17 décembre 2007

Tempête et fiesta

Samedi soir, je me paye la traite : un souper avec ma petite sœur chez Tri-express. Carpaccio de filet mignon, vivaneau mariné cuit au four, et makis inspirés. Tout était tellement succulent que ça me paraissait presque indécent. Le décor lumineux et sympathique, la musique de M, et le sourire espiègle de Tri, derrière son comptoir, rendent l’atmosphère légère. Même le thé parfumé de grains de riz grillés est surprenant et délicieux.

Par la suite, nous nous rendons au Gymnase pour la soirée C’est Extra. Thomas, mon ancien coloc, est venu nous rejoindre. Ces soirées de musique rétro francophone existent depuis presque dix ans. L’avantage c’est que le côté snobinard et branchouille est complètement tombé, au fil des années. L’ambiance est bon-enfant, l’atmosphère suinte le plaisir. Je connais les paroles de toutes les chansons par cœur. Et après une pinte de rousse et quelques Black Russian, je m’élance sur la piste de danse. On annonce une seconde tempête de neige. Et l’hiver n’est même pas officiellement commencé. C’est peut-être ce qui explique cette électricité qui court dans l’air.

À l’autre bout du bar, un garçon brun, avec un t-shirt Dolce & Gabanna, secoue la tête au rythme de la musique. À mon avis, c’est le plus bel homme de l’endroit. Plus tard, j’apprendrai qu’il s’appelle Karim. C’est toujours risqué de draguer un gars dans un bar straight. Mais ça ajoute du challenge. Mieux vaut observer avant d’agir. Le bellâtre ne passe pas inaperçu. Une grande blonde aux cheveux longs l’a remarqué, elle aussi. Elle s’est mise à lui tourner autour dès qu’il a posé un pied sur la piste de danse. Mais le beau Karim ne semble pas la voir. Une brunette pétillante n’a pas plus de succès. Ma sœur est convaincue qu’il regarde davantage les garçons que les filles. Mais il a l’air un peu coincé dans sa bulle et fermé à tous contact.

Sur la piste de danse, tout le monde a le sourire accroché au visage. Même ma sœur est au milieu de la foule, les deux bras en l’air. Avec son chandail rayé et ses lunettes, la D.J. semble sortie d’un album d’Où est Charlie. Elle a tellement l’air de s’éclater qu’on ne se lasse pas de la regarder se trémousser derrière ses tables tournantes. Ses goûts musicaux hétéroclites vont de Plastic Bertrand à Joe Dassin, en passant par la Compagnie Créole. (J’ai mis un échantillon de la soirée dans la liste Airs du moment.) Un homme plutôt carré m’envoie quelques regards appuyés. Il a le visage triangulaire, de beaux sourcils, des pommettes saillantes et des favoris. Le plafond est bas et j’ai failli accrocher un spot en sautant les bras en l’air, en chantant le refrain de Désenchantée de Mylène Farmer.

À un certain moment, la fatigue me rattrape et je sors du cercle des danseurs pour souffler un peu. Je me retourne, l'homme qui m'a fait de l'oeil sur la piste de danse est juste à côté de mon épaule. Il me lance : « Quand je t’ai vu entrer, tantôt, ça m’a fait un coup au cœur. » Ça ne pèche pas par originalité, mais ça fait le travail. J’ai le sourire qui s’élargit. Il me demande si Thomas est mon chum. « Non, non », que je m’empresse de lui répondre. La conversation est entamée, les présentations sont faites. Il me raconte qu’il est né dans le Bas-du-Fleuve. C’est la seconde fois qu’il vient prendre un verre ici. D’un commun accord, on retourne danser.

Il est infatigable. Je pense que je vais avoir fait mon cardio pour la semaine. Le last-call approche et on est toujours sur la piste de danse. Accoudé au bar, on griffonne nos numéros de téléphone au dos d’un flyer. Il s’agit d’une publicité pour le party du 31 décembre : 25.00 $, champagne inclus. Ça me plairait bien de défoncer l’année en riant sur des vieux tubes.

