23 novembre 2007

Cinéma

J’ai eu un choc en ouvrant les stores. Il est bien trop tôt pour la neige. Une chape blanche recouvre les balcons et les trottoirs. Elle semble vouloir figer le temps. Actuellement, je travaille de chez moi. Ça a plusieurs avantages. Pas besoin de m’habiller ou de me raser. J’écoute la musique qui me plaît, je n’ai pas d’horaires fixes. Mais par moment, l’absence d’interaction me manque un peu. Les chèques de paie sont à peu près le seul feed-back que je reçois. La solitude ne me pesait pas trop lorsque je pouvais enfiler un manteau et partir sous le soleil. Mais la neige et les trottoirs glacés me donnent l’impression d’être confiné à l’intérieur, de devoir hiverner. Cette curieuse lumière froide et humide rend plus pressantes mes envies de chaleur humaine. Heureusement, ce soir je vais au cinéma.

Je suis parti à l’avance pour être certain d’arriver à l’heure. Dans le métro, quatre employés bloquent les tourniquets. Une petite bonne femme à lunette semble très fière d’annoncer à tous les gens qui attendent qu’il y a eu un suicide à la station Saint-Laurent et que dans ces cas-là c’est toujours trèèès long. Elle doit être tout excitée qu’il se passe quelque chose dans sa morne vie de guichetière surpayée. Mais ça manque un peu de professionnalisme. On n’annonce pas un suicide comme un chien écrasé. D'ailleurs, la voix robotisée se fait entendre après trois sons de cloche : « Attention, attention, une intervention des ambulanciers nous oblige à interrompre le service sur la ligne verte entre les stations… » Je me demande si le cow-boy a pris le métro. Il habite à l’autre bout de la même ligne.

La foule s’accumule devant les tourniquets. Je devrais peut-être prendre un taxi. On se voit si peu souvent, je ne suis pas pour arriver en retard. La bonne femme claironne à qui veut l’entendre : « Ah… Ils annoncent dans cinq minutes, mais ça risque d’être plus long, vous savez dans ces cas-là… »

Finalement, le service est rétabli à l’heure prévue, la bonne femme regagne son guichet, l’air déçu. La foule s’engouffre dans les escaliers. Je déteste être en retard. Il me reste dix minutes pour me rendre au cinéma Impérial. Je me penche au-dessus du quai pour scruter le tunnel, Pas de métro en vue. Je prends donc la décision de remonter dans la rue et d’attraper un taxi.

Nous n’avons même pas bougé, bloqués par un feu rouge que déjà le compteur du taxi s’emballe. La soirée va me coûter cher. La voiture fait du slalom dans la circulation. La chaussée est couverte de verglas. Nous attrapons tous les feux rouges. Puis le taxi se gare devant le cinéma. Il y a une longue ligne d’attente qui longe toute la façade. Je déteste faire une arrivée aussi peu discrète. Y avoir pensé plus tôt, j’aurais demandé au chauffeur de me faire descendre au coin de la rue.

Puis je me retourne et par la fenêtre, au milieu de la ligne juste en face de moi, le cow-boy est là et il me sourit. En une fraction de seconde, envolés la déprime hivernale, le stress et l’embarras. Je paye le chauffeur en souriant. Puis, tout fier, je sors du taxi. Je marche vers lui et j’enjambe le câble qui délimite la ligne d’attente. Il a acheté les billets. C’est gentil. Je lui raconte mon histoire de métro. Il m’embrasse. Je jette un œil à la ligne derrière moi. J’ai eu le goût de leur tirer la langue et de leur lancer : « Vous avez vu ? C’est moi qu’il attendait. C’est moi qu’il a embrassé ! »

Le cinéma Impérial n’est utilisé que pour les festivals. Le décor est vraiment fastueux. C’est le cow-boy qui a choisi le film, un film « canadian » dans le cadre du festival de cinéma gai Image et Nation :

