tout en travaillant à temps plein ? J’avance un jour à la fois. Pour le moment, aucun de ses contrats de rédaction n’a été signé. Et tant qu’ils ne sont pas signés, les contrats demeurent virtuels. L’ambiance est définitivement plus sympathique qu’à mon dernier boulot et je n’aurai pas le stress de devoir chercher du travail avant longtemps. Le poste est permanent… Le mot permanent me terrorise. Dans ma caboche, la permanence est l’antithèse de la liberté et moi, j’ai toujours aimé la bohème. Mais avec l’argent qui entre, je pourrai bientôt me payer une bonne caméra numérique et peut-être une nouvelle tente pour retourner camper et… engranger les souvenirs.
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Commentaires
La liberté c'est de faire ce que tu choisis... alors si ton choix est un place "permanente" (mais y-a-t-il quelque chose de réellement permanent?) alors tu restes libre.
Et puis va vos "caractères volcaniques" et un boulot "rock'n roll", tu ne vas pas t'ennuyer!
Bonne route!
Ecrit par : jérôme | 18 juillet 2008
De toute façon, permanent ou pas, si un jour tu es lassé tu pourras toujours rompre le contrat mais c'est vrai que le terme est effrayant. "Pour une durée indéterminée", c'est plus long à formuler mais ça passe mieux.
Psychologiquement, humainement, ça a l'air très dur comme travail. Bon courage à toi.
Ecrit par : Lovedreamer | 18 juillet 2008
Confiance... il faut te faire confiance. Si tout ça t'arrive en ce moment c'est que tu peux y arriver, tu es capable. Tu vois, je suis drôlement contente pour toi. Tourne le dos aux pensées négatives et ouvre tes bras vers l'inconnu. Un jour à la fois, c'est moralisateur, j'aime pas, mais c'est vrai. Tu as rencontré l'amour, tu as un nouveau travail, des projets. Ne place aucune barrière sur ton chemin. Ne te boycotte pas ! La liberté, c'est d'arrêter d'avoir peur et de foncer vers l'inconnu. Peu importe le résultat, c'est essayer. La liberté c'est en nous. Ce n'est pas nécessairement être libre que de changer d'emploi. Ça reste une forme de liberté mais la vraie liberté est plus profonde que ça, elle est dans ton âme, dans tes pensées...
Bisous
Nicole
Ecrit par : nicole | 18 juillet 2008
"Ma tête s’est complètement vidée après une soirée à observer les lucioles clignoter au pied des arbres, les constellations estivales et la braise qui rougeoyait sous le feu de bois..."
J'image bien, oui.
Ecrit par : Nicolas Bleusher | 19 juillet 2008
Ca fait du bien de vous lire sur ce ton
Ecrit par : Plume | 21 juillet 2008
Toi alors, on peut dire que tu n'as pas peur des changements radicaux!
Ecrit par : Kitty78 | 22 juillet 2008
@ Kitty : Je les recherche plutôt. Mais ils sont moins radicaux qu'ils en ont l'air et en vieillissant j'en comprends mieux la logique.
@ Plume : Pourtant, c'est bien plus difficile d'écrire et de rendre le tout intéressant ! Le drame est bien pratique.
@ Nicolas : Presque le paradis. On devrait tous vivre dans les bois.
@ nicole : La liberté, c'est peut-être d'arrêter de réfléchir.
@ Lovedreamer : C'est vrai que c'est seulement un mot. La permanence dans la vraie vie, ça n'existe pas.
@ jérôme : Pas envie de m'ennuyer. J'aime l'aventure. ;-)
Ecrit par : Pierre-Yves | 22 juillet 2008
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