09 mai 2007

Mai gronde

J’ai le sentiment d’être à sec, d’être tari. Le printemps a accouché d’un été mort-né. Il fait une humidité et une chaleur à écheveler les tornades. Les parfums sont étouffés, les oiseaux crient, le soleil brûle à blanc. L’air est saturé de smog et de pollens allergènes. Des myriades de mannes s’apprêtent à s’abattre sur la ville pour rendre fous les piétons et les cyclistes. Le mercure annonciateur de fin du monde s’élève en traître lorsque le jour tombe enfin. Il n’y a que des mauvaises nouvelles sur le papier journal qui culbute sur les trottoirs et tapisse les quais du métro.

Je travaille depuis trois jours dans le centre-jardins d’une grande surface ; la bannière est jaune, les plantes moribondes, les produits manquants trop nombreux ; job minable, salaire minable, clientèle minable. Je suis passé à un cheveu d’obtenir des postes qui m’intéressaient vraiment, mais chaque fois, le tapis m’a glissé sous les pieds. Chaque fois pour une question de détail. Est-ce que j’ai été trop sûr de moi ? Trop prétentieux ? Trop difficile ? Je n’arrive pas à voir où j’ai fauté. Tout est tombé à l’eau et moi, j’en suis tombé malade. Une gastro doublée d’une sinusite qui a tourné en otite. Pour rendre mes premiers jours de travail sous la bannière jaune bien pénibles.

Tout mon fragile équilibre qui craque et menace de voler en éclat : L’entraînement, le quotidien, les projets. Je me concentre sur la survie : manger et garder un repas, payer le prochain loyer, éviter qu’on ne me coupe le téléphone. Je suis déshydraté, exsangue, collé dans ma crasse. J’ai déjà le visage et les avants-bras brunis par le soleil. J’ai les oreilles qui bourdonnent, sans arrêt.

On n’est rien qu’au mois de mai, qu’est-ce que ce sera en juillet ? Pendant que les draps tournent dans le tambour de la sécheuse, que les derniers microbes sont étouffés par la chaleur, j’arrive pour la première fois depuis une semaine à avaler quelque chose sans haut-le-cœur et à écrire quelques mots. Je laisse le bleu de l’encre moucheter le papier. Je bois lentement un lait au chocolat bien froid en attendant la nuit.

Commentaires

Et à cela, il faut ajouter le sentiment de culpabilité qui vient du fait de se plaindre, un neuf mai, de la chaleur, de l'humidité. En début d'après-midi, je n'osais trop me plaindre, pensant que c'était ma fatigue qui me rendait insupportable l'air ambiant ; j'ai été content quand le propriétaire du restaurant où je mangeais m'a demandé si je ne trouvais pas cette chaleur difficile à supporter ; plus tard, ce sont deux collègues qui me faisaient le même commentaire...
Courage, Pierre-Yves ; des jours meilleurs viendront : tu les mérites.

Écrit par : Alcib | 09 mai 2007

que faire pour t'aider ?
je t'embrasse

Écrit par : jeanne_01 | 10 mai 2007

Un lait au chocolat ?!
Mais c'est totalement régressif, ça ! ;D

Écrit par : Jonas | 10 mai 2007

Beau texte!
À 5 heures du mat, complètement en sueur et incapable de dormir, je cherchais des climatiseurs seconde main sur Kijiji. Ma chambre sans fenêtre au 3ième était comme un four... Je nous souhaite un été au ciel bleu, frais.

Écrit par : Nitram | 10 mai 2007

@ Nitram : Je rêve d'un climatiseur à défaut d'une maison sous un arbre ou près d'un grand lac.
@ Jonas : Régression totalement assumé. ;-)
@ Jeanne : une bise suffit. Merci.
@ Alcib : Je revendique le droit de me plaindre de la météo quand il fait trop froid ET quand il fait trop chaud. Je suis douillet et j'aime le temps frais. Je vais essayer de te croire, promis.

Écrit par : Pierre-Yves | 10 mai 2007

Comme Jonas.
Etourdi par la beauté de la dernière phrase.

"Je bois lentement un lait au chocolat bien froid en attendant la nuit."
Un délice de mots.

- Et pour monsieur ce sera ?
- Du dérisoire. Sinon, rien.

Écrit par : Shaggoo | 11 mai 2007

Et moi qui trouve que l'été n'arrive pas assez vite... que mes heures de motos sont insuffisantes, que mon bronzage est bien en retard... Drôle la perception des fois han? :)

Écrit par : Claudine | 11 mai 2007

Je préfère le café frappé. Je t'embrasse.

Écrit par : poly | 11 mai 2007

@ poly : J'aime aussi. Mais c'est moins régressif.
@ Claudine : C'est parce que tu travailles dans un bureau. Tu goûtes à la chaleur à petites doses. La fin de semaine à venir s'annonce parfaite. Soleil et fraîcheur.
@ Shaggoo : Mais seulement du dérisoire qui brille ! ;-)

Écrit par : Pierre-Yves | 11 mai 2007

Retrouvons-nous au Lavomatic.
Assis tous deux comme dans Ma vie sans moi.
Pendant que les draps tournent dans le tambour de la sécheuse.

Écrit par : Eric | 13 mai 2007

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