02 décembre 2007
De quoi j’ai peur
« Elle glace le sang, brise les élans
Elle sert les fesses, elle claque des dents
Mouille les culottes, rend les cheveux blancs
Elle ouvre la porte, dans un coup de vent
La peur nous fige et nous endort
La peur nous suit même dans la mort
On a tous un monstre dans la vie
Ben caché en dessous de notre lit... »
Vous avez peut-être, vous aussi, des squelettes cachés dans le placard, des poussières oubliées sous le tapis, des ombres qu’on préfère ne pas voir, derrière le canapé. Je gesticule, comme si je voulais chasser des moustiques. Mais je m’agite dans le vide. Je ne fais que chatouiller les fantômes qui dansent dans mon imagination. Don Quichotte avait plus de chance d’atteindre ses moulins à vent.
J’ai peur de vivre toujours la même histoire, de tourner en rond et de me mordre la queue. J’ai peur d’être un aveugle qui arpente les fonds de culs-de-sac. J’ai peur de l’hiver et de la pluie qui s’abat sur la ville. Je détourne les yeux quand je croise un père Noël. L’avion du cow-boy doit décoller dans le couchant. Il survole peut-être les plaines ou les Grands Lacs. Est-il heureux de rentrer dans son île d’adoption ou a-t-il le sentiment de repartir en exil ? Peut-être que les rosiers des prairies ont un parfum plus doux. Et s’il choisissait de ne jamais revenir ?
J’ai peur que les jours tombent l’un après l’autre comme des dominos. Et que le téléphone s’obstine à se taire. J’ai peur de mariner dans ma frustration jusqu’à devenir aigre ou amer. J’ai peur de m’empêtrer dans mes scénarios apocalyptiques et de trébucher. J’ai peur de me faire avoir, d’être utilisé comme un bouche-trou ou un trophée. J’ai peur d’être le prix de consolation. Celui que l’on préfère oublier sur une tablette pleine de poussière.
« ...Puis vient la phobie des bibittes
La chienne d’aimer, ou de venir trop vite
De perdre la face, de perdre ses cheveux
De perdre ma place si je j’fais pas mieux... »
Et si on inversait les rôles. Depuis que l’on se connaît, c’est toujours moi qui mets mon pied dans la porte et qui essaie d’entrer pendant que lui pousse de l’autre côté pour la refermer. S’il fallait soudainement qu’il ouvre et qu’il me regarde dans les yeux, je serais paniqué. J’aurais peur de ne pas être à la hauteur, d’être un mauvais amant. J’aurais peur de le décevoir, que tous mes défauts lui sautent au visage. Que mes montagnes de problèmes déboulent sans que je puisse les retenir.
Et au même moment, j’aurais peur qu’il ne soit pas à la hauteur, qu’il me déçoive. J’aurais peur de rester pris dans les barbelés qu’il a déroulés tout autour de lui. J’aurais peur de me blesser sur ses épines. J’ai peur de sa colère, de ses vieilles douleurs et de tout ce qu’il cache jalousement dans ses placards à lui.
Je me projette trop loin dans l’avenir et j’ai peur de le perdre avant même de l’avoir trouvé. J’ai peur de m’attacher et de souffrir de son absence. J’ai peur de tous ces garçons qui rôdent autour de lui, craquant de charme, diablement sexy. Les comiques aux rires francs, les grands, les blonds ou les bronzés. Les millionnaires racés qui roulent en BM. Les jeunes tout frais qui débarquent en ville. Les prix Nobel de littérature. Les pompiers qui n’ont pas de feux à éteindre. Et les livreurs de pizza aux accents épicés.
Mais je crois que je préfère mes fantômes mélodramatiques, qui dansent et gesticulent, au silence et à l’absence. Eux au moins, me tiennent fidèlement compagnie. Ce sont de vieilles connaissances. Je préfère le rouge et le noir à ce gris qui étouffe le ciel. Et ce qui me fait réellement peur c’est d’avoir tout imaginé. Qu’il n’y ait rien de réel, entre lui et moi. J’ai peur de finir mes jours tout seul, dans la nuit.
