10 juillet 2007

L'imposteur

C'est complètement con mais ça m'amuse !




La brise du soir est douce quand elle glisse entre les branches des arbres, assommés de chaleur. Je marche. Je me concentre. Ouvre les épaules, bombe le torse, rentre le ventre, prend un air détendu, sûr de toi ! C’est essentiel. Laisse traîner ton regard dans tous les recoins. Sous les ceintures, surtout. Invente un regard brûlant, un désir carnassier, joueur. Souris ! Ne pas oublier de sourire, juste un peu.

J’ajuste ma ceinture. Je descends la taille. (Non, mais, faut bien que le travail paraisse.) Toutes ces heures passées à me faire escalader par des fourmis, dans le gazon jaune, en espérant que le soleil daigne bien me colorer un peu. Et toutes ces contorsions devant le miroir pour me clipper le poil bien égal. Juste une petite ligne en dessous du nombril, le chemin du bonheur, qu’on appelle. La jungle amazonienne, c’est complètement « out ». Et tous ce chocolat, ces desserts, ces gâteaux que je me suis empêché de manger pour pouvoir être à l’aise dans ces tailles basses. Et ces dix-neuf mille séries de « développés cubains » pour m’arrondir les épaules et voir la petite veine qui ressort. Et chaque midi, ce V8 à saveur de vomi que j’ingurgite en grimaçant. Mmm ! Oui des bons légumes !

Le voilà qui passe. Le reconnaître, le saisir puis le fusiller du regard. Imaginer les flammes qui me dévorent de l’intérieur. Le déshabiller des yeux de façon… brutale. Les coutures qui craquent, les boutons propulsés dans les coins du plafond, la peau chauffée par le passage trop rapide du coton. Le culbuter en esprit. Sentir le sang qui palpite au bout de mes doigts, enfin, entrouvrir la bouche en aspirant. Eh non, je ne dis pas tout. Imposteur un jour, imposteur toujours. Qui m'aime me suive, mais préférablement, sans être dupe.

Puis dès que la porte se referme derrière nous. Dès que je sais la chaleur de son cou, le goût de sa peau, celui de sa langue et même un peu plus. J’ai la gueule qui part. J’ai beau me retenir, c’est plus fort que moi ! Je souris, un peu gêné. — « C’est… c’est quoi ton nom ? Tu viens d’où ? Depuis quand ? Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Pourquoi ? Comment ? Tu lis quoi ? Pourquoi ? Mais encore ?… » J’ai bien quelques secondes de culpabilité. Je me dis que ce n’est pas correct de draguer les gars en leur laissant l’impression que je suis une bombe sexuelle et ensuite m’asseoir à leurs côtés et me mettre à jacasser, sans arrêt. Je ne peux pas m’empêcher de dire : — « Je suis vraiment désolé. » quand je les vois froncer les sourcils. Un jour, il y en a un qui va me lancer : — « T’sais, si c’est juste pour parler, il existe des salons de thé pour ça. » Bla bla bla.

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Commentaires

Ou, pis encore, il pourrait te demander : « Coudon, toué, étu franças, 'stie ? » ;))

Ecrit par : Alcib | 10 juillet 2007

Ah chouette, je viens d'écouter la « chanson » du début ;0) Merci ! C'est vraiment bien, un blogue parlé.

Ecrit par : Alcib | 10 juillet 2007

Super !

Ecrit par : Plume | 10 juillet 2007

@ Alcib : francias, j'y travaille. Le blogue parlé : une autre façon de bouffer du temps.
@ Plume : m'ci. Je profite du creux de blogosphère estival pour faire des expériences...

Ecrit par : Pierre-Yves | 10 juillet 2007

Moi aussi je parle trop quand je rencontre quelqu'un qui me plait. J'ai jamais su ce qu'il fallait dire pour être sexy. Bref.

J'adore ce blog parlé. T'as une belle voix radiophonique.

Ecrit par : nitram | 10 juillet 2007

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