24 mai 2007
L'exil
C’est aujourd’hui jour de grève dans les transports en commun. Ça ne me cause pas encore de problèmes, car je suis en congé. Les pistes cyclables débordent et le temps est splendide. Je redécouvre les joies des nids de poules, des portières impromptues, des voitures qui grillent les feux rouges. Je me dis qu’il faudrait déclencher une grève générale en appui aux syndiqués. C’est presque immoral que des gens travaillent par une si belle journée. Au moins, je ne participe pas au smog qui s’installe sur la ville avec la chaleur. Ce soir, respirer risque d’être dommageable pour la santé.
Dans l’après-midi, je suis allé courir pour courir, dans le parc voisin. Juste pour sentir l’effort et le vent. Pour ajouter le rythme d’un cœur à celui des astres et des saisons. La piste ondule entre collines et vallons, traversant des pelouses noyées de soleil et des nappes d’ombres sous les frênes. Les cerisiers et les pommiers en fleurs laissent traîner leur douceur dans la brise. Par moment, leurs notes de miel se mêlent à celle d’un lilas. Je contemple la prestance des grands arbres assurés de sortir vainqueur de la course à la lumière. À leurs pieds, l’effervescence des feuillages est fascinante. Les formes plus variées et complexes que des hiéroglyphes composent le vocabulaire anarchique de la nature. Tout au bout du parc, contre le vert omniprésent, se détachent le pourpre sombre opulent des érables et le vert lime audacieux du physocarpe. Les pissenlits forment une marée d’or. Comme si la terre cherchait avec empressement à répliquer aux caresses du soleil.
Toute cette beauté qui se déverse sur le monde n’arrive pourtant pas à chasser un fond de tristesse. Tout resplendit. Même ce soir tiède où le bleu royal, le noir et le fauve du ciel se mirent dans l’étang. Mais je suis morne comme un temps couvert, inquiet comme un début d’hiver. Mon cœur étouffe sous une croûte de sel. Je me suis fait mal au genou et je rentre chez moi en claudiquant. Je porte trop de rancoeur, trop de déception. J’ai peur de ne pas arriver à trouver un jour ma place dans le monde. GP pense aller vivre dans une autre ville. Et mon travail inutile reprend demain. Je reviens me cacher sur la Toile comme un animal blessé. J’ai tant besoin de vous. Mais vous êtes si loin. Ma confiance est en exil.
22:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, printemps, grève, transport, smog, coeur, travail




Commentaires
En te lisant, on voit que tu n'es pas heureux. Pourtant, un beau gars a bien voulu te connaître et il voulait te montrer que la vie était belle malgré tout. Je dois repartir, refaire mes valises sans savoir où je vais m'arrêter. Moi qui étais prêt à te prendre comme tu es. Je n’aurais pas dû. Pourquoi ai-je tant de peine ? On ne se connaît presque pas. Je suis prêt à admettre mes torts et mes travers. Je suis désolé d’être tombé dans ton monde. Les prochains mois, je serai seul et je ferai semblant d’être heureux. Je serai le seul à savoir que j’ai laissé une infime partie de mon coeur chez toi. J’aurais tellement aimé être celui qui t’aurait fait... Désolé. Louis-Philippe
Ecrit par : louis-philippe | 25 mai 2007
Autrefois, les pages longuement descriptives de nos romans scolaires nous faisaient suer. Même les oeuvres des peintres figuratifs finissaient par nous gonfler, détrônées par les instantanés photographiques.
Mais voilà : certains d'entre nous, et de plus en plus, nouvellement sentent l'urgence de témoigner des couleurs, de l'intelligence d'un écosystème, de la beauté significative d'un bruissement de feuilles épicé de chants d'oiseaux. Nous en sommes réduit à extraire d'une raréfaction pressentie un foisonnement. Grâce aux osmoses, aus sens, aux mots, nous nous remettons à décrire un hectare de jardin comme s'il s'agissait de la forêt amazonienne...
À mon chagrin teigneux j'oppose sans cesse ma candeur et mon potentiel d'admiration. Je rééquilibre. Ce que tu fais aussi, manifestement, à travers ce billet.
Ecrit par : Jonas | 25 mai 2007
Jonas a raison... Tout comme la culture et la philosophie asiatique. Le monde est duellité, toute chose a son contraire et ne peux vivre sans. Si l'équilibre est rompu, les deux parties disparaissent. Dis-toi que grâce à ta tristesse, le monde est beau !!
Oui ok c'est nul comme raisonnement mais est-ce que ca t'as fait sourire au moins ? Si c'est pas le cas je dois avoir quelques vieilles blagues sur les blondes... Et on ne voudrait pas voir de ça ici n'est-ce pas ? Si ?!
Ecrit par : Dan | 25 mai 2007
@ Dan : Tu m'as fait sourire. Les "jokes" de blondes ne seront pas nécessaires. (En passant, je n'arrive pas à commenter chez toi. C'est compliqué window live ! ;-)
@ Jonas : Tu m'as fait sourire aussi. C'est trop bien dit. Je me sentirai moins seul.
@ louis-philippe : Je t'embrasse.
Ecrit par : Pierre-Yves | 25 mai 2007
Je sais ce que c'est, alors si tu dis que tu as besoin de nous, je réponds : présente!
Ecrit par : Almeria | 26 mai 2007
Si j'avais suffisemment de sous, je viendrais te voir un week-end et on ne parlerait que d'amour et de la Vie. Mais bon, j'ai même plus assez de sous pour payer les factures en ce moment, donc je t'envoie un petit bisou de la banlieue ouest parisienne.
Ecrit par : Kitty78 | 26 mai 2007
nous sommes là
je suis là
que faire
dis..
Ecrit par : jeanne_01 | 26 mai 2007
@ Alméria : Merci :-) bises.
@ Kitty : Le bisou suffira. (Mais pour le moment seulement. Ce n'est que partie remise !)
@ jeanne : Juste ça. Je t'embrasse.
Ecrit par : Pierre-Yves | 26 mai 2007
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