« ...Mais, anyway, il faut s’y faire
Les monstres sortent rarement de leur tanière
Sauf pour venir, comme par hasard
Faire la cuillère sur notre lit de mort. »
J’ai eu le coup de foudre pour cette chanson : Un monstre sous mon lit, Tricot Machine
00:05 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, peur, amour, solitude, musique, rêve




Commentaires
Il me semble que les nuits de solitudes soient encore loin, de nombreuses personnes doivent te soutenir au quotidien.
Les ombres nous rassurent car nous les connaissons, nous avons vécu avec ces dernières, nous en avons créé certaines. Il faut se dire que l’on ne peut avoir d’impact direct sur ce que nous ne pouvons toucher, sur ce qui ne dépend pas de nous. Et le fait de ne pouvoir "contrôler" l’autre en quelques sortes nous effraie. La distance n’arrange rien à cela, car l’éloignement favorise les chimères et donne plus de substances aux rêves que l’on fait, nous faisant mélanger rêve et réalité.
On dit souvent loin des yeux loin du cœur ; cependant cette phrase n’ai vrai que pour les histoire sans lendemain. Pour une vraie histoire, le temps et la distance favorise de douces retrouvailles.
Je ne connaissais pas le groupe Tricot Machine, mais ton post m’a fait penser à une chanson particulière.
http://fr.youtube.com/watch?v=9ajvLiaCEuo
Écrit par : Romain | 03 décembre 2007
@ Romain : Comment savoir si une histoire est vraie ? Est-ce vraiment possible ? C'est vrai que les ombres sont rassurantes. Je vais voir la chanson.
Écrit par : Pierre-Yves | 03 décembre 2007
Je rebondis sur la question que tu poses à Romain. Je crois qu'on ne sais jamais vraiment si une histoire est vraie. Sans doute est-ce à soi d'y croire assez pour qu'elle prenne corps. Car, la manière dont tu y crois influence aussi l'autre.
Même quand on vit avec la même personne depuis des années et des années, il arrive de douter. En amour, il n'y a jamais de certitude absolue. L'amour est associé au tourment autant qu'au bonheur. C'est si étrange quand on y pense… Peut-être faut-il savoir se laisser porter sans trop réfléchir… (je te dis ça, mais moi je ne sais pas le faire!).
Moi, la seule chose dont j'ai vraiment peur, aujourd'hui, c'est de la maladie et de la souffrance physique. J'ai vu ma mère mourir du cancer et, après ça, tout le reste semble moins grave…
Écrit par : Kitty78 | 04 décembre 2007
Pour moi l’amour est vrai du moment que les sentiments sont partagés. Donc oui cela est possible.
Après que la distance soit de la partie ou non, cela ne changera pas la véracité des sentiments à un instant donné.(là je peux en parler d’expérience ;-) ) Après le temps fait son œuvre, un ami à moi m’a dit que le temps devait être un « ami », avec lequel on marche main dans la main au lieu de lui faire porter tous nos maux.
Comme le propose Kitty le mieux est de laisser le temps passer, laisser les évènements s’écouler tranquillement. Cependant tout comme Kitty c’est une chose que je ne peux faire. Il est difficile de ne pas vouloir prendre le contrôle des évènements (même si cela n’est qu’une illusion), de se laisser porter alors que notre cerveau nous entraînes à travers des milliards de rêves. Je n’ai pas cette faculté même si elle serait utile dans la vie de tous les jours.
Cependant il n’y a aucune certitude concernant l’amour ou tout autre sentiment, notre nature humaine est changeante et il est difficile de trouver un point d’ancrage face à la marée de peur qui nous submerge.
La plus grande peur que l’on a est la perte de l’autre, qu’importe la manière, c’est la perte de la présence qui est intolérable. Je suis désolé pour la mort de ta mère, la maladie est une chose terrible en soi, le cancer fait partie de notre vie de tout les jours hélas. J’ai perdu aussi des proches du cancer, cela est horrible, mais au moins on est présent on a l’impression d’être présent pour l’autre même si on ne peut les accompagner pour le « dernier voyage ».
Mais le fait d’aimer est une chose merveilleuse en soi.
Écrit par : Romain | 04 décembre 2007
@ Kitty : La peur de la maladie et de la mort est celle qui sous-tend toutes les autres dans ma vie. C'est elle qui leur donne cette intensité parfois démesurée.
Écrit par : Pierre-Yves | 05 décembre 2007
Je m'en doute bien, Pierre-Yves.
Biz
Écrit par : Kitty78 | 06 décembre 2007
Écrire un commentaire