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20 avril 2007

Entre le gris et le bleu

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« I love you + or – », Élodie Lachaud
Tirage photographique sur papier métal, diasec, aluminium et chassis, acrylique.
De l’exposition en ligne Artists4life, l'un des projets de l'organisme Dessine l'espoir.


Je sors de la douche. J’hésite entre le chandail bleu et le gris. Ça a son importance. Je vais le rencontrer pour qu’il m’annonce que c’est terminé entre nous, mais je ne ferai rien pour lui rendre la tâche plus facile. Parfum. Pommade pour les cheveux, mais pas trop. J’opte pour le gris, plus austère.

Il est calme. Trop calme. Je me dis qu’il doit être soulagé parce qu’il a pris une décision. Les derniers jours ont été houleux. Pendant que la neige, la grêle, la pluie et les vents violents se succédaient au-dessus de nos têtes. J’ai dû encaisser son ambivalence, ses replis, ses emportements. Je veux bien que les choses soient intenses. Mais trop, c’est comme pas assez. Dans la vie, j’aime être au-dessus de mes affaires, avoir du recul. Être celui qui contrôle la situation, qui voit venir les dénouements. La colère, je connais. Je m’y complais peut-être.

Je ne comprends pas ce qui se passe. Assis face à moi dans le canapé, il me sourit. Il a l'air heureux. — « Tu te rends compte, j’ai menti à mon meilleur ami. J’ai dit mot pour mot que c’était terminé que j’allais t’oublier, que j’allais passer à autre chose. Mais intérieurement, je vis tout le contraire. » J’ai cru son sourire. Il aurait pu dire n’importe quoi. « Toute la journée, j’ai pensé à toi, j’étais de bonne humeur. C’est fou, tu me fais du bien. »

Lui : — « C’est peut-être l’attrait de l’interdit. T’es comme un fruit défendu. »
Moi : — « Un fruit défendu ? »
Lui : — « J’ai l’impression que je ne peux plus m’en passer. Je me dis un jour de plus, puis un autre, puis encore un autre... Tu vas m’avoir à l’usure. »
Moi : — « J’ai rien contre l’idée… »

Il m’a eu à l’usure. L’ambivalence, c’est usant. Je l’ai cru, après un bain trop petit et une nuit enlacés. Je suis stressé en ce moment, j’ai accepté une jobine en attendant parce qu’il faut bien manger. Je n’ai plus un sou. Je trouve sa voix sur le répondeur. Il dit qu’il voudrait me parler ou me laisser un message sur cette page. J’ai eu l’idée lumineuse de lui montrer le blogue. Je ne comprends pas vite. Je suis d’une stupidité à toute épreuve. Tout ce qui est publié ici sera retenu contre moi. Je tisse la corde qui me pendra.

Lui : — « Comment tu te sentais quand tu es parti ce matin ? »
Moi : — « J’ai pensé à toi toute la journée, je te cherchais. »
Lui : — « Il m’est jamais arrivé quelque chose comme ça... ...Je suis terrorisé. Mon meilleur ami m’a dit : si ça t’arrivait tu virerais fou... ...T’es quelqu’un d’extraordinaire, tu mérites mieux que moi. Je suis pas assez fort. Je ne suis pas capable. Tu sais, c’est pas facile de faire ce que je fais... »

Je ne dis pas que je m’en fous que ce soit pas facile. De toute façon, il parle sans arrêt. Je ne peux pas placer un mot. Je ne sens pas de peine. Elle est masquée par la colère. J’ai déjà pleuré plus qu’il ne le faut. Des paysages d’hiver qui durent jusqu’au mois d’avril c’est un peu trop. Il n’y a plus rien de beau dans la neige. C’est froid, sale et humide. Son poids a provoqué des pannes d’électricité un peu partout. Il y a eu un moment de bleu entre les moments gris, rien de plus. Rien qu’un peu de bleu. Moi je suis gris. Gris de colère. C’est de la tempête que j’ai dans le sang. Je regarde au loin. Lire vos mots, vos histoires, me fait du bien...

Puis, le lendemain, il me rappelle, le vent a tourné à nouveau. J’ai du mal à le suivre. J’ai du mal, tout court. Je lui dis. Je comprends que ce n’est pas facile de recevoir une telle nouvelle, mais moi, je suis un peu assommé, étourdi. Il n’y a pas d’urgences et je voudrais juste un peu de douceur. Je lui propose de prendre quelques jours de répit pour y voir plus clair.

Le téléphone sonne à nouveau quelques minutes plus tard. « Salut, c’est encore moi. Je voulais te dire que j’ai pris une décision. Je changerai plus d’idée. Je vais sûrement avoir des downs, avoir peur parfois, mais je vais vivre avec. Je suis certain, la vie c’est trop court. Je peux pas passer à côté de toi comme ça. Je suis prêt à franchir une nouvelle étape. » Je lève un sourcil avec un peu d’appréhension. « J’ai encore jamais dormi chez toi... Tu m’invites ? » — « Pas ce soir, J’ai besoin d’être seul. Mais demain, je veux bien. »

Au diable le printemps, on bascule tout de suite dans l’été. La neige épuisée s’est éclipsée pendant la nuit. Le vent s’est tiédi et le soleil est impérieux. Dans l’autobus, une étudiante aux longs cheveux bruns s’appuie à la barre au-dessus de moi. Elle serre un livre de physique entre son décolleté et son nombril. Mon premier nombril de l’été. Il y a trop de bleu dans le ciel. Après une overdose de soleil et d’oxygène, la ville se prend pour Hollywood. J’aime bien le bleu, mais aujourd’hui, je lui trouve un petit air louche. J'ai peur. Et juste entre nous, j'ai pas mal plus peur du bleu que du gris...

Commentaires

peut être juste vivre l'instant présent en apprivoisant les couleurs....
bises

Ecrit par : ulyssa | 20 avril 2007

J'aime beaucoup la photographie.
Ce type, il a l'air très amoureux. Courage! Des tonnes de bisous marseillais.

Ecrit par : Almeria | 20 avril 2007

je suis d'accord, laisse lui du temps et ne te formalise pas pour son intensité. Je comprends ses réactions, il pense tout haut, c'est tout. Annonce nous vite une bonne nouvelles sur la front de l'emploi !
je pense bien à toi,
amicalement,
Loïc

Ecrit par : Loïc | 20 avril 2007

Un billet plein de sentiments... plein de vie.
Je t'embrasse et te souhaite le meilleur, bien évidemment.
Merci pour le liens vers Artists4life que je ne connaissais pas. J'aime beaucoup les travaux exposés.

Ecrit par : Eric | 21 avril 2007

heureuse pour toi. et te souhaite une multitudes de jolies petites choses, qui feront une grande et belle chose.
valentine

Ecrit par : bluevalentine | 21 avril 2007

Haaaaaaa! Oui!
Et ça arrive en même temps que l'été, les mecs en camisoles, les muscles bronzés... :)

Ecrit par : Nitram | 22 avril 2007

J'espère que tu ne te sentiras pas obligé de te censurer maintenant qu'il te lit. J'ai souvent le goût de parler de mon blog à des personnes... mais je me ravise. Je n'ai pas le goût de les voir entrer dans mes pensées. Pour ton mec, il est insécure, c'est un peu normal. L'important, c'est qu'il ne joue pas à pile ou face avec tes sentiments.

Bonne fin de semaine de jaune soleil!!
Clo xxx

Ecrit par : Claudine | 22 avril 2007

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