12 mars 2007
Material boy
Il paraît qu’il ne faut pas écrire sur ses blocages d’écriture. Quand l’hiver s’est évanoui d’un seul coup et que le soleil s’est mis à faire fondre la neige, j’ai eu plus envie de prendre l’air que d’affronter le clavier. Après les tempêtes qui ont déferlé sur ma vie ces dernières années, je me rends compte qu’il n’y a plus grand projets qui tiennent encore debout. Le plus loin que je peux voir, c’est cette course du 9 septembre, le demi-marathon. Comme vision d’avenir, on a déjà vu mieux ! Les notes que je publie ici, même les plus futiles, sont comme un fil d’Ariane. Je le file consciencieusement en espérant qu’il me rattachera à quelque chose quand je me serai lassé des détours. Ou quand je saurai un peu mieux où me pousse le désir.
J’ai eu à encaisser dans les derniers jours plusieurs déceptions liées au travail. Je fais des contrats de rédaction pour une grande entreprise qui me promet le Klondike depuis trois ans, mais qui ne livre pas la marchandise. Au contraire, ils ont coupé dans le budget, ils sont mal organisés et ils veulent à chaque fois les textes pour le lendemain matin. Bref, ils demandent toujours plus, pour toujours moins. J’ai enfin fini par refuser une demande et par exiger plus de collaboration. J’ai reçu un courriel qui ne m’était pas destiné. Une sorte de lapsus virtuel. Le message s’adressait à la directrice marketing de l’entreprise et parlait de moi et de mes exigences en termes plutôt méprisants. C’est le moins qu’on puisse dire. J’ai répliqué avec des mots, ma seule arme. J’étais assez content de ma réponse, concise et polie malgré la fumée qui me sortait par les oreilles. J’ai envoyé ma lettre à tous les intervenants des projets sur lesquelles je travaillais : direction, infographie, publicité et traduction. J’ai d’abord pensé tout relater ici pour me défouler, mais j’y ai renoncé. C’est un peu humiliant d’avoir été roulé de la sorte. Je suis bonasse, naïf et trop conciliant pour ne pas dire carrément stupide, par moment. J’ai eu droit à une lettre d’excuses peu sincères le lendemain matin. Trop peu, trop tard. De toute façon, c’est un mal pour un bien. Ces relations de travail vraiment malsaines et hypocrites me pesaient. Je suis libéré. J’avais besoin d’une baffe pour tourner la page.
Je suis retourné fouiller dans les curriculum vitae et les demandes d’emploi ce qui m’a ramené brutalement en arrière, il y a 18 mois, juste avant que je tombe malade, que mon chum me laisse et que je commence les antidépresseurs. Ses CV étaient mêlés aux miens puisque je me chargeais de ce type de travail. Ça me fout la déprime de regarder vers cette longue relation réduite à néant. Une rupture qui s’est étirée sur de trop longues années. Je sais. Je ne devrais pas le prendre personnel. Le problème n’est pas que sur mes épaules. C’est que je me répète. Il est sûrement maladroit. La culpabilité, les rancoeurs, l’inertie viennent s’en mêler pour compliquer les choses. Tout ça, dramatisé par la présence du vilain virus. Et ça finit d’étouffer ce qui devrait persister dans un monde idéal : de l’affection, du respect et un intérêt sincère. Au lieu de cela, il ne reste rien. Que le silence.
Depuis, je n’ai vécu que des débuts d’histoires, toujours avec des déserteurs extrémistes. Pourtant, je ne demande rien. Le problème est peut-être là. Ne rien demander. Je dois apprendre à prononcer « je veux et j’exige ». Mais au fait, qu’est ce que je veux ? Je ne sais plus trop. J’ai peur de mon ombre, j’abats moi-même tous les ponts et je m’approche des gens avec une grenade à la main. J’ai détourné le slogan : L’amour, ça se protège.
