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07 décembre 2006
Sucre et pasta
Il est parfait le vert des pins quand il rayonne entre le ciel bleu et la neige. Juste assez vibrant, juste assez désaturé. Un vol de pigeons gris se retourne comme un drapeau au-dessus des cimes. Elle est parfaite la vie qui s’organise pour que j’écrive même quand je fais tout pour l’éviter. Les rendez-vous qui s’annulent, le portefeuille vide et une foulure stupide me retiennent à mon bureau. Quelques bonnes nouvelles afin que j’accepte de lever les yeux, encore un peu. Un contrat de rédaction qui semble vouloir se concrétiser pour le printemps, vos mots doux, une invitation à aller boire quelques bières vendredi soir chez le grand.
J’essaie de croire en quelque chose, c’est un peu vague, je sais. Je m’explique. Je ne crois pas en Dieu, j’aimerais bien, mais je crois encore moins au hasard. Je crois que la vie a un sens même si c’est nous qui le fabriquons à chaque instant. Nous déroulons la chaîne de nos existences sur le sol marqué d’ornières par le passage de ceux qui nous ont précédés.
Le quotidien est sans histoire. Je suis allé voir The holiday avec Cameron Diaz et ses jambes interminables, Kate Winslet et le vraiment très sexy Jude Law. C’était une avant-première et deux cerbères surveillaient la salle pour qu’aucun spectateur ne capte des images sur son téléphone portable. Ils ont même fouillé les sacs à l’entrée. Je ne suis pas, actuellement, dans un mood romantique. Vous remarquerez que je n’ai pas décrit de lever de soleil depuis un bail. Il faudrait d’ailleurs que je m’y remette…
En revenant, j’ai fait chauffer de l’eau et j’ai ouvert le PC. J’ai plongé dans les abysses existentiels au bras d’Alméria. J’ai avalé un bol de pâtes avec de l’huile d’olive, du romano et de l’ail. Rien de mieux pour colmater hermétiquement toutes les insécurités financières. L’huile et les pâtes c’était un cadeau de mon ex qui voulait « m’aider » quand je suis parti seul en appartement. Il me reste d’ailleurs un pot de Crema di cipolline. Je n’ai aucune idée de quoi il s’agit, les ingrédients sont en italiens. Mais ça a un aspect assez repoussant. Alors, je le garde pour le moment ou je souffrirai vraiment d’inanition.
J’attends les chèques de paie des petits contrats que j’ai faits récemment. J’espère le premier versement d’assurance-chômage. La dernière semaine que j’ai travaillée pour mon ex-employeur n’était pas déclarée, donc illégale. Je n’ai aucun recours s’il lui prenait l’envie de ne pas me payer. Et je n’ai pas de nouvelles.
Et pourtant, les bluettes me font encore de l’effet. Je regarde Jude Law qui pleurniche avec un accent britannique dans un cottage au milieu des landes. Il est le seul dans toute la salle de cinéma à ne pas se douter que sa belle revient vers lui en courant en talons hauts dans la neige. (Une scène ridicule) Et, quand je le vois se lever, surpris, les yeux pleins d’eau. Je verse une petite larme. Je suis un cas incurable.
Malgré les rues capitonnées par la neige, malgré la lumière feutrée d’un hiver instantané, malgré les romances sucrées et les pastas, quand je me retrouve seul la nuit, la colère enfle. Dans le noir de ma chambre, elle est là. Et je n’ai pas de mots pour la circonscrire. Elle me tord le ventre, elle m’enflamme le sang. Une rage sans aucun discernement. Et lorsque j’arrive à trouver le sommeil, je me réveille au milieu d’un cauchemar où je brise, où je blesse, où je dis des atrocités. Je suis par terre et j’espère que quelqu’un me fasse taire et qu’on m’arrête.
19:35 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, existence, questions, colère, neige, romance






Commentaires
Au fond, nous sommes tous des cas incurables, n'est-ce pas? ^
…
Surtout entretiens ta colère car c'est elle qui te fera tenir le coup dans cette mauvaise passe. Tout mon soutien, je sais combien lointain et dérisoire, t'accompagne.