Breakfast with Scot

Éric (Tom Cavanagh) est un commentateur sportif dans un grand réseau de Toronto. Pour faire sa marque dans ce milieu macho et homophobe, il a choisi de taire son homosexualité. Son copain Sam (Ben Shenkman) hérite temporairement de la garde de son neveu, un petit garçon de 11 ans qui porte des boas et des bijoux, se passionne pour les comédies musicales et ignore tout du hockey. La confrontation entre ces deux univers ne se fera pas sans heurts. Ce film de Laurie Lynd (DeGrassi High) est une version canadienne de Ma vie en rose. Un film de Noël pour toute la famille qui parle avec humour d’enfance et de différences, de hockey et d’homosexualité. La direction d’acteur est solide et les comédiens sont tous excellents, particulièrement Noah Bernett qui joue le rôle-titre. Tom Cavanagh et Ben Shenkman sont plutôt agréables à regarder et le dénouement, un peu prévisible, est tout de même bien ficelé.
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La Ligue Nationale de Hockey a accepté de commanditer ce film à thématique gaie, ce qui est une première. Et Elton John a offert les droits d’une chanson pour le générique final. Ce film canadien n’a pas de gros budget de promotion et il risque de passer inaperçu face aux blockbusters du cinéma américain. Il est sorti en salles à Toronto et dans plusieurs villes canadiennes, mais aucune sortie n’est encore annoncée à Montréal.

Commentaires

En Belgique, çà arrive plus avec les trains qu'avec les métros et quand c'est le cas, l'annonce est du style "Suite à un accident de personne, les trains sont momentanément supprimés".
J' ai toujours trouvé le terme "accident de personne" assez surprenant...

Ecrit par : Atichoo! | 23 novembre 2007

Je pense que nous verrons Breakfast with Scott en France. Malgré de petit budgert, le cinéma Canadien arrive toujours à sortir des films drôles, percutant, et porteur d'un message qui ne moralise pas. Je me rappelle de C.R.A.Z.Y. par exemple. C'est un film aussi à petit budget, il a eu un succès considérable et j'avais adoré. Je crois que les francophone sont toujours un peu tight-up pour parler homosexualité, que ça passe quand s'est traité à la façon cage aux folles ou Poltergay. Mais il y a tout de même un belle avancée de l'ouverture d'esprit sur ce sujet... Merci donc pour l'info... je t'embrasse, à bientôt.

Ecrit par : Nicolas | 24 novembre 2007

@ Nicolas : Les cinémas québécois et canadien sont deux univers diamétralement opposé. Un film comme C.R.A.Z.Y. n'aurait pas pu être fait au Canada anglais. Et Breakfast with Scot est typiquement canadien. Bien que le film traite de l'homosexualité, la sexualité y est complètement évacuée. En fait, si les personnages n'utilisaient pas le mot "gay", on pourrait croire que ce couple d'hommes sont des co-locataires. Ça m'a un peu donné l'impression de voir un film pour enfants. En général, les Canadiens anglais sont plus puritains que les Québécois, et plus influencé par la culture américaine.
@ Atichoo : Le terme est plutôt étrange, en effet. Les systèmes de transport en commun par train sont très peu développés ici.

Ecrit par : Pierre-Yves | 24 novembre 2007

Petites tranches de vie et d'impressions. C'est toujours agréable de te lire de te suivre. A bientôt.

Ecrit par : Marc | 24 novembre 2007

"Accident de personne" (en Belgique) surprenant? Ça sonne pourtant tellement belge... En France, pour éviter le mot suicide on parle d'"accident grave sur la voie". C'est pas clair.

Ecrit par : jef | 27 juin 2008

C'est vrai ce que tu écris, Pierre-Yves, les Canadiens anglais sont nettement plus puritains que les Québécois, qui n'ont aucune problème à parler de sexualité, même à l'école pour informer les enfants et contrer les idées fausse liées à l'homophobie. Quant aux Français... s'ils ne sont pas aussi puritains, ils sont encore très coincés (les profs n'osent pas bien parler de sexe avec des lycéens, par exemple, et pourtant y a une attente).

Ecrit par : jef | 27 juin 2008

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