« Sucre et pasta | Page d'accueil | Le péril venu de l’Ouest »
10 décembre 2006
Le péril venu de l’Ouest
(Cher As, cette note t’est dédiée. Tu te reconnaîtras, les initiales, c’était trop impersonnel. J’ai voulu passer au deuxième niveau, mais c’est moi qui suis tombé dans le panneau)
Ces derniers mois, j’ai mis en pratique les conseils d’As en matière de drague. D’abord timidement, puis avec plus d’assurance. Je l’ai fait de façon ludique en tentant, vainement parfois, de ne pas y accorder trop d’importance. J’avais envie qu’il se passe des choses dans ma vie. Je voulais tout expérimenter, même le rejet le plus bête. Je l’ai vécu à quelques reprises, le temps de voir que je n’en mourrais pas et que le risque attisait ma détermination. Un besoin impérieux du contact de la peau, des regards et une soif de moments tendres m’ont amené dans de drôles de directions.
Vendredi soir, Le grand avait acheté un six pack de bière. Comme on l’avait prévu, l’alcool disparaissait en un rien de temps. De mon côté, j’avais bien des choses à noyer. Cette colère que je prétends vouloir apprivoiser. Mon manque de confiance dans l’avenir proche. Et cette kyrielle de lumières multicolores qui me rappellent à chaque seconde que « Noël c’est l’Amour » : Cauchemar. Les bouteilles vides se sont accumulées sur le comptoir pendant qu’il me montrait les rénovations qu’il a faites sur sa maison (il a plein de talents) et ses photos d’un voyage où il a exploré Amsterdam, Paris et Barcelone. Puis, nous sommes sortis dans le froid mordant, déjà un peu éméché.
Je retrouve GP de très bonne humeur, exubérant. Il m’attendait, semble-t-il, impatiemment. Il y avait peu de monde dans le bar, C’était un soir de grands froids. Brutus était là avec deux amis à lui. Plusieurs visages connus nous environnaient. Et toujours cet écran géant qui prend toute la place. Juste à côté, un homme m’a salué par mon prénom. On s’était présenté dans un 5 à 7, il y a deux semaines. Cheveux noirs, yeux clairs, visage racé. J’espérais secrètement le revoir.
On a entamé la conversation, entre coups d’œil et gorgées de bières. Il vient d’Edmonton. J’ai dû lui avouer que je ne savais pas trop où était l’Alberta. Il m’a dit en riant que j’étais un vrai Québécois. Je savais que c’était une des provinces plates (ennuyeuses et sans relief) entre les Rocheuses et l’Ontario. J’ai appris au fil de la discussion qu’il n’avait jamais fait de rodéo, mais qu’il avait assisté à plusieurs compétitions : Concours de lasso où il faut attacher un veau, chevaucher un boeuf ou enfiler des petites culottes à une chèvre (J’ignorais l’existence de cette dernière épreuve !). Il aime le country. Je lui ai dit que cette musique me faisait rire. Il trouve que la chanson québécoise fait trop de place aux mots, pas assez à la musique. J’ai aimé son sourire. Il a cité en exemple Gilles Vigneault : Je me suis dit qu’il faudrait que je fasse son éducation en matière de musique. Il habite à l’autre bout de l’Île. Un anglo de l’Ouest.
Le grand s’est éclipsé avec un colosse qui semblait tout droit sorti d’un film porno. Comme le bar commençait à se vider, on a marché quelques coins de rue pour se retrouver dans un endroit plus bondé. Brutus et GP se sont lancés sur la piste de danse. Le colosse s’y trouvait, sans t-shirt paraît-il, mais sans Le grand. Je ne l’ai même pas remarqué tout absorbé, que j’étais.
On a bavardé une partie de la soirée. La discussion devenant de plus en plus exclusive à mesure que l’on se rapprochait pour arriver à se comprendre dans le tohu-bohu du bar. Il m’a dit toutes les banalités que je rêvais d’entendre avec un curieux accent d’Albertain québécisé. À la fin de la soirée, j’avais le corps parfaitement saturé d’alcool, le cerveau à off et les hormones à spin. Il s’est penché pour que je lui parle à l’oreille et j’ai troqué les mots pour un baiser. J’avais peur d’être déplacé. Il a balayé mes inquiétudes du revers de la main, s’est amusé de mes excuses. On s’est embrassé. Il devait partir. Après s’être assuré que j’avais un lift pour rentrer chez moi. Il a glissé dans la poche arrière de mon jean une carte avec son numéro de téléphone. Je suis resté avec un sourire béat, accoudé au comptoir dans ce bar glauque. Le cerveau comme de la gélatine.
J’ai senti un retour de pudeur en écrivant cette note. Sa carte posée à côté du clavier. Peut-être est-ce un bon signe. Peut-être est-ce le signe que je m’en vais vers une catastrophe effroyable. Peu m’importe, je n’ai plus peur des catastrophes. J’en suis même venu à les désirer. Je devine mes vieux démons qui se bousculent devant la porte. Moi qui jouais les Casanova de pacotille, je crois avoir rencontré un tombeur à ma mesure. Un adversaire de taille. Les jeux sont faits, rien ne va plus.
10:30 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : risques, drague, homme, Alberta, country, journal intime, gay et lesbienne








Commentaires
"Il m’a dit toutes les banalités que je rêvais d’entendre..."
Il y a du frisson dans cette phrase là !
Ecrit par : Shaggoo | 10 décembre 2006
Tu as bien dit le mot clé, la clé de tout en fait : "jeu".
Ecrit par : Kitty78 | 10 décembre 2006
mesure toi
prends la mesure
les tiennes
et puis les siennes
et tout pourrait aller
non ?
t'embrasse
Ecrit par : jeanne | 10 décembre 2006
:o)
Ecrit par : Alcib | 10 décembre 2006
@ Alcib : :o) ½
@ jeanne : J’y compte bien !
@ Kitty : ou ne pas se prendre au sérieux…
@ Shaggoo : Frissons et banalité c’est quand même pas banal ! ;-)
Ecrit par : Pierre-Yves | 10 décembre 2006
Je me languis de la suite...
Ecrit par : Almeria | 11 décembre 2006
et moi donc...
Ecrit par : Pierre-Yves | 11 décembre 2006
Je me demandais justement si la carte avait bougé, à côté du clavier ;o)
Ecrit par : Alcib | 11 décembre 2006
alors ???
Ecrit par : jeanne | 12 décembre 2006
Gilles Vigneault, quel vieux monsieur bon vivant ! Je l'ai vu en concert ou plutôt en spectacle, à Paris, Espace Saint-Germain, il y a quelques années. J'en garde un bon souvenir, même si j'avoue ne pas écouter très souvent ses chansons.
Ecrit par : Eric | 12 décembre 2006
@ Alcib et Jeanne : J'ai la carte dans mon portefeuille comme un porte-bonheur. La suite dans la prochaine note. Faut bien que je crée un peu de suspense... ;-)
@ Éric : Son fils est un écrivain à découvrir absolument : http://www.editionsboreal.qc.ca/fr-bio.php?idContributor=1252
Ecrit par : Pierre-Yves | 12 décembre 2006
Merci beaucoup, je ne le connaissais absolument pas. Je vais aller découvrir ses écrits...
Ecrit par : Eric | 13 décembre 2006
Ecrire un commentaire