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23 mai 2008

Le jardin

Ma vie m’emmerde. Travailler, travailler, travailler. Faire la vaisselle, manger, je devrais dire m’empiffrer pour tenir la route, dormir puis travailler encore et recommencer. Je déteste toujours autant ce contrat qui s’étirera jusqu’en juillet. Je me suis pardonné de ne pas avoir le cran de démissionner immédiatement et j’ai retrouvé le sommeil. Ou bien c’est la fatigue qui a eu raison de mon orgueil disproportionné. Je n’ai pas rappelé Ziggy, je ne rappelle plus personne. Plus envie. Plus le temps. La solitude est mon ordinaire.

Je pense à mon jardin qui dort tout près du parc. Dans la terre argileuse, j’ai planté des piments forts, des poivrons doux et du basilic, de la coriandre et du melon de Montréal. J’ai failli mettre à mort le plus petit plant de melon en marchant dessus. J’ai acheté un plant de stevia, cette plante qui remplace le sucre, sans les inconvénients des édulcorants. Au milieu du potager, j’ai planté des tomates cerise, de la menthe ananas, du persil frisé et des oignons rouges. Dans le coin nord-ouest, une verveine citronnelle grandit entre les cosmos blancs. Les fraises sauvages sont apparues toutes seules. Parmi elles, j’ai ajouté quelques pensées et une hémérocalle pour mettre de la couleur dans mes salades estivales. Les semences de laitue, de carotte et de radis sont encore dans leurs sachets. Je n’ai pas eu le temps de semer. Du côté sud se déploient les feuilles d’une immense rhubarbe. Elles me servent à cacher mes outils et ce que je veux laisser dans le jardin, à l’abri des regards. Tout près, j’ai placé une rangée d’héliotrope d’un bleu profond dans l’espoir d’avoir la visite du roi des papillons, au cours de l’été.

Quand je suis là à remuer la terre, à livrer ma paisible guerre aux pissenlits, j’oublie pour un moment le terne de ma vie. J’oublie le vide et le futile. J’en oublie même que je suis seul. Dans le bosquet qui borde la clôture, les oiseaux rivalisent de virtuosité. Les cumulus font des courses au-dessus de ma tête. Et le vent fou charrie les parfums des pommiers en fleurs.

Je n’ai presque pas de temps à passer là-bas. Je n’ai pas couru depuis une semaine. Je ne trouve même plus le temps d’aller nager. Heureusement, la météo se charge de soigner les plants. Depuis deux semaines, les déluges tropicaux alternent avec les heures où le soleil brille de tous ces feux. Le cœur du terreau garde son humidité. Un jour, peut-être, j’aurais un peu de liberté. Je poserai enfin le pied sur terre. Je retournerai courir et j’irai nager. Et si les oiseaux, les lièvres et les écureuils m’en laissent un peu, je pourrai croquer dans une tomate gorgée d’été.

Commentaires

Il faut cultiver son jardin, dixit Voltaire...Il est vrai que les mains dans la terre on oublit l'espace de quelques heures nos soucis. Les graines sont semés, dans quelques mois se sera le moment des récoltes de ce dur labeur... Peut être notre vie en ce moment ne nous ammène pas les joies que l'on attend, on se réfugie tant bien que mal dans le travail sans pour autant savoir ce que l'on pourra en retirer, le travail de la terre est moins ingrat. Héliotrope? Pour moi cela est une pierre, il y a donc une fleur bleu qui possède le même nom, vais faire quelques recherches.

Ecrit par : Romain | 24 mai 2008

Le travail, en ce moment, n'est pas mon refuge, mais plutôt une source de stress et de frustration dont je ne peux me débarrasser pour des raisons strictement alimentaires. Le nom botanique est Heliotropium arborescens, son parfum a inspiré celui de la poudre pour bébé.

Ecrit par : Pierre-Yves | 24 mai 2008

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