11 janvier 2008

La vie de plateau II

Je ne sais pas si c’est la grisaille de janvier, mais j’ai la plume un peu sèche. Depuis quelques années, je rêvais de ce contrat. Après une semaine de travail, je fonce vers la terre comme cette pluie glacée qui est tombée toute la journée. Fatigué, épuisé, lessivé. Dieu merci, c’est vendredi.

Au cours des derniers jours, j’ai sillonné l’arrondissement dans tous les sens pour débusquer les futurs îlots de chaleur estivale et évaluer les possibilités d’y planter des arbres. J’ai couru les ruelles. Certaines sont magnifiques, d’autres, complètement dévastées. Je redécouvre les grandeurs et les misères de ce quartier magnétique, le Plateau-Mont-Royal. Et son snobisme un peu ridicule, mais attachant. Je découvre également les dessous pas toujours verts du milieu des organismes en environnement. Les ressources sont rares et chacun tire sur son coin de couverture. Louvoiement politique et guéguerres de clochers créent une atmosphère de travail assez particulière.

Ce que je pourrai réaliser pendant ce contrat me paraît insignifiant par rapport à tout ce qu’il y aurait à faire. Mes projets de verdissement seront presque imperceptibles dans cette mer de briques, d’asphalte et de béton. Et, avant de pouvoir planter mes mains dans la terre, au début de l’été, il me faudra combattre des hordes de fonctionnaires apathiques ou véreux. Ouvrir mon chemin dans une jungle de formulaires. Survivre à l’asphyxie, lorsque je serai submergé par des tonnes de paperasses, autorisations, dérogations, subventions.

Je tire mon épingle du jeu en me répétant intérieurement que ce n’est qu’un travail. Je joue les innocents lorsque c’est à mon avantage. Je tourne les coins ronds pour obtenir ce que je veux. Je serre des mains. Je ris des blagues creuses dans les 5 à 7 et j’applaudis les élus en souriant béatement. Un jour, dans quelques mois seulement, ce sera l’été. Et il y aura des enfants, au fond d’une ruelle, qui joueront à la marelle entre les massifs de sauges ou de marguerites. Dans quinze ou vingt ans, des amoureux viendront peut-être, en catimini, graver leurs initiales sur le tronc d’un févier que j’aurai planté.

973cb4065f3015b3c89a7babd8025767.jpg
Ruelle quelque part entre Laurier et Masson

Commentaires

Passage avec émotion. Emotion des mots, tout simplement. Bien à toi pour 2008.

Ecrit par : xavier | 12 janvier 2008

cher Pierre-yves,
je vous souhaite une belle année 08.
Et de l'amour, de la plénitude, enfin.
j'aime toujours autant vous lire.
amitiés,
valentine

Ecrit par : blue valentine | 13 janvier 2008

Faut pas oublier els oiseaux quiferont leur nid les bébés qui naitront là, les mamans quis'arrêteront sur un banc à l'ombre avec leur poussette...
Votre site est la première découverte de cette année 2008. Et puisqu'il ne me faut que quelques jours pour devenir totalement fan, j'espère que cette nouvelle année sera très belle pour vous.

Ecrit par : Ju | 13 janvier 2008

Tu pourras peu, certes, mais peu c'est déjà beaucoup ^^
Biz

Ecrit par : Kitty78 | 13 janvier 2008

Ecrire un commentaire