Je sors, la chemise trempée de sueurs. Thomas vient me rejoindre après être allé saluer le beau Karim. La neige est rêche et le vent, glacé. On sautille sur place, les bras en l’air, pour attirer l’attention d’un taxi. Avant que la voiture ne s’enlise complètement dans la neige, au coin d’Ontario, je descends chez Thomas pour y passer la nuit.

Le lendemain matin, on joue aux cartes en regardant tomber la neige. Thomas a préparé du chocolat chaud. Sa voisine rockeuse vient de pelleter les balcons et elle est entrée pour se réchauffer. Elle est tout habillée en noir. Elle a des agrafes dans le nez et le sourcil. Je me demande comment elle fait pour tenir une pelle. Ses faux ongles sont presque plus longs que ses doigts. Je l'ai toujours trouvé sympathique. La neige tombe sans arrêt et le vent secoue la poudrerie. L’air est blanc et le ciel reste sombre. Les grondements mauvais du tonnerre succèdent à l’éclat des éclairs. Les flocons ou les grêlons crépitent sur la fenêtre. Demain lundi, toute la ville sera paralysée. Dans les prochains jours, si on arrive à déterrer la voiture de Thomas, on ira faire une virée au Ikea avant que la foule des petits couples du 450 n’envahisse l’endroit avec leur marmaille. Il me faut une nouvelle housse de couette.

Commentaires

J'adorerai être coincé dans une tempête de neige... Avec des chocolats chaud...

Ecrit par : Dan | 17 décembre 2007

Un dimanche, c'est bien agréable. Mais je te jure que le lundi, quand il faut se déplacer, c'est moins drôle.

Ecrit par : Pierre-Yves | 17 décembre 2007

Dimanche ou lundi, quand il faut déneiger huit fois de suite les entrées de l'immeuble parce que la neige tombe par moments au rythme de 15 cm à l'heure, sans compter l'effet du vent qui pousse la neige sur tous les obstacles, dont les parois de l'entrée, sans compter que les chasse-neige qui dégagent les trottoirs bloquent en 5 secondes ce qui a pris une heure à dégager, et que ce n'est même pas encore l'hiver, on se met à rêver de pays chauds.

Ecrit par : Alcib | 17 décembre 2007

Je crois comprendre que tu n'apprécies pas la neige. :-))
Je te comprends. J'ai mis presque une heure à rentrer chez moi par les trottoirs qui n'étaient pas déneigés. Les charmants automobilistes de ma rue envoient toute leur neige sur le trottoir. Par endroit, j'en avais jusqu'aux cuisses. J'ai entendu dire que certains météorologues prévoient que ce sera une année terrible pour les tempêtes de neige. Il devrait y en avoir une vingtaine au cours de l'hiver. Ce serait à cause des changements climatiques...

Ecrit par : Pierre-Yves | 17 décembre 2007

Oh moi j'adore ! Les tempêtes et les après tempête... Plus y'en a et plus je suis heureuse ! Et à chaque fois c'est la même chose; je défie ma mini de 7 ans de me prouver que son coeur d'enfant est plus grand que le mien.

Sinon, encore un autre texte qui mériterait de se retrouver dans un livre :)

Ecrit par : bpco | 18 décembre 2007

C'est tellement agréable de faire la fête. C'est la chose que j'aime le plus au monde. Celle-là semblait particulièrement réussie. Chanceux!

Ecrit par : Nitram | 18 décembre 2007

@ Nitram : C'était effectivement une soirée de rêve. La prochaine fois que je vais au Gymnase, je te téléphone.
@ bpco : C'est vrai que c'est beau. J'essaierai de garder mon coeur d'enfant quand je prendrai l'autobus. :-)

Ecrit par : Pierre-Yves | 18 décembre 2007

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