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15 avril 2007

Pour Debbie

« …Je le dirai
Comme un homme
Avec des excès de vitesse
Avec des mots déplacés
Comme des mains aux fesses
J’ai pas de temps à perdre… »

Zazie, Fou de toi


C’est une drôle d’idée d’écrire à une inconnue. Je ne l’ai réalisé qu’au moment où j’en suis venu à chercher mes mots. J’ai beau analyser ton prénom, ton nom et ton adresse et faire des extrapolations, je n’ai aucune idée de qui tu es. Il faut que je m’en remette au ciel ou au hasard. Je ne sais pas comment tu recevras cette lettre. J’espère qu’elle ne te fera pas peur. Comme les évènements se bousculent dans ma vie, j’ai pensé m’adresser à toi, pour les raconter. Je joins à mon envoi, quelques pièces de musique. La musique adoucit parfois la réalité.

Ma dernière tentative d’histoire de cœur et sa fin abrupte m’avaient mis à l’envers. J’étais sorti avec des amis pour faire la fête dans un bar noir. Black Russian et Rhum and Coke. Pour oublier, pour rire et admirer les garçons. Je croquais des glaçons quand Thomas s’est penché vers moi. — « Le t-shirt rouge, là, y’est cute. » Je le cherche des yeux. — « Oui ?... tcheck moé ben aller ! » Je contourne le comptoir. On est certain de ne pas se tromper, quand on me prend par l’orgueil. Je me suis approché en l’observant. Il a souri. Je me suis arrêté. Puis l’alcool m’embrouillant l’esprit, je l’ai abordé. Il était passé deux heures et les choses se sont faites très rapidement. Je me retrouve à lui parler dans l’oreille. Je suis tout fier de mon coup. De l’autre côté du bar, Thomas me regarde les deux pouces en l’air, en souriant.

Le last-call. Le vestiaire. La marche sur la croûte glacée de René Lévesque. J’ai dormi aggripé à lui comme à une bouée. Mon ventre soudé au sien. On ne s’attendait pas, ni l’un ni l’autre, à ce que les choses se passent ainsi. Le lendemain, un soleil timide colorait sa cuisine. Il m’a dit : — « Il y a trois mots qu’il ne faut pas dire. » Je sais bien. Trois mots interdits autour desquels on tourne parce qu’ils attirent, magnétiques. Bien des gens ont été battus et laissés pour morts par ces trois mots. On se relève, on se remet toujours, mais avec difficulté. On devient craintif et obsédés par ces mots qu’il ne faut pas prononcer…

Au téléphone, le surlendemain.
Lui : Tu me bouleverses.
Moi : Je te quoi ?
Lui : Je choisis mal mes mots.
Moi : Ben non, oui, j’espère, enfin… tu choisis mal tes mots ?
Lui : Tu vois, tu me fais bafouiller
Moi : …

On s’est revu. J’essayais de ne pas réfléchir, de laisser les choses aller. De profiter du moment qui passe. Un déjeuner au resto, une marche sur la rue Masson. On est retourné dans ce bar où on s’était rencontré. Il portait une chemise noire à rayures et il était magnifique. J’avais envie de sauter dans l’ouverture de son col et de casser la gueule de tous ceux qui posaient les yeux sur lui. J’aurais voulu quitter cet endroit. Trouver un coin de ciel où il y aurait des étoiles.

J’avais la tête posée sur son ventre. On savourait cette chaleur, ce bien-être qui se nichait entre nous comme s’il y avait toujours été. Il m’a dit. — « Dis-le, ce que t’as à me dire. » Il ne fallait pas que je réfléchisse. Il fallait que je plonge. Dire les mots en me bâillonnant les pensées et le cœur. Parler rapidement, mais sans précipitation. Sans pathos comme si ça allait de soi, comme si je disais, j’aime les sushis et le scrabble ou je suis droitier
— « Je suis séropositif. »

Puis reprendre le contrôle de moi-même, respirer, ne pas être submergé par les sentiments, me centrer sur sa réaction, objectivement. C’est comme s’il avait reçu un coup. Mais un coup, un peu attendu. Comme un demi-sourire douloureux qui cherche son air.

Je ne sais plus trop comment les choses ont déboulé par la suite. Juste qu’il a demandé pourquoi la vie le testait ainsi. Elle ne l’avait pas ménagé au cours de la dernière année. Il a dit : — « C’est ça ? Vous voulez voir si j’suis fait solide ? Si j’suis capable d’en prendre ? » À un moment, j’ai vu de l’eau dans ces yeux et j’ai baissé les miens. Je ne voulais pas être emporté. Je voulais faire les choses de la bonne façon. Je voulais être solide. Lui démontrer que je suis fort. Plus fort qu’un virus, que les coups que la vie envoie trop souvent. Être honnête. Être sincère. Lui dire que je suis plus, plus qu’un mauvais parti. Il me dit qu’il est bien près de moi et qu’il n’arrive pas à le croire.

Il est retourné chez lui. On a besoin de temps pour digérer tout ça, chacun de notre côté. Un dimanche de neige en avril c’est incongru, mais idéal pour l’occasion. Je sais que ces heures de silence seront les plus difficiles, une traversée du désert. J’ai peur. Je ne sais pas de quoi j’ai le plus peur. Peur de l’avenir, en tout cas. J’ai peur d’avoir mal. J’ai peur de lui faire mal. J’ai peur de te troubler avec ce bout d’histoire qui n’a pas de sens. Qui ne devrait pas exister, mais qui se déroule à quelques coins de rue vers l’est. Il doit me rappeler ce soir.

Commentaires

et ?
toujours émouvantes l'amour que tu nous dit
il a rappelé ?
i hope ...
kisses

Ecrit par : jeanne | 16 avril 2007

Merci.
Scoop : oui. mais il y en aura pas de facile...

Ecrit par : Pierre-Yves | 16 avril 2007

Je voudrais tellement que ça marche pour toi.
Sinon y'en aura d'autres, c'est sûr.
xx

Ecrit par : Nitram | 16 avril 2007

Salut mon beau. On s'est parlé il y a 2 heures. Ce n'est pas facile. Je suis toujours troublé. Je ne peux oublier ton regard le premier soir où tu t'es approché de moi. Tu es très présent. J'ai peur de ne pas être si fort que ça. Mais je peux te dire que tu m'as l'air d'un bon gars, vraiment intéressant et très respectueux. une énergie incroyable et un sourire irrésistible. c'est la première fois de ma vie que je suis confronté a une telle situation. Mais je peux te dire que le temps arrange les choses. Crois moi, tu mérites ce qu'il y a de mieux et tu ne l'auras pas volé. Je t'embrasse. On se reparle.
LP

Ecrit par : LP | 18 avril 2007

(Ben voilà ! :)

Ecrit par : Jonas | 18 avril 2007

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