Ecrit par : Kitty78 | 08 décembre 2006
Je crois que la vie est faite de choix, et l'un en entrainant un autre, et infiniment.
Ecrit par : buel | 08 décembre 2006
je pense à toi
et là tout particulièrement
on m'a piqué mon sac
j'ai demandé aussi à st antoine
je vous tiens au courant.
garde ta colère au chaud
surtout garde là
t'embrasse
Ecrit par : jeanne | 08 décembre 2006
merci pour le bleu du ciel, le vert des sapins et le blanc de la neige.
ici dans le sud d la france je n'ai même pas encore porté de manteau!
je t'embrasse
Ecrit par : ulyssa | 08 décembre 2006
J'admire ta force et la grande limpidité de ton écriture en dépit de l'inquiétude et de la colère.
Ecrit par : Alcib | 08 décembre 2006
@ Kitty78 : C’est vrai que la colère canalisée peut être utile.
@ Buel : C’est à la fois rassurant et inquiétant…
@ Jeanne : La colère se réchauffe d’elle-même. On verra si St-Antoine a les bras longs.
@ Ulyssa : Je crois que la neige ne faisait que passer, ils annoncent de la pluie toute la fin de semaine. Vite, je retourne prendre du soleil !
@ Alcib : C’est un aspect du blogue qui me plaît bien. Enligner les mots dès qu’il y a un minimum de clarté et pouvoir y revenir quand la confusion prend toute la place.
Ecrit par : Pierre-Yves | 08 décembre 2006
Juste un bisou derrière l'oreille, en milieu de nuit à Paris.
Pour calmer un instant la colère — mais ne jamais l'oublier, surtout.
Ecrit par : Azure-Te | 08 décembre 2006
Un kilomètre de commentaire bouffé cet après-midi par les caprices du Web (et ses incessantes réactualisations à la con) !
Alors cette fois je ne fais que rôder.
Pour rappeler à Buel qu'on n'implique pas la notion de "choix" comme ça à la légère, qui plus est lorsqu'il s'agit du déroulement d'une "vraie vie humaine", et non d'un logiciel de la Matrix.
Pour le reste j'en parlerai un autre jour. Maybe au détour d'un post à venir.
(Perso je n'aime pas mes colères. Je les trouve chaque fois infantiles et sans issue.)
Ecrit par : Jonas de Dieppe | 08 décembre 2006
moi non plus je n'ai jamais cru au hasard...quant à la colère...je crois qu'on aime rarement ses propres colères Jonas
Ecrit par : K1 | 09 décembre 2006
@ K1 : J’en suis rendu à l’apprivoiser, question de survie. Je crois que les colères les plus monstrueuses et les plus puériles n’attendent que ça. (Je joue les sages, là, je dis ça théoriquement, il me reste à le concrétiser…)
@ Jonas : Je refuse toute réactualisation. Je serai dépassé et fier de l’être. ;-)
@ Azure : Je suis chatouilleux et j’adore ça.
Ecrit par : Pierre-Yves | 09 décembre 2006
Tu m'échange ton pot de crema di cipolline (et un peu de neige) contre un bocal de pesto siciliano au poivron rouge ?
Ecrit par : polymorphe | 10 décembre 2006
J'aime retenir d'un billet une phrase.
Pour celui-ci, j'ai pris dans mes filets... "Un vol de pigeons gris se retourne comme un drapeau au-dessus des cimes."
Ecrit par : Shaggoo | 10 décembre 2006
@ Shagoo : Tu as l’œil pour dépouiller un paragraphe du superflu. Pourtant, cette phrase n’était pas à mon goût. Je cherchais autre chose que retourner pour rendre le mouvement…
@ poly : Comme tu as dû le constater, je suis un ronchonneur et un râleur incorrigible. Merci pour l’offre, mais je garde ma Crema di Cipolline pour sa valeur sentimentale. (C’est sûrement très bon, comme le pesto d'ailleurs) et je me ferai un plaisir de te faire goûter quand tu passeras par Montréal...
Ecrit par : Pierre-Yves | 10 décembre 2006
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