04 décembre 2006

Laboratoire

J’ai fait un rêve.
Je suis au volant d’une automobile, avec des passagers. Je ne sais pas conduire. Je n’ai pas de permis. Conduire une voiture ce n’est pas si compliqué, suffit de pouvoir différencier l’accélérateur du frein. Je m’agrippe au volant en me répétant que tout ira bien, que finalement je m’en sort pas mal. À deux reprises, je me retrouve dans la mauvaise voie, mais j’arrive à rectifier le tir et éviter de justesse une collision. À un certain moment, je me rends compte que j’avance en marche arrière, il faut que je me tourne complètement pour voir où je vais. Je fais demi-tour. Devant moi, la route plonge dans une vallée puis monte, abruptement, vers les montagnes. Une voie s’ajoute sur la droite pour les véhicules lourds plus lents. Je sens un peu de panique. Je sais que sur cette route les gens roulent particulièrement vite. Dans le bas de la pente, une voiture de police est postée sur l’accotement. Quelqu’un derrière dit : « Une chance que t’as ton permis. » Mais je sais que je ne l’ai pas. Je suis sûr que les policiers vont le deviner et je ne sais pas comment m’en sortir…

J’essaie de voir ma vie comme un laboratoire. Je me dirige de manière empirique, par essais et erreurs. C’est un peu ce que je fais en écrivant ici. Je me rends compte avec le temps que j’ai du talent pour sauver les apparences, aussi bien dans mes textes que dans la réalité. Pour moi, vivre c’est séduire. Je serai baisable à défaut d’être fréquentable. Présentable, à défaut d’être aimable. Souriant, à défaut d’être content. (je ne dis pas heureux, je n’ai pas cette ambition)

Pourtant sous le vernis, en ce moment, ça craque de partout. Ce premier Noël que j’affronterai seul sans être malade. (Être malade, ça occupe l’esprit aussi bien que le corps) Le travail où je me suis fait avoir sur toute la ligne, une fois de plus. Ces liens qui demandent tant d’efforts pour se tisser et qui s’étiolent aux premières bourrasques. C’est peut-être ce qui touche, ce gouffre constamment masqué par le charme affiché.

Il y a parfois, dans les commentaires, des jugements déguisés sous la gentillesse :
« Quand est-ce que tu vas en sortir ? »
Ou pas déguisé du tout :
« Tu n’as pas le droit d’écrire ce que tu écris, il y a des gens qui te lisent. » (Le voyeur qui dit à l’exhibitionniste, couvre-toi, je te regarde.) Ceux-là, ils sont supprimés, sans préavis.

Il y a surtout mes propres jugements cinglants qui se tiennent tranquilles en temps normal, mais qui se déchaînent dès qu’on les taquine. C’est le risque du laboratoire : les réactions en chaîne, les explosions. C’est le travail du laborantin que de faire éclater les atomes instables pour que la matière s’apaise. En blouse blanche et en toute objectivité.

Elle est là. La neige. Elle vire sur le vent. Elle court sur le trottoir. Lumière paisible contre le ciel sombre. Je lâche prise. J’abandonne. La vie est un jeu. J’ai envie de traverser le plus de tableaux avant que n’apparaisse le game over. J’arrête de pédaler, un moment, voir où le vent me portera. Je dis non à mon patron, je me permets d’être lâche. Je dors quand j’ai sommeil. Tout le temps. J’observe.

Commentaires

Intéressant ! o)
Il y aurait tant à dire, à écrire, sur le monde des conventions et des apparences !
Quand peut-on être vraiment soi ? Même en choisissant de créer son propre espace pour s'y exprimer, il n'est pas sûr que l'on y soit perçu comme on voudrait l'être, comme on croit être ; quand à être compris, c'est attendre beaucoup ! Ne sommes-nous pas tous des sacs d'émotions et de solitude ? En nous frottant les uns contre les autres, nous croyons un instant être en train de communiquer ; mais que communiquons-nous, en fait ?
Ce qui compte, peut-être, c'est que chaque tentative de communication nous permette d'avancer, d'apporter un peu de lumière et de liberté nouvelle au lieu de nous enfermer dans des cases préfabriquées.

Ecrit par : Alcib | 04 décembre 2006

oui je crois que c'est celà, traverser le plus de tableaux, le plus de miroirs
avant qu'ils ne se brisent
des liens sur la toiles ?
je ne sais pas
si je sais un peu
il s'en est tissé de forts qui resistent au temps
des liens d'amour
oui j'ose ce mot
qui sont sortis de la toile
d'amitié peut être moins
je sais pas bien pour l'amitié ici
je sais que j'aime venir ici
j'aime tes mots
"vivre c'est séduire" dis tu ?
parfois je suis sous le charme
he oui, sourire ...
en tous cas jamais indifférente.
Alcib ?
lumière et liberté ce serait fantastiques
partage en tous cas
je vous embrasse tous les deux... !

Ecrit par : jeanne | 04 décembre 2006

J'ai beaucoup aimé le coup du voyeur qui dit à l'exhibitionniste de se couvrir.
Je t'embrasse, fort.

Ecrit par : Almeria | 04 décembre 2006

l'image, l'être, le paraitre...
ce que l'on est, ce que l'on croit être, ce qu'on voudrait être, ce que l'on est vraiment, comment déméler l'écheveau, nos vérités sont multiples, elles occupent continuellement des espaces antinomiques et simultanés.
continue à remuer les potions dans le grand chaudron de ta vie, ô alchimiste, et continue à nous livrer tes découvertes!
je t'embrasse

Ecrit par : ulyssa | 05 décembre 2006

Je parle de toi sur mon blogue, parce que tu me touches beaucoup. Tu me dis si ça te gêne. Je le supprimerai.

Ecrit par : nitram | 05 décembre 2006

Mauvais le miroir. Il renvoie souvent l'image que l'on est soi-meme son propre ennemi. Perso, je crois que la difficulté, c'est que l'on ne comprend pas la simplicité de la vie. Et qu'elle ne peut existé que si on est dans l'action.
Je sais, je dis ca, et c'est facile...
T'embrasse.

Ecrit par : buel | 05 décembre 2006

@ Alcib : Si j’arrive à me comprendre un peu mieux, moi-même, j’en serai content. La lumière et la liberté nouvelle je les prendrai comme un bonus.
@ Jeanne : La Toile est un univers avec des barrières en moins et quelques-unes en plus. Il y a des humains derrière l’écran, c’est ce qui fait tout le charme de la chose.
@ Almeria : Je t’embrasse fort aussi.
@ Ulyssa : Je prendrai le risque de remuer tout ça puisque je suis entre bonnes mains
@ Nitram : Ça ne me gêne pas. Ça me fait même plaisir.
Il faut que j’apporte certaines nuances à ma note :
— Le blogue me sert à me vider le cœur alors c’est parfois plus noir que la réalité. (souvent le lendemain, tout est clair)
— Il y a autour de moi quelques amis, ma sœur. Auparavant, il y avait un amoureux et sa famille. Ils n’y sont plus et c’est ce qui crée un grand vide.
— Pour ce qui est du game over, il est le même pour tout le monde. (Pas de reset pour personne !) Beaucoup de gens en sont inconscients. Certains jours, je me dis que c’est une chance de le savoir pleinement. Merci de ta présence.
@ Buel : Miroir aux alouettes, c’est certain. En quelque part, la complexité, ça m’intéresse.

Je vous embrasse tous.

Ecrit par : Pierre-Yves | 05 décembre 2006

Ecrire un commentaire