08 août 2007

El poblano

L’histoire qui suit à des airs de déjà vu, pathétiques pour certains, ou carrément pathologiques. À vous d’en juger.




Après le concert de Pierre Lapointe, dimanche soir, je descends la Sainte-Catherine vers l’Est. Il est 23h30, les Francofolies et le festival Divers-Cité sont terminés. Il n’y a plus de musique sur les places publiques, mais il y a des gens partout. Les rues ne sont pas fermées à la circulation, mais des centaines de personnes ont envahi toute la largeur de la chaussée. Les enfants jouent au soccer avec les gobelets de bières qui jonchent le sol. Les policiers sont tous partis dormir. Chacun y va de son commentaire sur la soirée. Quelques taxis, pris dans la foule, klaxonnent pour se frayer un chemin, mais personne ne s’en occupe. Pour un court moment, la ville appartient aux humains. La nuit est douce et je n’ai pas envie d’aller dormir.

J’entre au Parking. La musique y est excellente. Dense, colorée, électrique. La clientèle bigarrée est dominée par les monsieur-muscles qui sont encore sur leur buzz d’ecstasy de la veille. Il y a du monde de tous les âges. Beaucoup de filles. Je suis étonné de voir quelques filles qui portent le hidjab.

(Note : Pour les musulmans qui passeraient par ici : Le Parking est un Bar gai, un débit de boisson alcoolisée qui accueille une clientèle homosexuelle. L’homosexualité n’y est pas tolérée, mais valorisée et célébrée. Et bien qu’on puisse y trouver tous les psychotropes disponibles actuellement sur le marché noir, de la marijuana au GHB, en passant par la coke, l’alcool est encore la substance qui domine ! Qu’il en soit ainsi, Inch Allah ! )

À ma connaissance, la religion musulmane condamne l’homosexualité d’une façon assez violente, et un commentateur m’a déjà écrit ici que je m’abaissais au rang d’un animal en buvant de l’alcool. Ça ne me rend pas très tolérant. Mais bon, les Montréalais ont une immense croix qui domine la ville sur le Mont Royal et on n'est pas plus catholiques pour autant. Peut-être que le hidjab est la nouvelle mode chez les lesbiennes montréalaises.

J’ai bu trois Belle Gueule rousses. J’ai sautillé sur du B-52’s. Sur la piste de danse, il y avait une fille qui souriait tellement que j’ai pensé qu’elle allait mordre. Je m’emmerde un peu. Les monsieurs-muscles, en fin de trip d’ecstasy, sont des gens très ennuyants. Je m’appuie sur le comptoir et je regarde les quelques danseurs qui s’éclatent. Il y a un garçon brun, pas très grand, qui me jette un œil de son regard sombre. Il porte un t-shirt orange. Les mouches et les pucerons sont attirés par le jaune. Moi, je suis un animal qui boit de l’alcool et je suis attiré par l’orange. Allez savoir pourquoi !

Je ne peux pas m’empêcher de le regarder, juste pour voir l’effet que j’aurais sur lui. Il mord à l’hameçon. Ça m’amuse. Je le fixe avec plus d’insistance. Pas subtil pour deux cennes, je lui détaille de haut en bas, le plan américain. L’alcool a annihilé mes inhibitions et mon ego explose littéralement quand il s’approche, après 3 minutes. Il se présente, me raconte qu’il vient de Puebla, une ville du Mexique, pas très loin de Mexico.

Il est en voyage à Montréal. (C’est parfait, pas de trouble en vue !) Il rêve d’immigrer ici. (Merde. Là, ça se gâte.) Il a 22 ans. (22 ? Non, mais je suis quand même pas pédophile ! Je lui donnais au moins trente.) Il dit qu’il va m’apprendre l’espagnol. (Por supuesto, que je me dis. Comment je vais faire pour m’en débarrasser ?) Il boit de la bière Boris, une toute petite bouteille. On dirait de la bière de poupée. Il m’entraîne sur la piste de danse. On est maintenant assez intime pour qu’il se permette de détacher les deux premiers boutons de ma chemise. Il est hébergé dans une résidence universitaire, un genre de dortoir à Sainte-Anne-de-Bellevue, à l’autre bout de l’île. Je n’ai pas trop envie de le ramener chez moi. Est-ce mon taux d’alcoolémie qui redescend ? En fait, si je pouvais m’éclipser subrepticement, je le ferais. Mais lorsque l’occasion se présente, la culpabilité m’empêche de le faire. Je suis quand même pas salaud à ce point.

Je marche avec lui jusqu’à l’arrêt d’autobus. Je prétexte la fatigue, un abus d’alcool, des montagnes de travail à faire : du grand n’importe quoi. « Tou mé laisse comme ça ? », qu’il me dit en battant des cils avec des airs de martyrs canadiens. « Ben… oui ! T’es un grand garçon, t’es capable de rentrer tout seul ! Si on s’était pas rencontré, tu serais rentré comment ? » Je me laisse convaincre de lui donner mon numéro de téléphone. Le prix à payer pour pouvoir m’en aller, vite fait. Je l’embrasse et je m’en traverse la rue. Ciao.

Le lendemain, j’ai un mal de bloc terrible. Je me fais réveiller par des témoins de Jéhovah. Pour ne pas que je leur claque la porte au nez, ils font faire leur boniment par un déficient intellectuel. Ils avaient aussi apporté un obèse, mais celui-ci n’a pas pu monter mon escalier. Il est appuyé sur la rampe et reprend son souffle. (Il n’utilise pas encore d’animaux, la SPCA ne les laisserait pas faire.) Je jette un œil mauvais au ver de terre qui accompagne l’handicapé et j’explique tout doucement au garçon que la fin du monde, ça ne m’in-té-res-se-pas. Le déficient intellectuel, la larve qui l’escorte, et l’obèse s’éloignent en clopinant. Le tonnerre est menaçant et fait trembler les murs de l’appartement. Je retombe dans mon lit. Des pluies torrentielles s’abattent sur la ville. Le téléphone se met à sonner. Moi, je gémis et je me cache la tête sous mon oreiller.

Trame sonore : Esa banda en dub, Nortec Collective (featuring Calexico), Tiré de l’album Tijuana Sessions (2006)

Commentaires

sourire
je ris doucement
ne te reveille pas...
je t'embrasse

Écrit par : jeanne | 08 août 2007

Ben tu croyais quoi ? Après avoir fêter 10 fois tes 27 ans... Il fallait bien un jour que ton corps supportent mal la bière ;-] (méchant Dan, méchant !)

Écrit par : Dan | 08 août 2007

Je rejoins Jeanne : voilà qui donne envie de te border...

Écrit par : Almeria | 09 août 2007

@ Almeria : Je suis gâté !
@ Dan : Pas 10 x 27 mais 6 x 32 : C'est pas pareil. On en reparlera quand tu seras grand !
@ jeanne : Souris, je dormirai à poing fermé.

Écrit par : Pierre-Yves | 09 août 2007

C'est drôle de se lire, avec trois ans de recul. Jeanne, Isa et Dan, je vous aime ! (Dan, un peu plus parce que t'est christement cute !)

Écrit par : Christophe | 17 avril 2010

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