03 février 2007

Alcool



Il y a des nuits qui ne peuvent être apaisées que par l’amertume du houblon. Des nuits où l’ivresse semble être la seule porte de sortie. Comme un trou noir, un tourbillon. Une fois n’est pas coutume. J’ai besoin d’un flot d’alcool ambré pour briser les digues. Quand la réalité vacille, les murs se brisent et je deviens un évadé. Celui qui creuse des tunnels à la petite cuillère, qui trouve des limes dans les tartes aux pommes et qui fait des cordes en attachant les draps. La vraie vie, quoi !

Ajouter à l’alcoolémie, un peu d’obscurité pour que les scrupules s’égarent. Un peu trop de veille pour que le cerveau arrive à tout suivre en temps réel. J’écrase du talon Jiminy Criquet et tous les remords de conscience qui n’ont de cesse de piailler. Je pave la voie à l’arrivée de la bête. J’ai envie de rire en voyant toutes ces cuirasses qui se fracassent sur le sol. Le plaisir de se secouer la carcasse au rythme de la basse. De respirer l’odeur des corps mouillés de sueur et de se baigner dans le désir. Vivre sans la culpabilité judéo-chrétienne. Le Christ brûle avec sa croix. Les flammes lèchent l’Autel. Je mets le feu au personnage qui m’étouffe à longueur de journée. Cette nuit, je serai un autre. Cette nuit, je serai moi.

J’ai soif de salive sur les lèvres. J’ai faim de peau. Attention, je mords. Sentir des muscles qui se cambrent, des cordes vocales qui ronronnent. Des yeux qui se ferment sous des sourcils qui se froncent. Touchez-moi, secouez-moi, battez-moi s’il le faut. Faites-moi sentir que j’existe. Que je suis ancré dans la matière. Dense. Frémissante. Encore et encore. J’ai tellement désiré ces instants contre la saleté d’un bar. Aligner les bouteilles sur le comptoir comme des trophées. Les verres qui s’entrechoquent. La mousse qui monte. La gorgée de plus comme un défi. Cette connivence entre la crowd qui danse dans les vapeurs éthyliques comme dans un monde parallèle. La braise des regards qui rougeoit dans le noir quand l’agneau pactise avec le loup. Et quand l’alcool arrive à imbiber chaque neurone, basculer dans l’oubli. Plus de passé. Plus d’avenir. Que la moelle du présent qui luit dans la nuit. Sortir sous les étoiles, insensibles au froid et cracher sur le jour à venir.


Lie to me , David Z., Bruce McCabe
L’album Lie to me est sorti en 1997. Jonny Lang n’avait alors que 16 ans. Il a sorti l’an dernier son quatrième album solo Turn Around. Le site vaut le détour !
jonnylang.com

Commentaires

Souvenirs, souvenirs...

Ecrit par : Alcib | 03 février 2007

C'est presque poétique ! :)

Ecrit par : Maphto | 03 février 2007

Tiens... je devrais me saouler moi too :)

Ecrit par : Claudine | 03 février 2007

@ Claudine : Mal de bloc, gueule de bois, cernes et vague déprime le lendemain, sont les prix à payer !
@ Maphto : J’espère bien !
@ Alcib : Attention, ça revient vite !

Ecrit par : Pierre-Yves | 03 février 2007

Ha, cette féroce envie de vivre, de sentir! Si j'osais je te suivrais…

Ecrit par : Kitty78 | 04 février 2007

oui c'est fort
vivant
affamé de vie
je t'embrasse

Ecrit par : jeanne | 05 février 2007

Sublime. Ca donne envie de danser avec toi ;-)

Ecrit par : Almeria | 05 février 2007

Il est tout bonnement fabuleux, ton texte.

Ecrit par : Yael | 06 février 2007

@ Yael + Alm : Fabuleux, sublime : Merci, mais vous exagérez ! :-)
@ jeanne + Kitty : Féroce et affamé : À l’occasion. Avec les bons et les moins bons côtés de la chose. ;-)

Ecrit par : Pierre-Yves | 06 février 2007

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