Je suis sorti fêter ma libération dans les bars. Une pièce d’homme en pantalon de cuir m’a abordé alors que je contemplais les danseurs.
J’ai pointé la tête de mort sur son t-shirt en disant : —« Ça fait peur ! »
—« J’suis pas méchant. Rassure-toi »
—« Les bracelets, ça veut dire quoi ? » Je détaille toutes les pièces de cuir qui lui bardent les bras. Je savais que ça indiquait des préférences sexuelles, mais j’ai déjà oublié ce que signifiait la droite ou la gauche. Actif ou passif. Il m’a ensuite fait un exposé sur la signification des couleurs que je ne reprendrai pas ici pour ne pas effaroucher les âmes sensibles. J’avoue que j’ai grimacé en entendant certaines descriptions. Heureusement, il n’était vêtu que de noir avec quelques touches de blanc. Avec ses abdos d’acier, il m’a dit qu’il voulait devenir modèle pour la revue Zip, un magasine érotique gai. Il ne vise rien de moins que le titre de Zipman 2007.
Heureusement, L’habit ne fait pas le moine et nous avons passé une nuit paisible, la chaleur solidement maintenue immobile entre moi et le Zipman. Le lendemain, avant de me servir un verre de jus d’orange, il a enfilé une paire de bobette avec des personnages de cartoon. Joli à croquer.

Je dois maintenant me mette à la recherche d’emploi. Je déteste ça. J’ai besoin de motivations externes. Il faut que je me concentre sur toutes ces choses inutiles que je vais pouvoir me payer si je trouve une job convenable. Un écran plus grand pour ne plus m’arracher les yeux, des livres, une nouvelle paire de souliers, une fin de semaine à New York. Des bobettes Aussiebum, comme celle de ZipMan. Je les ai vus chez Priape tout au fond de la boutique après les maillots de bain et les DVD pornos, avant l’escalier qui mène à la salle de montre des trucs de cuir et des jouets sexuels. 40.00 $ pour une paire de caleçons ! C’est une motivation qui en vaut bien une autre.
Qui sait ? Si je leur fais de la pub gratuite, la compagnie australienne va peut-être m’envoyer un stock de bobettes. Ça serait gentil de leur part parce que mes vieux boxers Calvin Klein ont vraiment trop vécu. Le blanc est devenu douteux, le coton et les coutures commencent à lâcher. Je n’aurais aucune objection à mettre aux poubelles mes Fruit of the Loom vendus en paquet de six chez Zellers.
13:05 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, sexshop, bobettes, cuir, emploi, rédaction




Commentaires
Peut-être bien que l'habit ne fait plus le moine.
Mais rester moine devant de tels habits... :)
Ecrit par : Victor Lamb | 12 mars 2007
Je te souhaite de réussir. Si ça ne dépendait que de moi, tu s'rais payé pour écrire...comme sur ton blog.
Ah oui et puis j'me suis bien marrée sur la codification de la sape.
Ecrit par : Almeria | 12 mars 2007
@ Almeria : Crois-moi sur parole : Mieux vaut se tenir loin des hommes gais qui portent du jaune ! ;-)
@ Victor : Seuls les saints peuvent y arriver... J'étais certain qu'ils te plairaient.
Ecrit par : Pierre-Yves | 12 mars 2007
Tu as rasion de ne pas te laisser marcher sur les pieds à ton travail. Il y a surement mieux ailleurs pour toi.
Pour les bobettes, y'a en de très jolies au Simon's pour 12$.
Ecrit par : Nitram | 13 mars 2007
Je les connais bien tu sais, ces déserteurs extrémistes...
Je t'embrasse et songe déjà aux prochaines bobettes que j'aimerais m'acheter :-)
Ecrit par : Eric | 13 mars 2007
@ Nitram : J'irai les voir dès qu'il y aura des rentrées d'argent en vue.
@ Éric : Je t'embrasse.
Ecrit par : Pierre-Yves | 13 mars 2007
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